ANALYSE - La percée spectaculaire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite dimanche dernier, au grand dam de Nicolas Sarkozy (éliminé) et d'Alain Juppé (beaucoup plus faible que prévu), en fait aujourd'hui le grand favori du second tour du 27 novembre... Et un très possible président de la République en mai 2017.

Dimanche qui vient, le second tour de la « primaire de la droite et du centre », comme on l’appelle officiellement en France, pourrait bien décider de l’identité du prochain président de la République… même s’il ne s’agit officiellement que d’une opération restreinte et partisane.

Pourquoi ce vote revêt-il une telle importance?

Premièrement, parce que la gauche française est divisée en un si grand nombre de chapelles et de candidats potentiels – y compris un président totalement déconsidéré, François Hollande, qui n’a même pas encore décidé s’il se représentait – qu’elle n’a virtuellement aucune chance de se rendre au second tour de la présidentielle d’avril et mai 2017.

Deuxièmement, parce que l’extrême droite de Marine Le Pen paraît bien installée dans le paysage, avec une solide base située entre 25 % et 30 % de l’électorat. Ce qui lui garantit, sauf erreur ou imprévu, un billet pour le second tour, qui à la présidentielle française se joue entre les deux premiers, deux semaines après le premier tour.

Mais les oracles, analystes et autres sondeurs ( qui ont, admettons-le, le caquet assez bas par les temps qui courent, après la surprise Trump) restent convaincus que Marine Le Pen ne pourra jamais, en 2017, l’emporter au second tour.

En 2002, pour mémoire, son père Jean-Marie Le Pen avait obtenu 17 % au premier tour… et une qualification surprise pour le second tour. Deux semaines plus tard, il était à 18 %, contre les 82 % de Jacques Chirac.

Beaucoup plus récemment, sous l’égide de la fille plutôt que du père, le Front national a certes augmenté sa base électorale, de 5 % ou 10 % par rapport à 2002. Mais il a continué de connaître systématiquement des seconds tours décevants, aux municipales de 2014 comme aux régionales de 2015.

Jusqu’à maintenant, et sauf quelques exceptions locales, le « vote de protestation » du premier tour pour le FN ne s’est jamais développé au second tour en « vote de gouvernement ».

C’est pourquoi cette primaire de la droite ressemble diablement à « la vraie élection ». Après un triste quinquennat de gauche, elle pourrait bien décider de la direction que prendra la France dans les cinq prochaines années.

Face-à-face inattendu

La partie se joue maintenant entre deux ex-premiers ministres.

D’abord Alain Juppé, ancien « exilé » au Québec après une condamnation en justice au milieu des années 2000 (14 mois d’inéligibilité pour sa responsabilité dans une affaire d’emplois fictifs à la mairie de Paris), largement pardonné et même devenu favori des Français en 2014 et 2015, avec des positions de centre droit.

Dimanche, il a amèrement déçu avec seulement 28,6 % au premier tour.

En face, le conservateur François Fillon, un « Monsieur Terne » aux yeux tristes, outsider tout au long de la campagne. Il a percé de façon spectaculaire dans les toutes dernières semaines, pour aller décrocher 44,1 % des quelque 4 millions de suffrages exprimés.

Victime de cette poussée inattendue : celui qu’on attendait au second tour, l’ancien président, le flamboyant Nicolas Sarkozy qui avait flirté avec les idées du Front national, pour affronter un Juppé « centriste » qui, à 71 ans, se posait en vieux sage de la politique française.

Sarkozy n’obtient que 20,7 % et sa carrière se termine ici. Dimanche, près de quatre électeurs sur cinq lui ont dit « casse-toi! »

François Fillon, contre toute attente, a fait exploser le scénario prévu, en allant chercher, parmi ses appuis, une « Vieille France » profonde, traditionnelle, catholique, qui existe toujours même si les « bobos » de Paris l’ignorent et la snobent.

Fillon a pris la place de Sarkozy dans le cœur des plus conservateurs.

Idéologiquement aussi à droite que l’ancien président, également opposé au multiculturalisme, mais d’un style incomparablement moins agité et moins cassant, cet homme discret, poli, au train de vie modeste, n’a jamais eu de démêlés avec la justice… ce qui n’est pas le cas des deux autres : ce facteur a certainement joué!

Fillon, partisan d’une « rupture radicale »

Pourtant, ce conservateur social, catholique revendiqué, qui préconise des coupes importantes dans la fonction publique (abolition de 500 000 postes de fonctionnaires, baisse marquée des impôts des sociétés, etc.), se présente en partisan d’une « rupture radicale » face aux habitudes généreuses de l’État français.

En diplomatie, on le dit proche de la Russie, envers laquelle il préconise une approche coopérative. En Syrie, il a dit que le groupe armé État islamique est « l’unique ennemi »… Et merci pour Bachar Al-Assad !

Dimanche soir dernier, juste après l’annonce des résultats, Christophe Castaner, député socialiste des Alpes-de-Haute-Provence, a résumé sur Twitter la ligne d'attaque contre le nouveau favori : « Fillon, c'est le programme économique de Thatcher, les idées conservatrices de Stephen Harper et la diplomatie de Poutine! »

C’est la ligne qu’a tenté de développer, cette semaine, dans un baroud proche de l’impossible (vu l’écart de plus de 15 points au premier tour), l’ancien favori Alain Juppé.

Lors du débat télévisé de jeudi soir, on a vu deux hommes, l’un voulant incarner le rassemblement et l’appel au centre, l’autre le retour assumé aux « fondamentaux » de la droite (sur le plan identitaire, mais aussi en économie).

L’échange a été courtois, Juppé se retenant d’attaquer trop fort, et Fillon se plaignant des « caricatures » que l’on colporte sur son compte (« catho ultra-réactionnaire, homophobe, anti-avortement », etc.).

Devant le nouveau favori qu’est François Fillon, Alain Juppé doit maintenant, pour le second tour de dimanche, assumer sa position de centriste, et espérer la participation, en sa faveur, des « intrus » électeurs de gauche, à cette primaire ouverte de la droite.

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