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Fini les soirées bulles et botox, dit le Collège des médecins

Pour freiner les « dérives » dans les soins et les techniques du domaine de l'esthétique, le Collège des médecins du Québec publie 14 recommandations qui pourraient compromettre « l'organisation ou le plan d'affaires de certaines cliniques », dit le secrétaire général du Collège, Yves Robert.

Sans être une urgence en termes de santé publique, les dérives en question sont « préoccupantes », de l'avis du directeur général du Collège des médecins, Charles Bernard, qui a tenu une conférence de presse avec le Dr Robert mercredi, à Montréal.

Parmi les situations qui nécessitent des « correctifs », le Collège des médecins place au premier plan :

  • les opérations de détatouage effectuées par « n'importe qui »;
  • les interventions au laser « à fort potentiel de préjudices »;
  • les soirées « bulles et botox », durant lesquelles on injecte des produits sans être en mesure de gérer les effets secondaires;
  • des ordonnances collectives signées par des médecins, contre rétribution, mais sans suivi ultérieur.

Des marques indélébiles

« Le plus critique, c'est le détatouage qui [...] est plus risqué que le tatouage et que les lasers », affirme le Dr Robert.

Dans ces commerces de tatouage et de détatouage, le Collège des médecins recommande de hausser les normes relativement à l'asepsie, à l'hygiène et à la stérilisation.

« Un resserrement est nécessaire »

Le Collège des médecins a instauré un groupe de travail qui a interviewé des dizaines de groupes liés à la médecine dite esthétique. Cet examen « exhaustif » a amené des changements positifs, puisque le nombre de plaintes liées aux chirurgies et aux soins esthétiques a baissé, ces dernières années.

Mais « le Collège juge qu'un resserrement est nécessaire ». Notamment en ce qui a trait à l'utilisation du laser.

Le Dr Bernard cite en exemple des situations où la formation, quant à l'utilisation de l'appareil, est donnée par « le fournisseur de la machine ». Il cite les cas de clients qui consentent à se faire retirer des taches pigmentaires sans avis médical. Lesdites taches sont peut-être en fait un cancer qui nécessite une intervention médicale, fait valoir le Dr Bernard.

Des ordonnances « détournées »

L'autre recommandation importante du Collège des médecins touche les ordonnances collectives. Dans l'unité des soins intensifs d'un hôpital, par exemple, ce type d'ordonnances permet à une infirmière d'agir rapidement auprès d'un patient présentant une anomalie cardiaque sans obtenir au préalable l'autorisation d'un médecin.

Mais dans le domaine des soins esthétiques, les ordonnances collectives « ne répondent pas aux objectifs » et « sont détournées au profit d'objectifs financiers », dénonce le Dr Bernard.

« On va passer maintenant à des ordonnances individuelles qui nécessitent une évaluation médicale préalable », dit le DG du Collège des médecins.

Un accroc déontologique

Les dérivés du botox et autres produits de remplissage sont visés par cette mesure. Actuellement, pour les obtenir et ensuite les administrer au public, les entreprises ou les cliniques conçoivent des ordonnances collectives et cherchent ensuite des médecins pour les signer.

Or, parmi les médecins qui signent ces ordonnances, certains n'entendent pas grand-chose à la médecine liée à l'esthétique. De plus, certains médecins signent en échange d'une rémunération « pour laquelle le travail interprofessionnel [est] absent, sinon minimal », dénonce le Dr Robert. Cela constitue un accroc à leur code de déontologie.

Le Dr Robert croit que c'est cette recommandation « qui aura le plus d'effet sur l'organisation ou le plan d'affaires de certaines cliniques ».

Des médecins en quête de formation

À l'avenir, en vertu des recommandations du Collège des médecins, les professionnels de la santé qui veulent intervenir dans les domaines de l'esthétique devront recevoir une formation. Sauf s'ils sont dermatologues, chirurgiens plasticiens, spécialistes de la chirurgie maxillo-faciale, etc, qui détiennent déjà la formation requise.

Autre recommandation : les cliniques d'esthétique devront se doter d'un directeur médical. « Un non-médecin peut être propriétaire de la clinique, explique le Dr Robert, mais il y aura, dans cette clinique, un médecin qui sera personnellement responsable. »

Enfin, constatant que l'industrie développe et commercialise de nouveaux produits injectés en les qualifiant de « cosmétiques », le Collège des médecins demande également à Santé Canada d'homologuer tout produit injectable comme étant un médicament.

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