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Finie la modestie, quand la transparence sert les intérêts politiques

18,4 milliards de dollars? Est-ce que c'est modeste comme déficit? C'est la question qui a été posée encore et encore aux ministres libéraux à leur entrée aux Communes, lundi. Aucun n'a voulu répondre. On comprend pourquoi.

  Une analyse d'Emmanuelle Latraverse

La promesse électorale d'un déficit de 10 milliards de dollars a été approuvée par l'électorat justement parce que le Parti libéral a réussi à convaincre qu'il s'agissait d'un déficit « modeste ».

À la lumière du portrait des finances publiques dévoilé lundi, le gouvernement a lancé un nouvel exercice de pédagogie. Il ne s'agit plus qu'un déficit soit modeste pour être acceptable.

Les libéraux ont voulu faire de la transparence en politique une vertu, un signe de courage. En dévoilant les nouveaux chiffres sur le déficit, on a davantage eu droit à une manoeuvre politique.

Blâmer le gouvernement précédent

La crédibilité d'un ministre des Finances est toujours fragile. Celle de Bill Morneau et de son jeune premier ministre l'est d'autant plus que leur gouvernement en est à son premier budget.

L'explosion du déficit en quelques mois a de quoi surprendre le commun des mortels, d'autant plus qu'il n'inclut pas le coût des vastes promesses électorales. La crédibilité du ministre des Finances dépend soudainement de sa capacité de convaincre les Canadiens qu'il n'est pas entièrement responsable de cette détérioration des finances publiques.

C'est ainsi qu'il a fait le geste extraordinaire de faire une mise à jour de sa mise à jour économique de novembre dernier.

Le message est simple : la chute des prix du pétrole, la faible croissance économique aux États-Unis et l'incertitude sur les marchés mondiaux plombent l'économie canadienne. Mais si le coup est si puissant, le gouvernement libéral plaide essentiellement qu'il faut blâmer les conservateurs!

Eh oui, l'ampleur du ralentissement est un « symptôme » d'une économie déjà « vulnérable ». Si le discours comme tel n'est pas nouveau chez les libéraux, cette fois-ci ils poussent la logique vers de nouveaux sommets... à hauteur de 18,4 milliards de dollars l'an prochain.

Croissance... croissance...

Comme si on était encore en campagne électorale, les libéraux ne prennent donc la responsabilité que de la part du déficit qui viendra dans le budget, le « bon déficit », invoquent-ils, celui qui permettra de stimuler la croissance et ainsi aider la classe moyenne.

Or, pour retrouver l'équilibre budgétaire, le gouvernement libéral devra s'attaquer à l'ensemble du déficit, qui, semble-t-il, dépassera facilement les 25 milliards de dollars.

Le problème politique pour le gouvernement, c'est qu'il se retrouve soudainement prisonnier de son optimisme électoral. En août, il semblait bien simple de faire miroiter que le déficit se résorberait grâce à la croissance économique et quelques ajustements dans les dépenses. Six mois plus tard, ça s'annonce autrement plus compliqué.

Le ministre des Finances n'ose même plus promettre d'atteindre le déficit zéro au cours du prochain mandat. À vrai dire, l'équilibre budgétaire n'est plus un engagement ferme, c'est simplement un objectif.

Vers un nouveau plan?

En campagne électorale, les libéraux ont plaidé qu'il s'agissait d'investir dans les infrastructures pour stimuler la croissance, redonner à la classe moyenne. Au pouvoir, le gouvernement avoue soudainement que les problèmes de l'économie sont bien plus profonds.

Le fameux « plan pour la croissance » ne suffit plus. Bill Morneau plaide qu'il lui faut maintenant préparer une stratégie de « croissance robuste » qui ne pourra être présentée que vers la fin de l'année.

Il faut trouver une façon de diversifier l'économie canadienne, s'attaquer une fois pour toutes à la productivité, ce vieux problème qui traîne depuis des décennies.

Le gouvernement a nommé le consultant de la firme McKinsey & Co., Dominic Barton, à la tête d'un groupe chargé de le conseiller.

Mais toute cette transformation prendra du temps. En attendant, l'économie canadienne risque fort de devoir se contenter d'un faible taux de croissance, avec l'incertitude et les défis financiers qui l'accompagnent.

Bill Morneau voulait se montrer encourageant aujourd'hui. Mais, au pays des voies ensoleillées, le ciel s'est assombri. Il était là, l'aveu du vaste exercice pédagogique de lundi.

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