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Forte participation au référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien

Les Kurdes d'Irak ont voté massivement, lundi, à l'occasion d'un référendum historique sur l'indépendance de leur région, malgré la vive opposition de Bagdad et de tous les pays voisins.

Plus de 12 000 bureaux de vote ont accueilli les électeurs dans les provinces d’Erbil, de Souleimaniyeh et de Dohouk, mais aussi dans des zones que se disputent les Kurdes et le pouvoir central, notamment dans la riche province pétrolière de Kirkouk.

Selon les autorités kurdes, l’ouverture des bureaux de scrutin a été prolongée d’une heure en raison de la forte affluence.

Selon les premières estimations, le taux de participation pourrait dépasser les 70 %. Au total, quelque 5,3 millions d’électeurs étaient invités à se prononcer.

Le résultat du scrutin, attendu dans les 72 heures, ne sera pas exécutoire. Et il ne fait guère de doute que le oui à l'indépendance devrait l'emporter largement.

Un grand jour pour les Kurdes

À Erbil, une vache a été sacrifiée avant le début du vote, tandis que de nombreux électeurs attendaient en file. « J’ai apporté cette vache, car aujourd’hui, c’est la naissance de l’État; c’est la tradition d’égorger une vache lors des naissances », a expliqué Dalgach Abdallah, un avocat de 27 ans.

« Nous allons obtenir notre indépendance par les urnes et je suis très heureux d’être le premier » à voter, a commenté Diyar Omar, un homme de 40 ans venu voter en habit traditionnel kurde à un bureau de scrutin de Souleimanyeh.

À Kirkouk, les mosquées ont diffusé des prières généralement réservées aux jours de fête, et l’affluence était importante dans les quartiers kurdes. Des électeurs se pressaient aux urnes en arborant des drapeaux, sur fond de musique et de tirs de joie.

Dans cette ville disputée, les Arabes et les Turkmènes boudent cependant l’isoloir. « J’ai le sentiment que mon identité, ma nationalité, mon patrimoine et mon histoire seront perdus », a dit Abdallah Aouji, un enseignant turkmène de 42 ans qui s’est abstenu.

« Les Arabes sont la composante la plus vulnérable de Kirkouk, affirme Khalaf Majel al-Obeidi, 51 ans. Nous respectons le droit des Kurdes à déterminer leur sort, mais nous refusons qu'une composante impose sa volonté aux autres. »

Un oui... à des négociations

Le président de la région autonome kurde, Massoud Barzani, souriant et vêtu d’un costume traditionnel, a voté tôt en matinée. La veille, il a réaffirmé qu'une victoire du oui lancerait en fait un « long processus » vers l'indépendance, y compris des négociations sur les frontières d’un futur État.

« Le partenariat a échoué avec Bagdad et nous ne le reprendrons pas. Nous sommes arrivés à la conviction que l'indépendance permettra de ne pas répéter les tragédies du passé », a-t-il martelé.

À Bagdad, le premier ministre irakien, Haïdar Al-Abadi, refuse net tout divorce. Il a toujours exigé l’annulation du référendum et a fait savoir lundi qu’il prendrait « les mesures nécessaires » pour préserver l’unité de son pays.

Le chef du gouvernement irakien a notamment demandé aux pays voisins de ne traiter qu'avec Bagdad pour les questions portuaires et pétrolières.

Le Parlement irakien a par ailleurs voté lundi en faveur d'une résolution exigeant que le premier ministre envoie l'armée dans les zones disputées, dont les forces kurdes ont pris le contrôle depuis l'invasion américaine de 2003 et la chute de Saddam Hussein.

Les pays voisins se rangent derrière Bagdad

La Turquie, l’Iran et la Syrie, qui abritent tous d’importantes minorités kurdes, s’opposent résolument à l’indépendance du Kurdistan irakien. Ils ont déjà prévenu qu’ils ne reconnaîtront pas le résultat du référendum.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, lui-même engagé dans une guerre contre les séparatistes kurdes de son pays, et ceux qui sont engagés dans la guerre civile syrienne, a affirmé lundi que la Turquie pourrait mettre un terme à toutes ses transactions pétrolières avec le Kurdistan irakien.

Plus de 90 % des 600 000 barils de pétrole extraits de la région aboutissent en ce moment au site turc de Ceyhan, et cette manne constitue la principale ressource des Kurdes irakiens.

« Avant qu'il ne soit trop tard, nous prendrons des mesures en ce qui concerne l'espace aérien et la gestion de nos frontières », a pour sa part déclaré le premier ministre turc, Binali Yildirim. Ankara considère désormais le gouvernement de Bagdad comme son unique interlocuteur légitime, et non Erbil, a-t-il ajouté.

Samedi, le Parlement turc a renouvelé pour un an le mandat qui permet à l'armée d'intervenir en Irak et en Syrie. Le premier ministre a assuré qu'Ankara pourrait mener « des opérations ciblées contre les éléments terroristes » susceptibles de constituer une menace pour la sécurité de la Turquie.

Le ministre turc des Douanes, Bülent Tüfenkci, a toutefois démenti lundi des informations selon lesquelles le point de passage de Habur, à la frontière avec l'Irak, a été fermé. Seuls des contrôles renforcés ont été mis en oeuvre, a-t-il dit.

« Le référendum qui se tient aujourd'hui [...] est nul et non avenu. Nous ne reconnaissons pas cette initiative », a pour sa part déclaré le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a quant à lui affirmé lundi que les frontières du pays avec le Kurdistan restaient ouvertes, après avoir soutenu le contraire plus tôt dans la journée. Le pays avait déjà interdit tous les vols avec la région.

S’exprimant dimanche à New York, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Al-Moallem, a également fait savoir qu’il ne reconnaîtra pas le résultat du référendum. « Nous rejetons toute mesure qui mène à une division de l’Irak », a-t-il dit.

Les États-Unis, dont la priorité dans la région consiste à combattre le groupe armé État islamique, estiment depuis longtemps que ce référendum ne peut que déstabiliser la région.

Affaires mondiales Canada est plutôt demeuré muet sur le sujet. Le ministère a toutefois modifié son avertissement aux voyageurs pour l’Irak dimanche, pour inviter les ressortissants canadiens à éviter tous les bureaux de scrutin et les rassemblements publics.

Le référendum kurde, écrit-il, « pourrait exacerber les tensions et mener à de la violence localisée, en particulier dans les régions disputées ».

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