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Franchir la frontière à pied : sentiments partagés chez les immigrés qui ont dû attendre

L'afflux des réfugiés provenant des États-Unis et traversant la frontière vers le Manitoba ne se tarit pas. Cette méthode parfois plus dangereuse permet un accès direct au système d'immigration canadien, mais certains immigrés qui ont dû attendre des années pour gagner le Canada ont des sentiments mitigés.

Originaire d’Érythrée, Endrias Terke est arrivé au Canada il y a presque cinq ans. Avant d’avoir le statut de réfugié auprès du gouvernement canadien, il a essayé, pendant sept ans, de quitter l’insécurité de son pays en passant par le Soudan, puis la Libye, où la guerre a éclaté, pour finalement se retrouver dans un camp de réfugiés dans le Sahara tunisien.

M. Terke comprend la recherche de sécurité de ceux qui traversent la frontière à pied, mais il y voit tout de même une certaine injustice par rapport à ceux qui font face à des situations dangereuses pendant plusieurs années pour avoir le droit d’immigrer. Il affirme qu’il est injuste de donner la priorité aux personnes qui sont aux États-Unis, un pays où elles ne craignent pas pour leur vie.

Selon moi, c’est injuste. [Les réfugiés] aux États-Unis sont en sécurité, et il y a des protocoles. C’est que les gens n’aiment pas [le président américain Donald] Trump, alors ils quittent le pays.

Endrias Terke, réfugié d'Érythrée

« C’est vrai que c’est injuste pour ceux qui ont dû attendre quelque part pendant un an, cinq ans, dix ans », dit Popol Mayombo, un réfugié de la République démocratique du Congo qui est arrivé en sol canadien en 2002.

La première demande d’asile de M. Mayombo a été refusée par le gouvernement canadien. Il a mis plusieurs années avant de parvenir au pays.

D’un côté, en tant qu’immigrant, je comprends le fait qu’il y a la répression ou une certaine fuite de quelque chose [...] Mais de l’autre côté, je regarde et je me dis que oui, c’est couper les coins ronds. C’est vraiment deux poids deux mesures.

Popol Mayombo, résident permanent d'origine congolaise

Il sympathise toutefois avec la peur et l’incertitude des réfugiés fuyant les États-Unis. « On a vu ce qu’a fait le président américain dans les aéroports avec les gens qui ont des droits, qui sont des citoyens ou qui ont leur carte verte ou sont résidents permanents », soulève-t-il.

On se pose la question à savoir si on n’est ni résident permanent ni détenteur de carte verte, qu’est-ce qui pourrait arriver à la longue?

Popol Mayombo, résident permanent d'origine congolaise

Popol Mayombo dit qu’il faut toujours avoir de la compassion pour ces personnes déplacées. « C’est la crainte, c’est la peur qui fait que ces gens-là aient des comportements aussi extrêmes. [À leur place], je ne pense pas que j’aurais eu ce courage-là, personnellement », conclut-il.

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