On a fait grand cas de la gaffe diplomatique du chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, quand il a rencontré la première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne. D'abord, parce qu'on ne cite pas ce que nous dit un chef de gouvernement qui nous accorde une rencontre de courtoisie.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Mais, surtout, parce les usages font qu'on n'émet pas de communiqué pour dire qu'elle a tort quand elle a dit, et deux fois plutôt qu'une, que M. Legault avait mal rapporté ses propos.

Sauf que la véritable gaffe de M. Legault est ailleurs : ce serait bien plus la proposition qu'il a faite à Mme Wynne de continuer à construire de grandes centrales hydro-électriques pour pouvoir vendre de l'électricité à l'Ontario et à nos autres voisins.

Ce n’est pas la première fois que M. Legault fait le choix de la vieille économie sur la nouvelle. Mais dans ce cas-ci, le chef de la CAQ montre qu’il vit encore dans les années 1970.

Le Québec est assis sur des surplus d’électricité qu’il n’arrive pas à vendre à bon prix. L’Ontario, dit Mme Wynne, n’a que des besoins modestes pour l’avenir prévisible. Et la Nouvelle-Angleterre a accès à du gaz naturel peu cher et abondant. Ce qui fait qu’Hydro-Québec fait de moins en moins de profits avec ses exportations.

Pour l’avenir prévisible, probablement pour une génération, la construction de grandes centrales hydro-électriques ne sera sans doute plus rentable, affirme la société d’État — dont l’ADN dit pourtant qu’on doit toujours construire de nouveaux barrages.

Des coûts plus élevés

Sauf que ceux-ci seraient encore plus loin des grands centres, sur des rivières de plus en plus éloignées des réseaux de distribution. Les coûts de construction seraient en conséquence fort élevés et suffisants pour rendre l’entreprise peu ou pas rentable. Par exemple, l’électricité qui sera produite par le complexe de La Romaine devrait coûter au moins le double de celle produite à la Baie-James.

De plus, de nos jours, on pense de moins en moins que l’hydro-électricité est une source d’énergie totalement verte à cause, entre autres, des impacts écologiques importants de la construction et des centrales elles-mêmes. Aussi, les lignes de transmission sont de plus en plus contestées parce qu’elles dénaturent les paysages et, en général, à cause du syndrome « pas dans ma cour ».

C’est pour cela que ce dossier fait l’objet d’un rare consensus parmi tous les autres partis politiques du Québec. S’ils divergent sur les moyens, ils sont assez d’accord sur les principes. Les libéraux voudraient investir dans l’énergie solaire, alors que péquistes et solidaires prônent des mesures de conservation. Mais dans les deux cas, on préfère des investissements qui s’inspirent du développement durable plutôt que du développement d’infrastructures lourdes.

Le tout sans nuire aux futures exportations : le kilowatt produit par le soleil ou épargné par une consommation plus judicieuse sera, bien évidemment, susceptible d’être exporté si la demande est là.

Ce n’était malheureusement pas la première fois que le chef de la CAQ choisissait la vieille économie plutôt que celle de l’avenir. Ainsi, il maintient toujours qu’on devrait faire des forages sur l’île d’Anticosti pour y trouver du pétrole ou du gaz.

On croirait pourtant que ce canard était disparu du paysage. Il y a des décennies qu’un peu tout le monde s’est penché sur le potentiel d’Anticosti sans jamais y trouver l’intérêt d’y faire des forages. Les droits ont déjà appartenu à des multinationales du pétrole comme Shell, qui n’ont pourtant pas la réputation de laisser de l’argent sur la table et qui les ont abandonnés.

Mais M. Legault veut toujours dépenser l’argent des contribuables pour faire des forages auxquels personne ne croit plus.

Il est aussi de ceux qui croient qu’on doit limiter le nombre d’immigrants, parce que nous aurions du mal à les intégrer. Sauf qu’en même temps, il y a actuellement presque 80 000 emplois vacants au Québec, selon la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Un record.

Or, le meilleur moyen de s’intégrer étant l’emploi, on comprend que, sur cette question, M. Legault est prêt à scier la branche sur laquelle il est assis et que ses politiques économiques prendront le second rang aux impératifs populistes qu’il estime plus rentables en vue de la prochaine élection.

Il y a une économie de l’avenir et celle qui regarde toujours dans le rétroviseur. M. Legault et la CAQ semblent avoir résolument choisi la seconde.

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