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François Morency « profondément contrarié » par le numéro retiré aux Olivier

L'humoriste François Morency, qui animera le Gala Les Olivier ce soir, se dit « profondément contrarié », mais se montre compréhensif après le retrait d'un numéro de ses collègues Guy Nantel et Mike Ward.

« La personne la plus dans le trouble dans tout ça, c'est moi », a soulevé M. Morency samedi. « Parce que moi, je ne peux pas rester à la maison et boycotter. Moi, il faut que j'anime un show, dans un contexte où déjà, animer un gala, il y a, disons, certaines pressions. »

Des pressions, l'humoriste qui cumule près de 25 ans de métier dit en voir depuis déjà quelques années à chaque événement médiatique majeur. Il évoque le désir de commanditaires ou d'avocats d'approuver ce que vont dire les humoristes ou les parodies qu'ils feront.

Malgré tout, M. Morency voit du bon dans la médiatisation du retrait du numéro Nantel-Ward, une occasion de parler de censure et des pressions exercées dans le milieu de l'humour. « Donc, dans un sens, on a comme eu une prémonition d'écrire un numéro qui n'est pas exagéré. La réalité dépasse la fiction dans ce cas-ci », a-t-il remarqué.

Numéro diffusé sur le web

Guy Nantel dénonce l'ingérence de la compagnie d'assurance retenue par l'Association des professionnels de l'industrie de l'humour et qui a mené au retrait de son numéro, lequel devait parler de liberté d'expression.

L'humoriste a d'ailleurs annoncé que le numéro sera diffusé sur Internet ce midi, à défaut d'être télédiffusé.

Les deux humoristes ont d'ailleurs décidé de ne pas assister à la soirée après que leur prestation ait été annulée.

Si Guy Nantel n'est pas en lice pour un trophée, Mike Ward est notamment dans la course pour l'Olivier de l'année, le prix le plus prestigieux du gala, aux côtés de François Bellefeuille, Louis-José Houde, Martin Matte, P-A Méthot, François Pérusse et Stéphane Rousseau.

Les Olivier seront diffusés dimanche sur les ondes de Radio-Canada dès 19 h 30 (HE).

Les assureurs dans l'humour

Les diffuseurs et producteurs ont toujours pu recourir à des « assurances erreur et omission » afin d'être défendus au cas où on les poursuivrait à cause du contenu d'une production, selon Pierre Trudel, professeur titulaire au Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal.

« Évidemment, dit M. Trudel, on remarque probablement cela davantage parce qu'au cours des années, on a vu l'accroissement de lois qui [...] limitent la liberté d'expression et facilitent les recours de ceux qui [...] estiment avoir été maltraités ou injuriés, ou avoir vu leur réputation salie par un propos humoristique ou n'importe quel autre propos diffusé dans les médias. »

Le professeur de droit souligne l'effet des médias sociaux, qui amplifient la réaction à ce qui se dit en salle de spectacles. « C'est un phénomène qui est nouveau et qui peut expliquer pourquoi certaines personnes qui se disent victimes peuvent trouver ça plus difficile », dit-il.

M. Trudel constate aussi que la société devient plus pluraliste et qu'il n'y a plus les mêmes consensus sur ce qui est acceptable ou pas en humour. « Forcément, la possibilité que des gens se présentent comme étant de prétendues victimes du discours humoristique semble s'être accentuée avec les années », avance-t-il.

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