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Front commun contre les inconduites et le harcèlement sexuels dans la construction

Les associations d'employeurs et les syndicats de la construction mettent en commun leurs efforts et leurs ressources pour lutter contre les inconduites, le harcèlement et l'intimidation à caractère sexuel sur les chantiers de la province et annoncent la création d'une ligne d'aide téléphonique.

L'initiative est le fruit d'un regroupement comprenant notamment l’Association de la construction du Québec (ACQ), l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), la Commission de la construction du Québec (CCQ) et les principaux syndicats de la construction.

La ligne téléphonique baptisée « relais-construction » est destinée à recueillir les plaintes des victimes d’inconduite sexuelle ou de comportements déplacés et à les diriger vers les ressources adéquates.

Les victimes « ne savent souvent pas à quelle porte cogner pour obtenir des réponses à leurs questions ou des réparations pour les torts qui leur ont été causés. […] la Ligne relais-construction fera le relais entre toutes les organisations, dirigera les personnes au bon endroit », a déclaré Diane Lemieux, présidente-directrice générale de la CCQ.

Les femmes principalement ciblées par cette mesure

Bien que l'initiative s'adresse autant aux hommes qu'aux femmes, Diane Lemieux admet que les femmes qui exercent des métiers de la construction sont davantage succeptibles de subir ce genre de comportements que leurs collègues masculins.

« L’industrie de la construction s’est donné l’objectif d’atteindre une proportion de 3 % de femmes sur les chantiers de construction en 2018. Le climat de travail ne doit pas être un frein pour les femmes qui voudraient poursuivre une carrière dans la construction », a déclaré Mme Lemieux.

Actuellement, on compte environ 2400 femmes dans l’industrie de la construction au Québec, soit moins de 2 % des effectifs. La CCQ compte atteindre les 2 % au cours de l’année 2017 et éventuellement les 3 % en 2018.

Soulignant qu’il existe déjà dans l’industrie de la construction des recours et des services pour les personnes victimes de harcèlement, d’agression ou d’intimidation à caractère sexuel sur les chantiers, le regroupement reconnaît cependant qu’il est difficile de s’y retrouver et qu’il peut être « épuisant » de mener ces procédures seul(e) et sans aide.

Désormais, grâce à la Ligne relais-construction, les dossiers de harcèlement pouvant faire l’objet de griefs seront transmis directement aux associations syndicales.

Pour ce qui est des entrepreneurs qui auront besoin de soutien pour prendre en charge des situations problématiques sur leurs chantiers, la Ligne relais-construction leur permettra d’accéder directement à l’expertise des associations patronales.

Pour appuyer cette stratégie dans l’industrie de la construction, la CCQ a mis en place une équipe multidisciplinaire spécialisée qui veillera à l’acheminement des dossiers vers les bonnes ressources patronales, syndicales ou gouvernementales.

Des ententes ont aussi été conclues entre la CCQ et des organismes qui offrent des services d’aide aux victimes.

« Nous encourageons fortement toutes les victimes à porter plainte à la police. Les coupables doivent être punis, et les services de police possèdent toute l’expertise pour mener les enquêtes et protéger les victimes. La ligne spéciale annoncée aujourd’hui ne se substitue aucunement au travail des forces de l’ordre », a expliqué Diane Lemieux.

Selon Mme Lemieux, la CCQ proposera en 2018 d’autres mesures dans l’industrie pour combattre les inconduites, le harcèlement et l’intimidation à caractère sexuel.

Plusieurs dizaines de plaintes en quelques semaines

Il va sans dire que la mise sur pied de ce programme dans l'industrie de la construction n'est pas étranger à la vague de dénonciations qui secoue le Québec depuis la multiplication des allégations et accusations de nature sexuelle portées contre des personnalités publiques québécoises.

Selon Diane Lemieux, quelques dizaines de plaintes ont d'ailleurs été reçues dans l'industrie de la contruction au cours des dernières semaines. « L’industrie de la construction est sur la même planète Québec que les autres. Elle n’est pas à l’abris de ce genre de situation », a précisé Mme Lemieux.

Une vie difficile sur les chantiers

Le très petit nombre de femmes travaillant dans le domaine de la construction, combiné à l'incertitude à propos de l'obtention ou non de quarts de travail, crée un climat difficile où il est complexe de dénoncer des comportements inappropriés, indique Emmanuelle-Cynthia Foisy, secrétaire générale à la CSN-construction, où elle est responsable de la condition féminine.

Mme Foisy, qui a elle-même travaillé sur des chantiers pendant une quinzaine d'années, se souvient avoir vécu des situations difficiles.

« Je ne réalisais pas le problème... aujourd'hui, avec tout ce que je peux avoir vu après m'être impliquée au sein de mon syndicat, j'ai écouté les autres femmes parler, et je me suis rendue compte que j'avais eu un problème que je n'avais pas dénoncé », a-t-elle mentionné en entrevue à l'émission 24/60.

« Je voulais tellement pratiquer mon métier, j'aimais tellement mon travail que je ne voulais que foncer », poursuit-elle, avant d'ajouter qu'elle craignait de perdre son emploi en cas de problème.

« Si je dénonce, vais-je travailler demain? », se rappelle-t-elle s'être demandé.

Pour elle, la mise sur pied de la ligne téléphonique dans l'industrie de la construction « est un début », même si d'autres gestes ont été posés par le passé pour les femmes dans l'industrie de la construction.

« Il n'en reste pas moins que tu peux dénoncer, mais si tu ne sais pas si tu vas travailler demain matin parce que tu as dénoncé... », lance Mme Foisy, qui milite en faveur de l'instauration d'un droit de rappel des travailleurs (et travailleuses), « et une certaine forme d'ancienneté ».

Et du côté des hommes, les mentalités semblent évoluer peu à peu, reconnaît la responsable syndicale.

« Je pense qu'on voit un petit changement... », ajoute Mme Foisy, qui rappelle l'importance de l'éducation pour régler les problèmes d'égalité, y compris chez les employeurs.

« À compétences égales entre un homme et une femme, c'est sûr que l'employeur va aller vers l'homme », lance-t-elle.

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