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Frustrations pour des Canadiens sans reproches inscrits sur la liste d'interdiction de vol

Le groupe No Fly List Kids (Enfants Interdits de Vol) profite du passage d'un sous-comité des finances dans la région torontoise pour demander au gouvernement fédéral de revoir le programme qui leur interdit de prendre l'avion à cause de la similitude entre les noms de famille de leurs membres et ceux des individus qui sont visés par Ottawa.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Le groupe, qui compte un millier de personnes au Canada dont une centaine d'enfants, dit ne plus croire le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, qui a déjà promis l'an dernier de changer le programme d'identification pour protéger les personnes qui n'ont rien à se reprocher.

La liste avait été créée au début des années 2000 pour des raisons de sécurité afin d'empêcher des individus jugés à risque de prendre l'avion au pays. Le ministre avait toutefois averti que les changements seraient longs et qu'ils coûteraient 78 millions de dollars.

Sulemaan Ahmed et sa conjointe Khadija Cajee expliquent que leur fils de 8 ans Adam figure sur la liste parce qu'il porte le même nom qu'un individu interdit de vol.

Ils soutiennent que les familles dans la même situation ne peuvent plus attendre et qu'il est temps que le gouvernement agisse dans ce dossier, parce qu'ils affirment que leurs droits constitutionnels sont violés.

Le couple note en outre une discrimination à son endroit, parce que la majorité des noms inscrits sur cette liste ont selon lui une consonnance arabe et musulmane.

M. Ahmed explique que voyager est devenu un enfer pour de nombreuses familles qui se déplacent souvent au pays ou se rendent à l'étranger, parce qu'elles doivent supporter des retards à l'embarquement, des contrôles sévères comme des fouilles, des annulations de vol et même la confiscation de leurs passeports.

« Cette liste a été envoyée à une centaine de compagnies aériennes qui ont pour destination des pays qui ne partagent pas les mêmes valeurs démocratiques que le Canada », explique M. Ahmed.

Son épouse ajoute que ces Canadiens faussement inscrits sur la liste risquent de subir le même sort que Maher Arar, qui avait été renvoyé en 2002 en Syrie où il avait été torturé. Elle ajoute qu'il est inacceptable que des enfants subissent le même genre de fouilles que des adultes dans les aéroports, parce que leur nom se retrouvent par erreur sur la liste.

Débloquer des fonds

Le groupe No Fly List Kids demande donc au sous-comité de débloquer des fonds dans le prochain budget pour que le programme soit modifié. Ils a déjà reçu l'appui d'une centaine de députés des Communes, où ils comptent déposer une pétition le 6 novembre pour forcer le gouvernement à agir.

Le sous-comité des finances devrait rendre des recommandations au comité avant qu'il ne se penche sur le budget 2018.

Le gouvernement a créé en attendant les changements définitifs promis un Bureau des demandes de renseignements du Programme de protection des passagers (BDRPPP) auquel les individus faussement inscrits sur la liste ont accès en ligne pour clarifier leur identité lorsqu'ils sont interceptés dans des aéroports au moment de l'embarquement. Khadija Cajee dit que « ce bureau virtuel n'existe que par son nom seulement ».

« Une situation absurde »

Devant le sous-comité réuni vendredi à Missisauga, le député Alexandre Boulerice du NPD s'est dit profondément désolé de la situation que vit la famille de Sulemaan Ahmed qui a atteint selon lui « les fonds de la bêtise bureaucratique ».

« C'est une situation complètement absurde dans laquelle des enfants, parce qu'ils ont un nom ou une ressemblance partielle avec quelqu'un qui est jugé comme dangereux, ne peut plus voyager avec sa famille, dit-il. Comment se fait-il que le gouvernement canadien ne sache pas faire la distinction entre un présumé terroriste et une petite fille de 6 ans. »

De la patience

Dans un communiqué, le porte-parole du ministre Goodale dit comprendre la frustration des voyageurs dont le nom est faussement inscrit sur la liste et il les assure que le ministère tente de d'améliorer le programme à long terme. Il les informe notamment que le projet de loi C-59 tente de corriger la situation en autorisant le gouvernement à faire lui même les contrôles plutôt que les compagnies aériennes.

Le bureau du ministre demande néanmoins à ces voyageurs d'être patients, parce qu'il faudrait apporter des changements à la législation et au système des données informatiques. Le porte-parole ajoute que le BDRPPP est toujours à leur disposition pour faire part de leurs problèmes.

Le député libéral, Greg Fergus, précise pour sa part qu'il fera tout en son pouvoir pour faire pression sur son gouvernement afin qu'une solution soit envisagée le plus vite possible.

M. Fergus reconnaît du bout des lèvres que le BDRPPP pourrait aussi être plus efficace.

M. Boulerice ajoute à ce sujet qu'« un numéro de téléphone ne sert à rien s'il n'y pas de solution au bout du fil ».

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