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Fuites d'informations : Lino Zambito dans la mire de l’UPAC

L'ex-témoin vedette de la commission Charbonneau est suspecté d'être mêlé aux fuites d'informations concernant l'enquête sur le financement du Parti libéral du Québec. Une enquête qui a des répercussions jusqu'au plus haut échelon de la Sûreté du Québec.

Un texte de Gaétan Pouliot d’Enquête

En avril 2017, le Journal de Montréal dévoilait que l’ex-premier ministre Jean Charest et l’ancien grand argentier libéral Marc Bibeau ont été surveillés par la police. Ce reportage, premier d’une série, contenait des informations confidentielles sur l’enquête policière Mâchurer.

D’où viennent ces informations? Qui sont les responsables de la fuite? Le patron de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, a dit souhaiter arrêter le « bandit » qui a fait ça.

Lino Zambito s’ajoute à la liste des suspects, révèle un affidavit de près de 100 pages, dont de nouveaux passages sont maintenant publics.

Quelques jours avant la diffusion du reportage du Journal de Montréal, Lino Zambito aurait dit à des policiers de la Sûreté du Québec (SQ) qu’il avait vu la preuve de l’enquête Mâchurer et que « les policiers en avaient assez pour accuser Jean Charest et Marc Bibeau ».

Les autres suspects dans cette affaire, déjà connus du public, sont :

  • Le député libéral Guy Ouellette
  • L’ex-analyste-enquêteur à l’UPAC Richard Despaties
  • Le policier à la SQ Stéphane Bonhomme qui a travaillé pour l’UPAC

Ils sont soupçonnés d'au moins un des crimes suivants : vol de documents, abus de confiance, entrave à la justice ou d’autres infractions criminelles liées à cette affaire.

Le jour de l’arrestation de Guy Ouellette, qui a provoqué un véritable tremblement de terre à l’Assemblée nationale, l’UPAC avait aussi effectué des perquisitions chez Richard Despaties et Stéphane Bonhomme.

L’un des mandats de perquisition visait à obtenir « toute correspondance » entre Guy Ouellette, Stéphane Bonhomme, Richard Despaties et Lino Zambito concernant l’enquête Mâchurer ou d’autres enquêtes policières.

MM. Ouellette, Despaties et Bonhomme ont nié être liés aux fuites d’informations.

À ce jour, aucune accusation n’a été portée dans ce dossier. Les allégations contenues dans l’affidavit de la police n’ont pas été prouvées en cour.

Pas de micros cachés pour le patron de la SQ

L’enquête sur la fuite d’informations à l’UPAC a des répercussions jusqu’au plus haut échelon de la Sûreté du Québec. Le directeur général Martin Prud’homme a été rencontré dans cette affaire.

Lorsque M. Prud’homme a appris qu’une enquête sur les fuites à l’UPAC visait Guy Ouellette, il a sollicité une rencontre avec les enquêteurs, rapporte l'affidavit. Il voulait savoir comment se comporter avec lui, puisque les deux hommes entretiennent des liens personnels et professionnels depuis 1992.

Environ une fois par mois, le député libéral – un ex-policier de la SQ – et Martin Prud’homme entrent en contact pour « parler d’actualité ». Mais Guy Ouellette lui parle également de l’UPAC. Il se plaint entre autres que l’organisation policière n’est « pas assez proactive ».

Lors de ses rencontres avec les enquêteurs, le numéro un de la SQ s’est porté à la défense du député. Il a dit qu’il serait « très surpris » s’il apprenait que Guy Ouellette divulguait des informations confidentielles.

Martin Prud’homme a aussi défendu son intégrité. Il a dit n’avoir jamais donné d’informations à Guy Ouellette et n’avoir jamais reçu de demandes en ce sens de la part du député.

L’affidavit indique qu’il refuserait de piéger M. Ouellette.

« Il y a une grosse guerre à l’UPAC », a-t-il dit, selon l’affidavit, ajoutant croire que les fuites ont pour but de « nuire à l’UPAC et non aux enquêtes ».

Le patron de l’UPAC, Robert Lafrenière, aurait demandé à la SQ d’enquêter sur la fuite d’informations concernant l’enquête sur le financement du Parti libéral du Québec, ce qui aurait été refusé par M. Prud’homme.

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