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Fusillade de Moncton : l'implantation de carabines était une priorité, selon le commissaire Paulson

Le grand patron de la GRC, le commissaire Bob Paulson, a pris la barre des témoins au procès de la GRC concernant la fusillade qui a coûté la vie à trois de ses agents, le 4 juin 2014. Il a confirmé que la distribution de carabines aux policiers était une priorité lorsqu'il a pris la tête de l'organisation en 2011.

La question des carabines est au coeur de ce procès. La GRC est accusée de quatre violations du Code canadien du travail. Les accusations non criminelles portent sur le manque d'équipement, de formation et de supervision des policiers lors de la fusillade.

Jusqu'ici, de nombreux témoins ont fait état du fait que les policiers n'étaient pas suffisamment armés, le soir du 4 juin 2014, pour faire face au tireur Justin Bourque. Celui-ci avait un fusil semi-automatique et un fusil de chasse, alors que les policiers étaient équipés de simples pistolets.

Six rapports internes de la GRC avaient pourtant recommandé, de 2005 à 2014, que les agents de la GRC soient armés de carabines, des fusils semi-automatiques à canon court. Ces rapports avaient été produits après le meurtre de quatre policiers à Mayerthorpe, Alberta, en 2005.

Un contexte difficile pour la GRC

Ces recommandations ont cependant été faites dans un contexte difficile pour la GRC, a rapporté le commissaire Paulson : elle avait essuyé de nombreuses critiques à la suite de l'affaire Dziekanski, ce Polonais mort à l'aéroport de Vancouver après avoir reçu des décharges de pistolet Taser actionnées par des agents de la GRC. Elle était également aux prises avec des allégations de mauvaise gestion des caisses de retraite de ses employés et d'agressions sexuelles.

La force policière subissait d'autre part de fortes pressions financières à cause des coupes budgétaires du gouvernement Harper.

Il fallait donc, selon Bob Paulson, procéder avec prudence, en faisant d'abord des études et des analyses pour bien démontrer aux Canadiens la nécessité des carabines, d'autant plus que le recours à ces armes représentait un « changement important » dans l'usage de la force chez les agents de la GRC.

Suivez ici le témoignage du commissaire Paulson, par l'entremise des messages Twitter de nos journalistes :

Des craintes concernant la « militarisation » de la GRC

M. Paulson n'était pas convaincu lui-même de la nécessité des carabines au début. Il avait le souci d'éviter la « militarisation de la police », a-t-il précisé au procès. Lorsque les policiers sont trop lourdement armés, a-t-il expliqué, cela crée une distance entre eux et les membres du public qu'ils sont censés protéger. L'intérêt public n'en sort pas gagnant, selon lui.

Le commissaire avait déjà évoqué, devant un comité sénatorial en février dernier, ses craintes par rapport à l'accroissement du nombre d'armes de type militaire au sein des corps policiers.

« Nous avons des véhicules blindés, des drones, des fusils automatiques... Est-ce que nous allons maintenant pourchasser des voleurs à l'étalage avec des carabines », avait-il demandé.

En dépit de ces préoccupations, il ne s'est pas opposé au déploiement de carabines au sein de la force policière. Il était présent, en septembre 2011, à une réunion de hauts dirigeants de la GRC où l'achat de carabines Colt C-8 a été approuvé et a il appuyé la mesure, a-t-il déclaré jeudi matin.

Depuis la fusillade de Moncton, les agents un peu partout au pays ont été équipés de carabines.

Les leçons du rapport McNeil

M. Paulson dit avoir appris que la fusillade s'était produite pendant un vol vers Vancouver. Il est arrivé à Moncton le jour suivant et a commandé une enquête publique sur les événements. Dans son rapport d'enquête, le sous-commissaire à la retraite Alhonse McNeil s'est montré très critique envers la GRC : les policiers manquaient de formation et d'armes efficaces le soir de la fusillade, avait-il écrit.

Ces critiques n'ont aucunement gêné Bob Paulson. Nous devons être critiques les uns les autres pour nous améliorer, a-t-il dit à la barre des témoins. À la suite du rapport McNeil, il s'est demandé si la tragégie aurait pu être évitée s'il y avait eu une police de proximité à Moncton avant la fusillade. Les policiers auraient peut-être ainsi mieux connu Justin Bourque et sa haine des autorités avant l'attaque.

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