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G7 : les ministres inquiets, les États-Unis plus isolés que jamais

Les débats entre les ministres des Finances des pays du G7 ont pris fin samedi, à Whistler, en Colombie-Britannique, sur une note d'inquiétude et de déception en raison de la décision des États-Unis d'imposer des tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium provenant du Canada et de l'Union européenne.

Cette nouvelle mesure du président américain Donald Trump a provoqué la colère de plusieurs membres du G7, ce qui prépare le terrain pour un possible affrontement au sommet qui aura lieu la semaine prochaine à La Malbaie, dans la région de Charlevoix.

Le ministre canadien des Finances, Bill Morneau, a souligné les inquiétudes de ses homologues du Japon, de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni et de l’Italie, en conclusion de leur rencontre de trois jours, qualifiée de « tendue et difficile », en amont du G7.

« Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales ont demandé au secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin de faire part [à la Maison-Blanche] de leur inquiétude unanime et de leur déception », a affirmé Bill Morneau en conférence de presse.

Mais au moment où les discussions s'achevaient à Whistler, le président américain s'est fendu de nouveaux tweets fustigeant le libre-échange.

M. Morneau a tout de même signifié à M. Mnuchin, dans « des mots durs », selon ses propres termes, le « complet désaccord » d'Ottawa avec Washington, qui a imposé des droits de douane de 25 % sur l'acier et de 10 % sur l'aluminium européen, canadien et mexicain.

Dans un tweet, Bill Morneau a enfin appelé « à faire preuve de bon sens » lors du sommet du G7, qui marquera par ailleurs la première visite de Donald Trump en sol canadien.

« Nous croyons au G7 »

Au terme de cette importante rencontre préparatoire, le géant américain est ainsi apparu plus isolé que jamais.

« Nous avons fait de notre mieux pour tenter de réduire les difficultés, mais nous devons prendre en compte la réalité politique de la situation », a affirmé samedi le ministre français des Finances Bruno Le Maire, selon qui la balle est dans le camp américain.

« Il revient à l'administration américaine de prendre les bonnes décisions pour apaiser la situation et alléger les difficultés. La semaine prochaine dépendra de la décision que l'administration est prête à prendre dans les prochains jours et dans les prochaines heures; je ne parle pas de semaines à venir », a-t-il affirmé.

« Nous croyons au G7 », a répliqué Steven Mnuchin, en conférence de presse, au terme de la rencontre entre les ministres des Finances. Selon lui, cette réunion a bien été une réunion du G7 et non du « G6 plus un », comme l'a qualifiée le ministre français des Finances.

M. Mnuchin a toutefois reconnu qu'il y avait eu « un consensus unanime sur l'inquiétude » exprimée par les six autres partenaires de Washington en matière de conflit commercial et qu'il en avait fait part au président Donald Trump.

« Notre objectif est de nous assurer que nous ayons un commerce équitable et équilibré et c'est ce sur quoi nous sommes concentrés », a-t-il toutefois insisté.

Il a également affirmé que les États-Unis n'abandonnaient « d'aucune façon leur leadership dans l'économie mondiale », estimant « au contraire » qu'une économie américaine en bonne santé profite au monde entier.

Avant même le début des discussions à Whistler, les pays avaient prévenu qu'il n'y aurait pas de « communiqué final », faute de consensus, ce qui explique cette succession de conférences de presse séparées.

Crise commerciale

Les ministres des Finances craignent que les mesures protectionnistes américaines ne compromettent la solidité de l’économie mondiale, qui affiche un taux de croissance (3,9 %) inédit depuis la crise financière de 2008.

Le chômage a baissé dans le monde entier, et 120 des 190 pays membres du Fonds monétaire international (FMI) participent à ce mouvement d’expansion, avait rappelé cette semaine sa directrice générale, Christine Lagarde, qui participait d’ailleurs à la réunion des ministres des Finances du G7.

Pour autant, des efforts restent encore à faire pour soutenir cette croissance, la partager avec les pays les plus pauvres et inclure les femmes. Ces grandes thématiques devaient être abordées à Whistler, mais elles ont été éclipsées par le spectre d’une guerre commerciale, ce qu’ont déploré notamment le Canada, l’Allemagne et la France.

Le ministre français Bruno Le Maire a souligné que les « contre-mesures » de l'Union européenne étaient prêtes, tout en affirmant qu'il ne voulait pas parler de « représailles [pour] éviter la guerre commerciale ».

De son côté, le Canada a répété instamment que cette guerre ne ferait que des perdants et serait « nuisible à l'économie canadienne, et nuisible à l'économie américaine ».

L'Union européenne et le Canada ont d'ores et déjà saisi l'Organisation mondiale du commerce (OMC), tandis que le Mexique a exercé des représailles sur des produits américains.

Mais, de l'avis de tous, cette guerre commerciale n'est pas encore déclarée, du moins tant que le président américain Donald Trump ne met pas à exécution ses menaces d'imposer des taxes sur l'automobile.

Si tel était le cas, les ondes de choc sur l'économie seraient bien plus incontrôlables, le secteur automobile étant au coeur des échanges du commerce mondial.

Reste à savoir aussi comment va évoluer l'autre grand front commercial ouvert contre la Chine par Donald Trump. Son secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, est arrivé à Pékin samedi pour trois jours de nouvelles discussions.

Les États-Unis réclament une ouverture accrue du marché chinois et la réduction de 200 milliards de dollars par an du déficit des échanges avec la Chine (375 milliards de dollars en 2017). Pour l'heure, Pékin n'a pas accepté ce montant jugé « irréaliste » par certains économistes.

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