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Garderies : parents et commissaires dénoncent une école à deux vitesses

La Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) et la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) craignent que les compressions imposées aux services de garde en milieu scolaire n'entraînent le développement d'une école à deux vitesses.

« Il y aura une école pour ceux qui ont les moyens de payer la double facture et de belles sorties et du monde qui n'ont pas les moyens », déplore la présidente de la FCPQ, Corinne Payne. Elle souligne ainsi qu'en plus des frais de garde, certains services de garde offrent des sorties aux enfants, des sorties qui doivent toutefois être payées par les parents.

La présidente de la FCSQ, Josée Bouchard, ajoute que le calendrier scolaire compte 20 journées pédagogiques et que les parents devront débourser ces frais supplémentaires pour chacun de leurs enfants. « Si vous avez deux à trois enfants, voire quatre enfants, la facture va être élevée », constate Mme Bouchard.

L'effet de ces augmentations de tarifs se fera davantage ressentir pour les parents qui travaillent au salaire minimum. « Lorsque vous gagnez 10,55 $ de l'heure », souligne Mme Payne, une hausse de 8 $ par jour par enfant devient problématique.

En dépit des affirmations du ministre de l'Éducation du Québec, François Blais - qui assurait en mai dernier que les parents ne feraient pas les frais des compressions budgétaires effectuées au sein de son ministère - des services de garde en milieu scolaire doubleront leurs tarifs lors des journées pédagogiques.

Le ministère de l'Éducation a réduit sa subvention aux services de garde, pour les journées pédagogiques, de 16,39 $ à 8 $. Un manque à gagner que plusieurs services de garde refileront aux parents.

La directrice générale de l'Association des services de garde en milieu scolaire du Québec, Josée Plourde, craint que certains établissements en milieu rural doivent fermer leur service de garde en raison d'une chute de la fréquentation.

Mme Plourde reconnaît que certains services de garde - les plus populeux - réussissent à dégager des surplus. « Ils ont fait des économies d'échelle en ayant plus de participants aux activités », explique la directrice générale. Ces surplus ont toutefois été utilisés, selon Mme Plourde, pour offrir des activités aux enfants à coûts moindres ou pour acheter du matériel pour l'école.

Crédit d'impôt en vue

« C'est encore une façon de nous refiler à nous - les commissions scolaires - l'odieux d'augmenter les frais aux parents », déplore Mme Bouchard. Elle précise que sa fédération a demandé au ministre de l'Éducation, François Blais, de compenser cette augmentation de tarifs par un crédit d'impôt. Une requête qui n'a trouvé aucun écho jusqu'ici, selon elle.

À Québec, l'attachée de presse du ministre Blais a toutefois indiqué que le ministère de l'Éducation avait décidé de se rendre aux arguments de la FCSQ en accordant un crédit d'impôt aux parents. Le congé d'impôt, dont la proportion n'a pas été précisée, ne s'appliquerait toutefois qu'aux frais supplémentaires imposés au tarif de 8 $ déjà en vigueur.

L'attachée de presse précise que le crédit d'impôt ne sera applicable qu'au service de base et non aux frais réclamés pour les sorties.

La date de l'entrée en vigueur de l'éventuel crédit d'impôt demeure inconnue.

Le ministre Blais n'est pas disponible pour commenter la nouvelle et aucun communiqué ne suivra pour expliquer cette nouvelle mesure fiscale.

Relations tendues

« Il est difficile d'avoir des discussions constructives avec le ministre en ce moment », explique la présidente de la FCSQ en rappelant que le ministre a déclaré qu'il abolirait les élections scolaires en mai dernier.

« Nous avons reçu les règles budgétaires très tardivement », explique Mme Bouchard, ce qui explique la difficulté de dresser un portrait global de la situation. Dépendamment de leur situation financière, certaines commissions scolaires pourraient réussir à absorber une portion de ces compressions. Elle précise toutefois que plus de la moitié (39 sur 72) des commissions scolaires ont déjà reçu l'autorisation de présenter un budget déficitaire.

« Les services de garde sont comme des entités à part [des commissions scolaires], ils doivent s'autofinancer », précise Mme Payne. Elle se demande si l'Éducation est une réelle priorité pour le gouvernement qui continue de « pelleter les compressions dans la cour des enfants ».

Mme Payne souligne que les parents se tournent vers le service de garde en milieu scolaire pour s'occuper de leurs enfants lors des 20 journées pédagogiques que compte le calendrier scolaire québécois. Avec l'augmentation, « c'est sûr qu'il y a du monde qui n'aura pas les moyens », d'envoyer leurs enfants au service de garde.

Mme Payne et Mme Plourde craignent que les parents qui ne pourront compter sur le soutien d'un membre de la famille ne soient tentés de laisser leur enfant seul à la maison. Elles craignent le retour des « enfants à la clé dans le cou », ces enfants laissés à eux-mêmes par des parents sans ressources devant aller travailler.

L'association a d'ailleurs déposé un mémoire à cet effet, le printemps dernier. Mme Plourde souligne que les sommes dépensées en prévention de l'intimidation ne servent à rien si les enfants sont retournés à la rue.

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