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Georges St-Pierre et l'UFC : recevoir 100 % des coups, mais ne toucher que 8 % des revenus

BILLET - Dans l'univers du sport professionnel, c'est connu, un athlète pratiquant un sport collectif a de bien meilleures chances d'être rémunéré à sa juste valeur qu'un athlète excellant dans une discipline individuelle. Pour cette raison, il sera fort intéressant de voir ce qu'il adviendra de l'association de combattants que Georges St-Pierre et quatre de ses confrères tentent de mettre sur pied, pour faire contrepoids au tout-puissant Ultimate Fighting Championship (UFC).

L’UFC a récemment été vendu pour 4 milliards de dollars américains à la puissante agence de représentation de talents WME-IMG. Parmi les clients de WME-IMG, on retrouve notamment des acteurs prestigieux comme Matt Damon, Russell Crowe et Denzel Washington.

Les nouveaux propriétaires de l’UFC sont en train de vendre leurs droits de diffusion au réseau Fox. L’entente de 10 ans se chiffrerait à quelque 4,5 milliards de dollars, ce qui aurait pour effet d’accroître encore davantage la valeur et les immenses profits de l’UFC.

Même s’ils font littéralement pleuvoir des dollars dans les coffres de l’UFC, les quelque 275 combattants et les quelque 125 combattantes qui risquent leur santé et leur vie dans l’octogone font face aux mêmes difficultés que les joueurs de tennis, les golfeurs et les boxeurs. Individuellement, dans 99 % des cas, ils n’ont aucun rapport de force quand vient le temps de négocier leurs conditions de travail.

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En 2016, le meilleur boursier de la PGA a été Dustin Johnson, qui a empoché des bourses totalisant 9,365 millions. Le 4e boursier a été l’Irlandais Rory McIlroy (5,79 millions), tandis que Phil Mickelson arrivait au 12e rang avec une récolte de 4,022 millions.

Quand on y pense, McIlroy et Mickelson figurent parmi les principales têtes d’affiche d’un cirque mondial qui génère des droits de télévision colossaux et qui fait grassement vivre toute une industrie. Bien entendu, ils profitent de lucratifs contrats de commandites à l’extérieur de leur sport. Mais le fait demeure : leur sport leur a rapporté en 2016 des rémunérations équivalentes à celles de Jeff Petry et d’Alexei Emelin.

Le même phénomène s’applique sur le circuit de l’ATP, où le meilleur joueur du monde, Andy Murray, a amassé des gains de 13,349 millions en 2016. C’est la moitié du salaire d’un bon lanceur partant du baseball majeur.

Le Canadien Milos Raonic, qui est maintenant la 3e raquette mondiale, n’a récolté que 4,63 millions en 2016. C’est une goutte d’eau dans l’océan de revenus qu’il a contribué à générer.

Si les meilleurs golfeurs et joueurs de tennis de la planète sont rémunérés de la sorte, il n’est pas difficile de réaliser que leurs pairs figurant entre les 50e et 100e échelons, et dont la présence est néanmoins essentielle aux activités de l’ATP et de la PGA, obtiennent des cachets fort modestes.

D’autant plus qu’ils doivent eux-mêmes payer leur entraîneur et assurer leurs frais de déplacement à l’année, aux quatre coins de la planète.

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Mais revenons peu à l’UFC.

Selon Georges St-Pierre, l’Ultimate Fighting Championship ne verse que 8 % de ses revenus aux combattants qui saignent pour engraisser ses coffres. Imaginons que St-Pierre se trompe et que ce soit le double, soit 16 %. Encore là, cela constituerait une scandaleuse exploitation.

La démarche de GSP et de ses confrères est particulièrement intéressante parce qu’elle place l’agence WME-IMG dans une fort délicate position.

Comment la moitié de l’entreprise peut-elle se battre pour représenter des talents et tenter de soutirer pour ses clients les meilleurs cachets et conditions de travail possible, alors que l’autre moitié de l’agence exploite littéralement des athlètes courageux qui prennent des risquent énormes et qui génèrent d’immenses profits?

Si la démarche entreprise par GSP, Donald Cerrone, Cain Velasquez, T.J. Dillashaw et Tim Kennedy devait être mal accueillie par WME-IMG et combattue par des comportements antisyndicaux, cela pourrait potentiellement faire fuir les prestigieux clients de l’agence. Ou inciter quelqu’un d’autre à créer un championnat rival.

La situation est d’autant plus explosive que, parmi les cinq combattants qui revendiquent des droits et qui tentent de former une association, on en retrouve quatre qui sont représentés par l’agence Creative Artists Agency (CAA), qui est la plus puissante entreprise de représentation de talents au monde. CAA est présente dans tous les sports majeurs nord-américains ainsi que dans les domaines de la musique, de la télévision et du cinéma.

Désormais, s’ils décident de se serrer les coudes, les combattants de l’UFC jouiront donc d’un réel rapport de force. Il sera intéressant de voir s'ils parviendront à mettre la main sur leur juste part du gâteau.

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Mercredi, au même moment où les combattants de l’UFC sortaient sur la place publique pour tenter de s’organiser, les joueuses de l’équipe canadienne de soccer formaient une association dans l’espoir, elles aussi, d’améliorer leurs conditions de travail.

Même si elles figurent parmi les meilleures sur la planète (elles sont 4es), les femmes qui composent l’équipe nationale touchent entre 20 000 $ et 33 000 $ par année.

Le Toronto Star rapportait jeudi que certaines d’entre elles doivent retourner vivre chez leurs parents et se trouver des emplois d’appoint durant l’hiver parce que leurs conditions de travail sont trop précaires.

Le printemps dernier, les membres de l’équipe de soccer féminin des États-Unis avaient déposé une plainte de discrimination devant la Commission américaine d’équité salariale.

Même si l’équipe féminine des États-Unis avait généré 20 millions de dollars de plus que l’équipe masculine en termes de revenus, les femmes alléguaient qu'elles ne touchaient que le quart de la rémunération des membres de l’équipe masculine.

Les Canadiennes ont décidé de former leur association, avec l’aide bénévole de trois juristes d’un grand cabinet, en se basant sur le même genre d’arguments. Et en insistant sur le fait qu’elles occupent une position dominante sur la scène mondiale alors que l’équipe masculine du Canada vient au 118e rang.

Dans le sport professionnel, ce sont les audiences qui génèrent l’essentiel des revenus et qui justifient les salaires. Historiquement, les femmes ont donc généralement beaucoup souffert de ces réalités du marché.

Mais au sein des équipes nationales? Les règles du marché ne devraient même pas être considérées. Dans un pays comme le nôtre, où toutes les lois s’appuient sur une Charte des droits et libertés prohibant la discrimination, on voit mal comment les femmes pourraient être moins bien traitées ou rémunérées que leurs équivalents masculins.

Les joueuses de l’équipe nationale canadienne ont aussi une cause sympathique. Et là aussi, il sera intéressant de voir si elles parviendront à améliorer leur sort.

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