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GÉRALD FILLION - Temps maussade pour le libre-échange

Pierre Pettigrew est un homme motivé et optimiste. Il lui en faut de l'optimisme pour croire que les 28 pays de l'Union européenne vont ratifier l'accord de libre-échange conclu avec le Canada. Le gouvernement Trudeau l'a nommé « envoyé » pour faire avancer le dossier, pour aller à la rencontre des décideurs européens.

Gérald Fillion

Un texte de Gérald Fillion

Mais, en France, le président Hollande n'est plus très ouvert à discuter de libre-échange. Tout l'univers politique français est orienté vers la présidentielle de mai prochain et le discours anti-mondialisation de Marine Le Pen provoque de fortes réactions de l'électorat, ce à quoi réagissent les autres partis.

Si l'accord Canada-Europe est entre les mains de la Commission européenne, celui que les Européens voudraient adopter avec les États-Unis est toujours à l'étape de la négociation. Et on a bien compris dans les derniers jours que plus rien n'avance dans ce dossier.

« Nous n'accepterons jamais la mise en cause de nos principes essentiels, a déclaré le président de la France. C'est pourquoi, à ce stade, la France dit non » à l'accord négocié avec les Américains. D'ailleurs, François Hollande ne voit pas comment les discussions pourraient avancer d'ici l'élection présidentielle américaine de novembre.

Pendant ce temps, les deux candidats à la présidence américaine ne sont pas très chauds à l'idée d'accords de libre-échange, du moins dans la rhétorique électorale. Hillary Clinton et Donald Trump sont sensibles à leur électorat, qui a bien l'impression d'avoir été bafoué par les ententes du passé. L'autre accord dont on parle beaucoup, le Partenariat transpacifique, ne serait pas ratifié tel qu'il est sous la présidence de l'un ou l'autre des candidats.

C'est donc dans ce contexte, un peu plus de deux mois après le vote en faveur du Brexit au Royaume-Uni, que Pierre Pettigrew est fait chevalier de la cause du libre-échange. En entrevue à RDI économie, jeudi soir, il reconnaissait que la tâche allait être colossale.

« C'est vrai que le climat n'est pas très favorable à l'endroit du commerce, selon l'ancien ministre fédéral. Mais, vous savez, quand j'étais ministre du Commerce international, on avait Seattle avec les manifestations contre l'OMC. Ce n'est pas la première fois que je vois ça. Maintenant, là où il y a un changement par rapport à l'époque où j'étais ministre, c'est que ces résistances ont gagné les niveaux diplomatiques et politiques. Et je note également que dans le milieu des affaires, on ne porte pas autant le dossier à la défense du commerce international, il y a moins d'appétit, même dans les milieux d'affaires. »

On a l'impression que plus le temps passe, plus la conclusion finale et complète d'un accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne s'éloigne. Dans le meilleur des cas, le Parlement européen va approuver les ententes qui relèvent de sa compétence, soit environ 90 % de l'accord de libre-échange avec le Canada, selon Pierre Pettigrew. Le reste se décidera dans les différentes instances nationales des pays.

Pierre Pettigrew est d'avis que les gouvernements doivent expliquer les accords et mitiger les effets négatifs, ce qui n'a pas été fait par le passé. Et il a certainement raison sur ce point : trop souvent, les leaders politiques ont parlé des gains nets tout en sachant que dans le calcul, il y avait des perdants. Et aujourd'hui, ceux qui ont perdu parlent fort et rassemblent aussi ceux qui ont « l'impression » d'avoir perdu et ceux qui sont solidaires des victimes de l'ouverture des marchés.

Bon voyage, M. Pettigrew!

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