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Google Pixel : Samsung a plus à perdre qu’Apple


Google a lancé mardi son premier téléphone intelligent, le Google Pixel. Après des années de partenariats avec différents fabricants pour sa gamme Nexus, la compagnie conçoit désormais ses propres appareils dans leurs moindres détails, afin de contrôler à la fois leur matériel et leur logiciel. Alors que la plupart des observateurs y voient une attaque à l'iPhone d'Apple, force est toutefois de constater que c'est plutôt le fabricant coréen Samsung qui a le plus à perdre avec cette nouvelle stratégie.

Que sont les Pixel et Pixel XL
Ce n'est pas un, mais deux téléphones qu'a dévoilés Google. Le Google Pixel, avec un écran AMOLED de 5 pouces, et le Pixel XL, plus large, avec un écran de 5,5 pouces.

Pour l'instant, les deux appareils semblent atteindre le calibre des téléphones haut de gamme du moment, soit l'iPhone 7 et le Samsung Galaxy S7. Ils sont dotés d'une bonne fiche technique, leur caméra promet d'être l'une des meilleures sur le marché, leur design est convenable, à mi-chemin entre celui de l'iPhone et du HTC 10, et leur conception est d'une excellente qualité.

Ce ne sont toutefois pas les composantes matérielles des Pixel qui sont mises de l'avant par Google, mais leur intégration logicielle. Par exemple, les Pixel sont les premiers téléphones à être dotés de l'Assistant Google (en anglais seulement, pour l'instant), et leur système d'exploitation offre quelques exclusivités par rapport à Android, comme une gestion intelligente de l'espace, qui efface automatiquement du téléphone les photos qui ont été sauvegardées en ligne, lorsque l'espace manque sur l'appareil.

La différence entre les Pixel et les Nexus
Google est loin d'être un joueur complètement néophyte dans le marché des téléphones intelligents. Non seulement la compagnie est responsable d'Android, le système d'exploitation mobile le plus populaire dans le monde, mais l'entreprise a aussi collaboré pendant plusieurs années au développement des téléphones de la gamme Nexus.

Dans le programme Nexus, Google ne donnait que quelques indications générales pour la fabrication des téléphones, tandis qu'un partenaire (Samsung, HTC, LG, Huawei, Motorola, etc.) était responsable de leur conception et de leur production.

Avec Pixel, Google gère pratiquement tout, du design à la mise en marché auprès des opérateurs, en passant par la gestion de la chaîne d'approvisionnement. Seule la fabrication est confiée à une autre entreprise, soit HTC. Il s'agit du même modèle d'affaires qu'Apple a avec son partenaire Foxconn.

Quelques autres différences méritent aussi d'être soulignées. Les téléphones Nexus offraient ainsi une expérience Android « vanille », sans aucune modification. Avec les téléphones Pixel, Google offre toutefois des fonctionnalités et améliorations qui sont absentes d'Android, auxquelles les autres fabricants n'ont pas accès.

Les téléphones Pixel sont aussi chers, 899 $ et 1049 $, un prix similaire à celui de l'iPhone 7 et du Samsung Galaxy S7. Certains téléphones Nexus étaient quant à eux plus abordables.

Google en concurrence avec ses partenaires Android
En lançant son propre téléphone, Google se place dans une drôle de position par rapport à ses partenaires qui fabriquent des téléphones Android. D'un côté, l'entreprise californienne contrôle leur système d'exploitation et connaît à l'avance les plans des fabricants, mais de l'autre, elle est aussi en concurrence ceux-ci.

Une situation du genre est toutefois commune, par exemple avec Samsung qui produit les processeurs que l'on retrouve dans les iPhone. Google assure aussi avoir bâti un pare-feu étanche entre sa division Android et celle qui produit le Pixel.

La nouvelle stratégie de Google demeure tout de même problématique. Car si toutes les innovations mobiles reliées au logiciel et à l'intelligence artificielle de l'entreprise servaient autrefois à améliorer Android, celles-ci sont maintenant réparties entre le système d'exploitation ouvert de la compagnie et ses téléphones Pixel.

Un système à deux vitesses, qui devrait forcément nuire aux autres fabricants, à long terme.

Un coup dur pour Samsung
Google a lancé plusieurs flèches à Apple lors de sa présentation, mardi, notamment lorsqu'il a été question de l'absence de protubérance à l'arrière du téléphone autour de la caméra et de la présence d'un port audio sur ses Pixel.

La plupart des observateurs présentent aussi le changement de stratégie comme une attaque contre Apple et son iPhone 7. Il y a forcément du vrai dans cette façon de voir la chose, ne serait-ce que parce que le modèle d'intégration verticale de Google s'inspire directement de celui d'Apple, et que l'entreprise pourra elle aussi innover à la frontière entre le logiciel et le matériel, ce qui était jusqu'ici la plus grande force de la compagnie à la pomme.

À court et moyen terme, la plus grande victime risque toutefois d'être Samsung qui, à l'heure actuelle, domine le marché des téléphones Android.

Il faudra attendre d'essayer le Pixel, mais Google semble avoir en main tous les éléments pour s'imposer comme troisième joueur dans le marché des téléphones intelligents haut de gamme.

Et malheureusement pour Samsung, ses utilisateurs sont souvent plus fidèles à la marque Android qu'à la marque Galaxy. Bref, une bonne partie de sa clientèle pourrait être intéressée par un téléphone purement Google, à condition que celui-ci soit d'une aussi bonne qualité que les appareils phares du fabricant coréen.

Apple aussi pourrait perdre des clients, mais il faudrait alors que le Pixel soit à leurs yeux, non pas d'une qualité égale à l'iPhone, mais plutôt supérieure, ce qui est plus difficile à atteindre.

Bref, une lutte à trois se dessine, et elle pourrait bien se faire au détriment de Samsung (et c'est encore plus vrai, considérant que les récents déboires de la compagnie avec le rappel de son Galaxy Note 7 ne semblent pas être terminés, alors qu'un modèle de remplacement aurait explosé à bord d'un avion mercredi).

Le consommateur s'en tire gagnant
La bonne nouvelle, c'est qu'une lutte à trois est mieux qu'une lutte à deux pour les consommateurs. Celle-ci pourrait stimuler l'innovation et forcer les fabricants à se démarquer encore plus.

Il sera aussi intéressant de voir ce que feront les autres fabricants Android comme LG, Huawei ou HTC. Si ceux-ci choisissent de délaisser le marché haut de gamme pour concentrer leurs efforts sur le marché de milieu de gamme, et ainsi fabriquer les meilleurs téléphones possible à un prix plus abordable, les consommateurs pourraient se voir offrir de meilleures options qu'à l'heure actuelle, peu importe le prix qu'ils sont prêts à payer pour leur téléphone. Voilà qui pourrait compenser pour les craintes causées par le système Android à deux vitesses.

C'est ce qu'on espère.

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