Retour

« Grâce à nous, Bombardier existe encore » - Philippe Couillard

Québec accueille le prêt de 372 millions de dollars du gouvernement fédéral à la société québécoise Bombardier comme « un premier pas dans la bonne direction », selon l'expression des ministres des Finances et de l'Économie, respectivement Carlos Leitao et Dominique Anglade.

« Il est clair qu’il y a eu un certain délai dans cette discussion. Je pense qu’on est très content de passer à un autre appel et de dire : "On est ensemble maintenant, mais il faut aller plus loin." », a dit Mme Anglade sur ICI Radio-Canada Première depuis Port-au-Prince, en Haïti.

Bombardier « ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans l’investissement du gouvernement du Québec », a ajouté Mme Anglade. « Tout le monde reconnaît que la situation de Bombardier, lorsque le gouvernement du Québec est intervenu, c’était essentiel parce que c’est ce qui a assuré la pérennité du programme, la survie du programme C Series. »

L’investissement de 1 milliard de dollars américains en 2015 était « le bon montant au bon moment et dans le bon véhicule », a ajouté M. Leitao. « M. Bellemare [Alain, le PDG de Bombardier] a déclaré : "Sans ça, probablement que Bombardier ne serait plus ici de la même façon." », a indiqué M. Leitao.

Le premier ministre Philippe Couillard s’est avéré plus direct et plus incisif dans son seul commentaire à l’entrée du caucus libéral : « Grâce à nous, Bombardier existe toujours », a-t-il laissé tomber, visiblement satisfait.

Même le représentant syndical David Chartrand abondait dans le sens du gouvernement québécois. Reconnaissant que l’engagement du fédéral était une bonne nouvelle, il a tout de même relevé que les travailleurs « attendaient ça depuis longtemps » et que « ça avait été long avant d’y arriver ».

Un appui rassurant pour les clients

Après avoir adressé ce reproche au gouvernement fédéral, les ministres québécois ont souligné que la situation financière de Bombardier s’était améliorée et que son action s’était relevée depuis 2015. Ils souhaitent maintenant se tourner vers l’avenir, un avenir qui consiste à vendre des avions de la C Series afin de rentabiliser l’investissement québécois.

« C’est un message important qui est envoyé [aux] gens qui veulent acheter des avions, ajoute M. Chartrand. Quand les gouvernements supportent leur industrie, ça les inquiète un peu moins lorsque l’entreprise se retrouve dans une situation précaire comme elle l’était. »

« Ce qu’on entend dire tout le temps, c’est que Bombardier négocie avec plusieurs compagnies aériennes, avec plusieurs clients, poursuit M. Chartrand. Mais, on n’a pas de confirmation pour l’instant. On espère que ça va venir. »

« Il fallait que le [gouvernement] fédéral, après un temps d’attente aussi long, envoie un message positif par rapport à l’aérospatiale », a ajouté Mme Anglade. De l’avis de tous, l’intervention du gouvernement fédéral aidera la société québécoise dans ses démarches auprès de ses clients.

De son côté, le premier ministre du Canada, Justine Trudeau, s'est dit très heureux de pouvoir venir en aide à Bombardier. « On a discuté longuement avec M. Bellemare, qui a expliqué que l’aide dont Bombardier a besoin, c’est ce montant-là. »

« On est très content de démontrer que le gouvernement croit profondément dans notre industrie aéronautique à travers le pays, a-t-il poursuivi. C’est de bons emplois, c’est de l’innovation et c’est de la croissance économique qui va faire une différence pour les Canadiens. »

Une aide en deçà des attentes

« Je suis déçu un peu du gouvernement fédéral, du fait qu’il supporte son industrie [aérospatiale], mais pas à la hauteur de l’industrie de l’automobile et d’autres industries », a déploré le syndicaliste David Chartrand pendant que les ministres québécois se faisaient plus diplomates.

« Ce qui m’apparaît essentiel, c’est que l’on soit capable de miser sur l’aérospatiale avec Bombardier », a indiqué Mme Anglade en espérant que le gouvernement fédéral se montre plus prompt à se manifester à l’avenir. « C’est une première étape et il y en aura plusieurs autres dans lesquelles on continuera à prouver que l’aérospatiale est essentielle pour le Canada. »

Le dossier n’est pas fermé dans la mesure où l’innovation est au cœur du développement du Québec, au cœur du développement du Canada. « Ce n’est pas une histoire d’en demander plus à court terme, c’est une histoire de regarder l’importance du secteur de l’aéronautique. […] Il faut que le fédéral continue d’être à la table. »

Une preuve pour Lisée

Quant au chef de l’opposition officielle et chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, il estime que l’aide financière débloquée par Ottawa milite en faveur de la souveraineté du Québec. Il avance que le Québec ne reçoit pas sa juste part d’aide financière pour le secteur de l’aérospatiale, alors que le gouvernement fédéral a sauvé l’industrie automobile ontarienne.

On n'est pas dans le bon pays.

Jean-François Lisée

« À quoi ça sert exactement d'être dans ce pays-là? », s'est interrogé M. Lisée, au cours d’une conférence de presse tenue au parlement. Bien que ce soit son rôle de soutenir les fleurons de l’économie canadienne, M. Lisée estime que « quand notre tour vient, ben, c'est jamais notre tour ». Il affirme qu’il s’agit d’une preuve supplémentaire « qu'on serait mieux de faire l'indépendance du Québec ».

Des risques sans garantie

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a reproché au premier ministre Philippe Couillard d’avoir négocié l’aide financière à Bombardier comme un « pee-wee ».

Il accuse le premier ministre de faire courir tous les risques aux Québécois en investissant 1,3 milliard de dollars dans le programme de la C Series de Bombardier dont il qualifie l’avenir de « très incertain ».

« La division C Series est très, très, très risquée », dit M. Legault, parce qu’elle s’attaque au même marché que les géants Boeing et Airbus.

Les seuls avions de la C Series qui ont été vendus l’ont été à perte.

François Legault

Le chef de la CAQ déplore que le gouvernement québécois ait investi dans la seule division qui éprouve des difficultés, alors que les divisions Transport (trains, wagons de métro) et des avions d’affaires se portent mieux, selon lui.

M. Legault reproche également à M. Couillard d’avoir investi dans Bombardier sans exiger de garanties d’emploi pour la province, alors que le gouvernement fédéral s’est assuré que son investissement ferait travailler des Canadiens.

Philippe Couillard a fait prendre un risque énorme aux Québécois sans obtenir aucune garantie.

François Legault

Il déplore également la forme d’investissement du gouvernement Couillard – en capital-actions – alors qu’Ottawa a consenti un prêt. En cas de faillite de la C Series, Québec perdrait ses billes, alors qu’Ottawa pourrait toujours récupérer une partie de la somme prêtée.

M. Legault demande à M. Couillard de renégocier l’entente avec Bombardier et de tenter de vendre la moitié des actions du gouvernement québécois dans la C Series au gouvernement Trudeau.

La réalité sur les divisions transport et avions d'affaires

Les propos de M. Legault sur le sort des divisions des avions d'affaires et des transports doivent toutefois être nuancés.

Bombardier mise gros sur le Global 7000 pour relancer sa division d'avions d'affaires, qui était autrefois l'un des principaux vecteurs de croissance de l'entreprise. Au cours des dernières années, cette division a été mise à mal par le net ralentissement de la demande en provenance de Chine et de Russie. Au cours des neuf premiers mois de l'exercice 2016, les revenus de la division d'avions d'affaires ont chuté de 16,7 % à 4,09 milliards de dollars.

L'exercice 2015 avait aussi été pénible pour cette division en raison de l'abandon du programme Learjet 85, qui avait entraîné des coûts de 1,2 milliard de dollars. Bombardier disait alors souffrir de l'absence de ventes (il y avait 64 avions dans le carnet de commandes au moment de l'abandon). Cette décision a entraîné en 2015 la mise à pied de 1000 travailleurs dans les usines de Querétaro, au Mexique, et de Wichita, aux États-Unis.

Les avions d'affaires Global 5000 et Global 6000 avaient aussi souffert d'un recul de la demande qui avait poussé Bombardier à ralentir sa production. 1750 postes avaient d'ailleurs été éliminés dans les usines de Montréal et de Toronto, au Canada, et de Belfast, en Irlande du Nord.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Ce garçon se fait prendre par le reste de sa famille!





Rabais de la semaine