Les nominations puis les résultats des prix Grammy, dimanche, ont fait l'objet de nombreuses critiques, notamment pour la faible représentations des femmes. Une déclaration du président l'Académie nationale des arts et des sciences n'a fait qu'ajouter de l'huile sur le feu. Rarement, le débat sur le sujet aura été aussi brûlant aux États-Unis.

Il y a d’abord les données chiffrées. La chanteuse canadienne Alessia Cara a été la seule femme à remporter un prix Grammy dans l’une des principales catégories dimanche. Parmi les 84 trophées remis, moins du quart l’ont été à une femme ou à un groupe incluant une femme.

Le mot-clic #GrammysSoMale (Prix Grammy tellement masculins) a alors fait son apparition sur les réseaux sociaux.

Puis il y a la petite phrase qui n’est pas passée, celle faite en coulisses par Neil Portnow, président de l'Académie. Cette organisation américaine décerne les prix Grammy depuis leur création en 1959.

Interrogé par Variety sur le faible nombre de gagnantes, Neil Portnow a laissé entendre que les femmes devraient encore faire des efforts si elles veulent parvenir à avoir de meilleurs résultats.

L'expression « passer à la vitesse supérieure » (step up en anglais) a été perçue comme une preuve supplémentaire du sexisme systémique existant dans l’industrie de la musique. Sur son compte Twitter, la chanteuse Pink a publié la photo d'une lettre manuscrite où elle affirme que les femmes n'ont pas besoin de « passer à la vitesse supérieure » (step up), ajoutant qu'elles n'ont cessé de répondre présentes depuis le début et qu'elles ont « dominé [le monde de] la musique cette année. Elles ont tout cassé. Et déjà chaque année avant cela ».

Suggérer que les femmes doivent en faire plus pour s'imposer exaspère tout autant Aerin Fogel, organisatrice de Venus Fest, un festival torontois de musique célébrant le féminisme dans les arts.

« D’une certaine façon, les paroles de Portnow illustrent les enjeux plus larges existant dans l’industrie de la musique et dans la plupart des industries, explique-t-elle. Les femmes ne cheminent pas au sein de ces industries de la même façon que les hommes. Elles doivent composer avec des défis structurels et bien réels. »

Neil Portnow lui a en quelque sorte donné raison lorsqu'il est revenu sur sa déclaration polémique, mardi. Selon lui, les mots « step up » ont été mal compris, mais il a aussi regretté de ne pas s’être exprimé de manière assez claire.

« Notre industrie doit reconnaître que les femmes qui rêvent de faire carrière dans la musique font face à des barrières que les hommes n'ont pas à franchir », a-t-il ajouté.

Des critiques qui ne sont pas nouvelles

L’inégalité des genres aux prix Grammy est une critique présente depuis un moment déjà. Lors de l’annonce des nominations en novembre dernier, certains avaient remarqué que les principales catégories étaient occupées par des hommes.

La tension avait augmenté dans les jours précédant la cérémonie. La mère de Lorde, Sonja Yelich, avait publié sur Twitter un extrait d’un article du New York Times indiquant que seulement 9 % des finalistes aux prix Grammy avaient été des femmes depuis 2012.

Bien que son opus Melodrama ait fait partie des nommés dans la catégorie du meilleur album (remporté par le 24K Magic de Bruno Mars), Lorde n’a pas été invitée à se produire sur scène. À l’inverse, Sting et U2, qui ne concouraient pas cette année, ont chanté lors de cette cérémonie.

D’autres personnes ont appuyé le choix des nominations en soulignant que les femmes n’avaient pas été mises à l’écart. Adele a gagné deux fois l’album de l’année au cours des six dernières cérémonies. Taylor Swift a eu le même honneur en 2016. La même année, Meghan Trainor a été sacrée meilleure nouvelle artiste, avant que Alessia Cara n'en fasse de même dimanche.

Toutefois, par le passé, ces catégories ont principalement été remportées par des hommes.

L'exemple Barbara Hannigan

Gagnante elle aussi d’un prix Grammy dimanche, la Néo-Écossaise Barbara Hannigan a indiqué que les occasions ne manquaient pas à ses débuts comme soprano dans l’industrie de la musique.

En revanche, la suite lui a réservé quelques surprises : « Quand je suis devenue chef d’orchestre, tout d’un coup, je me suis trouvé dans un monde dominé par les hommes et on a commencé à me poser toutes ces questions sur mon genre ».

Barbara Hannigan reconnaît qu’elle a grandi dans un monde où les femmes chefs d’orchestre ont été mises dans une boîte. « Pour certaines raisons, il semble absolument approprié qu’une femme dirige un choeur, mais pas un orchestre », regrette-t-elle.

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