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Gülen propose une enquête internationale sur le putsch raté en Turquie

Dans une tribune publiée dans le quotidien Le Monde, le prédicateur turc Fethullah Gülen appelle à la mise en place d'une commission d'enquête internationale sur le coup d'État avorté du 15 juillet. Il « rejette catégoriquement » toute implication dans ce putsch raté.

Exilé aux États-Unis depuis 17 ans, M. Gülen est désigné grand responsable de ce coup d'État militaire raté par le président turc Recep Tayyip Erdogan et les membres de son gouvernement. Ankara réclame d'ailleurs qu'il soit extradé par Washington, une demande demeurée jusqu'ici lettre morte.

Mais selon le prédicateur, la justice turque est « sous la tutelle du pouvoir » depuis octobre 2014, dans la foulée de l'élection qui a reporté M. Erdogan au pouvoir. « La probabilité d'obtenir un procès équitable est donc quasi nulle », conclut-il.

« Je demande qu'une commission internationale indépendante mène les investigations sur cette tentative de coup d'État », écrit M. Gülen dans l'édition de samedi du quotidien français.

« Si le dixième des accusations dirigées contre moi sont établies, je m'engage à retourner en Turquie et à subir la peine la plus lourde », assure-t-il, en promettant sa « collaboration totale » avec les autorités turques.

La possibilité qu'Ankara accepte de déférer l'affaire à une commission d'enquête internationale apparaît hautement improbable, le président Erdogan étant un ardent défenseur de la souveraineté turque, souvent très critique à l'égard des pays occidentaux.

Ankara tient mordicus à son extradition

Le chef de l'État turc et les membres de son gouvernement n'ont d'ailleurs de cesse de mettre de la pression sur les États-Unis pour que M. Gülen soit extradé et jugé pour son implication alléguée dans le coup d'État.

« Des documents continuent d'être préparés [pour l'extradition] et nous avons commencé à recevoir des signes positifs des États-Unis en réponse à nos demandes », a déclaré vendredi le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Cavusolgu.

« Le monde entier sait qui est derrière la tentative de putsch », a-t-il réitéré.

Un député turc a affirmé début août que 85 boîtes de documents à l'appui de la demande d'extradition ont déjà été transmises à la justice américaine. L'administration Obama dit les étudier, en prévenant qu'il lui faut « des preuves » plutôt que des « allégations ».

La décision d'extrader M. Gülen revient ultimement au secrétariat à la Justice.

Une décision favorable à Ankara n'entraînerait pas nécessairement son extradition immédiate; depuis son arrivée aux États-Unis, le prédicateur n'a pas hésité à recourir aux tribunaux pour assurer qu'il puisse demeurer dans le pays.

La purge se poursuit

Le sort de M. Gülen constitue une nouvelle pomme de discorde entre Washington et Ankara, alliés militaires au sein de l'OTAN. Leurs relations sont déjà tendues en raison de divergences de vues dans le conflit syrien.

Les deux pays s'entendent sur le fait que le président syrien Bachar Al-Assad doit quitter le pouvoir, mais, contrairement aux États-Unis, la Turquie refuse tout partenariat avec les combattants kurdes syriens, en raison de son conflit avec les Kurdes turcs.

Depuis la tentative de coup d'État, qui a fait plus de 240 morts et près de 2200 blessés, le pouvoir turc se livre à une purge de grande envergure contre les partisans du mouvement de Gülen. Elle touche non seulement l'armée, mais aussi la justice, la magistrature, la presse, les milieux économiques et sportifs.

Plus de 35 000 personnes ont été interpellées, dont 17 740 ont été officiellement arrêtées et placées en détention provisoire, selon des sources proches des autorités. Quelque 11 600 autres ont été remises en liberté. Les 5685 restantes sont toujours en prison, dans l'attente de suites judiciaires.

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