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Hamad « aurait dû être plus prudent », lâche Couillard

Pressé de questions par l'opposition, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a reconnu mercredi que le ministre Sam Hamad « aurait dû être plus prudent » dans ses relations avec Marc-Yvan Côté à l'époque où ce dernier était vice-président du conseil d'administration de Premier Tech et solliciteur de fonds pour le Parti libéral du Québec.

Il affirme être en « réflexion constante » dans ce dossier et qu'il prendra une décision « dans l'intérêt supérieur du Québec avant tout ».

Ses déclarations faites lors de la période de questions marquent un fléchissement de la position qu'il a défendue depuis qu'Enquête a révélé, la semaine dernière, que M. Hamad était une source d'information stratégique et faisait avancer les dossiers de Marc-Yvan Côté au gouvernement.

Mardi encore, M. Couillard affirmait n'avoir « rien vu d'autre que du dévouement [de la part de Sam Hamad], des pratiques exemplaires de sa part et de l'efficacité dans ses dossiers ».

« On doit toujours s'assurer que les personnes qui nous contactent de façon légitime [le font] sous le couvert de l'application de la loi anti-lobbyisime, qui va être améliorée avec le projet de loi qui est devant nous », a-t-il affirmé mercredi, en réponse à une question du chef de la Coalition avenir Québec, François Legault.

Le premier ministre a du coup contredit M. Hamad, qui affirmait la semaine dernière que « c'est la responsabilité des personnes, des gens qui rencontrent les ministres de s'inscrire » au registre, et qu'il n'avait pas « à faire la police ».

Interrogé plus tôt par le chef péquiste Pierre Karl Péladeau, M. Couillard avait réitéré son souci de laisser M. Hamad s'expliquer davantage, bien que ce dernier ait déjà donné quelques entrevues à des médias au lendemain du reportage d'Enquête. Le président du Conseil du Trésor répondra aux questions des journalistes de la presse parlementaire à son retour de Floride jeudi, a-t-il dit, et pourra ensuite s'expliquer devant « l'arbitre impartial » qu'est le commissaire à l'éthique.

« Cette situation évolue, va évoluer, et je suis en réflexion constante sur la question », a indiqué le premier ministre.

« Ce n'est pas une situation que je prends à la légère du tout et j'ai à cœur bien sûr de protéger l'intégrité de l'État avant tout », a-t-il assuré.

Le dossier Premier Tech renvoyé au vérificateur

L'Assemblée nationale a adopté en fin de journée une motion du Parti québécois visant à confier au Vérificateur général du Québec le mandat « d'analyser l'octroi d'un prêt de 11,2 millions de dollars d'Investissement Québec et d'une subvention de 8,5 millions de dollars du ministère du Développement économique [celui de M. Hamad à l'époque, NDLR] à l'entreprise Premier Tech », et que ce dernier « fasse tout en son pouvoir pour faire rapport à l'Assemblée d'ici le 1er juin 2016 ». Les 105 députés présents au moment du vote ont appuyé la motion à l'unanimité.

Plus tôt, au sortir de la période de questions, M. Couillard avait néanmoins défendu son ministre, en se disant « persuadé » que M. Hamad n'avait « pas une once de mauvaise intention en lui », mais qu'il voulait « absolument [...] soutenir l'entreprise, la région, les emplois ».

La question centrale dans ce dossier, a-t-il poursuivi, consiste à savoir si « la transaction, la décision d'investissement du ministère de l'Économie et d'Investissement Québec a été prise selon les bonnes pratiques ».

Lors de la période des questions, il avait affirmé à ce sujet « n'avoir pas vu d'élément qui [lui] permette de dire ou même de soupçonner que cette transaction a été faite de façon différente et irrégulière ».

Couillard doit agir sans tarder, estime le PQ

Plus tôt en matinée, les partis d'opposition à l'Assemblée nationale avaient accusé Philippe Couillard de manquer de jugement en refusant de congédier Sam Hamad, visé par une enquête du commissaire à l'éthique et à la déontologie dans la foulée de révélations d'Enquête. Ils soutiennent que le premier ministre doit agir immédiatement, sans attendre le rapport du commissaire.

« Il ne s'agit pas ici de présomption d'innocence. [...] Le Conseil des ministres n'est pas un tribunal. Le Conseil des ministres est dirigé par le premier ministre qui doit faire œuvre de jugement et de leadership », affirme le chef péquiste Pierre Karl Péladeau dans un point de presse donné en matinée.

« Je pense que les Québécois et les Québécoises ont le droit d'avoir confiance en la démocratie, on a le droit d'avoir confiance au gouvernement », a-t-il poursuivi.

En entrevue à ICI RDI, la députée Agnès Maltais a estimé que le premier ministre Couillard devrait retirer à Sam Hamad ses privilèges de ministre et l'exclure du caucus libéral, du moins pour la durée des vérifications du commissaire à l'éthique.

Une affaire de jugement, au-delà de l'éthique, estime la CAQ

« De façon très claire, Sam Hamad a manqué de jugement. [...] Il n'a pas les qualités pour être ministre », soutient le chef caquiste François Legault. « Il serait à peu près temps que Philippe Couillard le reconnaisse et arrête de se cacher derrière le commissaire à l'éthique ».

« Le commissaire à éthique est là pour voir s'il y a une preuve de lien entre le financement et la subvention », a-t-il poursuivi. « Moi, je vous parle de jugement. Ça prend du jugement pour être ministre. Et on a déjà toutes les preuves que Sam Hamad a manqué de jugement ».

« Lui-même [Sam Hamad] a admis avoir parlé à Marc-Yvan Côté. Il a déjà admis avoir fait un suivi auprès de Michelle Courchesne. Il a déjà admis avoir posé des gestes qui démontrent son manque de jugement. Donc, conclut le chef de la CAQ, on n'a pas besoin du rapport du commissaire à l'éthique pour arriver à la conclusion qu'il ne peut plus être ministre. »

MM. Péladeau et Legault ont tous deux démenti que le PQ et la CAQ se concertent pour attaquer le gouvernement Couillard dans ce dossier. Le chef péquiste se défend d'ailleurs d'avoir consacré toute la période de questions de mardi à cette affaire.

« Pourquoi? Quel est le privilège qui lui est octroyé de garder chauffeur, limousine, et salaire, alors qu'[il] a la même fonction que les autres députés? » demande-t-il.

François Legault soutient pour sa part que la controverse actuelle permet de s'interroger sur les raisons pour lesquelles M. Couillard fait de la politique.

« On ne sait pas quel est son objectif, qu'est-ce qu'il veut changer, qu'est-ce qu'il veut améliorer au Québec, s'est demandé à voix haute François Legault. À part quelques phrases creuses, M. Couillard semble indifférent. Des fois, je me demande même s'il est encore intéressé à être premier ministre. »

« Il semble en tout cas manquer d'énergie quand on le voit à la période des questions. Il semble être dans un état où il ne semble pas très heureux d'être là », a-t-il poursuivi.

Québec solidaire propose une commission parlementaire

Québec solidaire a de son côté proposé de mettre sur pied une commission parlementaire spéciale transpartisane, constituée de membres des quatres partis représentés à l'Assemblée nationale, pour s'assurer de la mise en oeuvre adéquate des recommandations de la commission Charbonneau.

« Le Parti libéral, le gouvernement libéral ne peut absolument plus prétendre gérer à lui seul la crise actuelle », a fait valoir la porte-parole du parti, Françoise David. « C'est une crise institutionnelle, c'est une crise de confiance grave. La population n'a plus confiance à l'égard du gouvernement. »

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