Constatant qu'il est devenu une « distraction » pour le gouvernement, Sam Hamad a confirmé jeudi qu'il renonçait aux privilèges qui étaient les siens à titre de président du Conseil du Trésor, dans la foulée des révélations faites par Enquête jeudi dernier. « Il a pris la bonne décision », affirme le premier ministre Philippe Couillard.

M. Hamad abandonne ainsi non seulement sa limousine, son chauffeur et son garde du corps, mais aussi la prime de 68 000 $ à laquelle les ministres ont droit. Il avait jusqu'ici conservé tous ces privilèges, malgré sa décision de se retirer temporairement du Conseil des ministres samedi.

M. Couillard a d'ailleurs confirmé que ce retrait est désormais définif : ceux qui avaient pris sa relève - le ministre des Finances Carlos Leitao comme président du Conseil du Trésor et François Blais comme ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale - occuperont « définitivement » ces fonctions, a-t-il dit. 

Sam Hamad a aussi expliqué qu'il était parti en Floride « guidé par l'émotion », dans la foulée du reportage d'Enquête, construit selon lui sur des « amalgames et des raccourcis ».

« Quand on se sent si injustement visé, quand on s'attaque à notre réputation et à notre intégrité, on souhaite prendre une certaine distance », a-t-il fait valoir. « J'étais en colère, et la colère est bien mauvaise conseillère », a-t-il lâché.

Le député libéral a réitéré qu'il avait l'intention de se « défendre jusqu'au bout » dans cette affaire. « J'estime n'avoir rien à me reprocher. Je n'ai pas à prendre la responsabilité des courriels dont je ne suis pas l'auteur », a-t-il dit.

Hamad défend son intervention

M. Hamad a répété, comme il l'avait fait la semaine dernière, qu'il n'a offert ni traitement de faveur ni informations privilégiées à Premier Tech, l'entreprise au coeur du reportage d'Enquête, et qu'il avait défendu son dossier avec autant de vigueur qu'il l'aurait fait pour n'importe quel autre projet structurant pour le Québec.

« Avec ou sans M. Côté, ce projet était foncièrement bon pour l'économie du Québec », a-t-il fait valoir.

« Il est vrai que j'ai pu discuter du dossier avec des représentants de l'entreprise », a-t-il encore ajouté, mais « sans jamais briser le secret entourant les délibérations du Conseil du Trésor ou du Conseil des ministres ». Il aurait fait de même pour n'importe quel autre député, qu'il soit du parti au pouvoir ou dans l'opposition, a-t-il assuré.

« Même si la loi ne prévoit pas l'obligation de demander, je conviens toutefois que j'aurais dû, si ces personnes n'étaient pas dûment inscrites au registre des lobbyistes, leur en rappeler l'obligation », a précisé Sam Hamad à ce sujet.

Au lendemain du reportage d'Enquête, M. Hamad avait défendu la position contraire. « La loi est claire là-dessus, c'est la responsabilité des personnes, des gens qui rencontrent les ministres de s'inscrire, soutient-il. Nous, on n'a pas à faire la police pour voir s'ils sont inscrits », avait-il plaidé.

M. Hamad a aussi affirmé n'avoir « jamais sollicité » de dons de la part des dirigeants de Premier Tech, et que ces derniers avaient fait une « contribution de leur propre initiative ». Selon lui, il est « inexact » et « mensonger » de dire le contraire.

M. Hamad a refusé de répondre aux questions des journalistes « par respect pour le commissaire à l'éthique ». Le premier ministre Philippe Couillard avait pourtant annoncé qu'il allait le faire.

La Floride et la multiplication des enquêtes ont scellé le sort de Hamad

Dans un point de presse donné un peu plus d'une heure après la déclaration, Philippe Couillard a soutenu que Sam Hamad avait pris « la bonne décision ». Il a d'ailleurs confirmé à demi-mot qu'il avait incité son député à agir de la sorte, à la lumière des « changements des derniers jours », qui ont eu un « impact certain. »

« J'ai dit que j'étais à l'écoute, que je comprenais les sentiments de la population autour de cette affaire-là - particulièrement le départ en Floride, les bénéfices de ministre, alors qu'il n'y a pas de pouvoirs réels exercés -, j'ai bien entendu ça », a-t-il dit.

« Pour ces raisons, et compte tenu des délais dans les vérifications qui vont avoir lieu, je pense que la décision de M. Hamad était la bonne », a ajouté M. Couillard, en précisant que le député continuera de siéger au caucus libéral.

« Le fait qu'il ait quitté sous l'effet de la colère ou la frustration, qu'il ait quitté pour l'étranger, n'a pas été bien perçu par la population », a noté le premier ministre, avant de tenter de justifier sa décision de lui laisser ses privilèges de ministre, même s'il n'en avait plus les responsabilités.

« Pour une période d'absence courte, je pense qu'on pouvait justifier qu'il garde certains bénéfices, même sans fonction », a-t-il dit.

« Mais là, on a le commissaire à l'éthique, le vérificateur général, le Directeur général des élections qui vont travailler sur les dossiers... Tant mieux s'ils peuvent le faire de façon relativement rapide, mais je pense que ça va être fait de façon approfondie ». 

Le premier ministre assure néanmoins qu'il n'a pas sous-estimé la réaction de la population dans cette affaire, mais refuse de se prononcer sur sa propre gestion de la crise. « C'est difficile pour moi de porter un jugement là-dessus », a-t-il laissé tomber. « J'ai voulu réagir avec équité et humanité. »

Lorsqu'on lui a fait remarquer que M. Hamad n'avait pas répondu aux questions des journalistes, le premier ministre a soutenu que « sa déclaration est une réponse ». Il a dit croire que « l'essentiel de ces réponses doit être réservé » aux instances qui enquêtent sur cette affaire, tout en disant que M. Hamad demeurait « libre de s'exprimer ».

M. Couillard a tout de même déclaré que son ministre était « courageux » dans les circonstances et qu'il n'avait rien à lui reprocher dans le cadre des fonctions qu'il a exercées dans son gouvernement.

Hamad, une source pour Marc-Yvan Côté

Dans un reportage diffusé la semaine dernière, Enquête a démontré, grâce à une série de courriels envoyés entre 2010 et 2012, que M. Sam Hamad était une source d'information stratégique et faisait avancer les dossiers de Marc-Yvan Côté au gouvernement.

Marc-Yvan Côté, un ex-ministre libéral, était à l'époque vice-président de Premier Tech, fleuron économique du Bas-Saint-Laurent, et solliciteur de fonds pour le Parti libéral du Québec. Il n'était cependant pas inscrit au registre des lobbyistes.

Il a été arrêté avec l'ex-ministre des Affaires municipales Nathalie Normandeau dans une opération de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) le 17 mars, et devra répondre à des accusations de complot, de corruption et de fraude.

M. Hamad fait l'objet d'une enquête du commissaire à l'éthique, et le Directeur général des élections a déjà confirmé qu'il examinait la situation. Le commissaire au lobbyisme refuse pour sa part de dire s'il fait. enquête.

Les députés de l'Assemblée nationale ont par ailleurs adopté à l'unanimité mercredi une motion déposée par le Parti québécois demandant au vérificateur général d'« analyser » l'octroi du prêt de 11,2 millions de dollars d'Investissement Québec et de la subvention de 8,5 millions accordée par le ministre Hamad à Premier Tech en 2012.

« Je pense qu'on est rendu là » Gaétan Barrette

« Si M. Hamad annonce ce qui est évoqué ce matin [...] je pense qu'il prend la bonne décision », avait précédemment commenté le ministre de la Santé Gaétan Barrette à son arrivée au caucus libéral, tout en précisant ne pas avoir d'informations à ce sujet. 

Selon lui, tout le caucus libéral, y compris le premier ministre Philippe Couillard, considère qu'il est « très important que la population ait confiance dans l'institution qu'est le gouvernement. »

« Compte tenu du tollé que l'on voit depuis une semaine, je pense qu'on est rendu là », a-t-il ajouté.

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