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Harcèlement à la GRC : rien n'a changé, accuse une ex-policière

La Terre-Neuvienne Janet Merlo, qui a déposé le recours collectif ayant forcé la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à reconnaître la culture de discrimination contre les femmes et de harcèlement qui prévalait dans ses rangs, revient à la charge dans la foulée du suicide d'une ancienne policière.

Krista Carle, une ancienne caporale qui a fait partie de la GRC pendant 19 ans et a été l’une des figures publiques de ce combat mené par les anciennes policières, s’est enlevé la vie le 6 juillet en Colombie-Britannique. Elle avait 53 ans.

Éprouvée par la mort de son ancienne collègue, Janet Merlo revient à la charge et a écrit une lettre virulente au ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, Ralph Goodale, accusant la GRC et le gouvernement fédéral de ne pas respecter la promesse de changer la culture de travail au sein du corps policier.

Honte à vous tous. Cette poursuite ne s’est pas terminée pour moi en 2016. Elle continue à ce jour et votre inaction n’est rien de moins que de la négligence criminelle, écrit Mme Merlo dans cette missive datée du 17 juillet.

Mme Marlo dit que M. Goodale lui avait promis du changement lors des excuses publiques présentées par la GRC en octobre 2016. Rien ne s’est produit, reproche-t-elle au ministre. Je vous ai écrit, par frustration, après la mort de Krista [Carle] pour vous demander d’agir. Vous n’avez même pas eu l’intégrité de me répondre. Tout ce que j’ai reçu a été un message de votre secrétaire me remerciant d’exprimer mes inquiétudes et m’assurant qu’on allait les faire suivre.

En 2016, la GRC a présenté des excuses publiques aux plaignantes marquées par la discrimination fondée sur le sexe, l'intimidation et le harcèlement. On estime que jusqu'à 20 000 femmes auraient été admissibles à une indemnité, mais les avocats dans le dossier croient plutôt que plus d'un millier de plaignantes se partageront environ 89 millions de dollars.

Janet Merlo a fait partie de la GRC de 1991 à 2010 et a quitté le corps policier pour des raisons médicales, souffrant notamment de dépression et de symptômes de stress post-traumatique. En 2012, la Terre-Neuvienne a lancé un recours collectif contre la GRC.

Une organisation « brisée »

L’ancienne policière a été particulièrement piquée au vif par les récents commentaires de la commissaire de la GRC, Brenda Lucki, qui déclarait ce printemps que la police fédérale n'était pas une organisation déficiente. Nous ne sommes pas brisés, alors je ne suis pas ici pour la réparer, déclarait la commissaire.

Brenda Lucki dit que la GRC n’est pas brisée, ironise Mme Merlo dans sa lettre. Je me demande comment vous pouvez payer plus de 100 millions de dollars dans un recours collectif et faire face à un autre [recours] de plus d’un milliard de dollars pour pertes de revenus et de carrière s’il n’y a pas de problème.

J’entends des femmes et des hommes sur le bord du suicide et je me demande combien de personnes vont devoir mourir avant que vous compreniez le message que la GRC est horriblement brisée, écrit Janet Merlo à la première femme commissaire de la Gendarmerie royale, qui a succédé à Bob Paulson en mars dernier.

Mme Merlo critique aussi le premier ministre : M. Trudeau, vous vous dites féministe ? Vraiment ? Alors que tout ceci se passe sous votre gouverne ? Honte à vous aussi.

Le message d’une policière désespérée

Janet Merlo raconte avoir écouté récemment un message laissé par une policière sur sa boîte vocale. Elle dit que ce message était « terrifiant » et lui a brisé le coeur. Elle le décrit en ces termes : Il provenait d’une policière me disant qu’après des années à se battre contre le système, elle avait tout perdu. Elle est dans la misère, a perdu sa famille et sa maison, et la dernière chose qu’il lui reste est la mort. Elle m’a dit qu’elle serait la prochaine Krista.

Janet Merlo jure qu’elle continuera à prendre la parole et dit que son « plan » est de dénoncer publiquement tout ce que la GRC fait « d’illégal ou autre ».

Je ne peux pas me taire, car je ne passe pas une journée ou une semaine sans entendre parler de quelqu’un qui traverse cet enfer. Le suicide de Krista [Carle] et sa vie doivent avoir un sens. Son combat doit continuer, écrit-elle.

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