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Harper : l'humanitaire sans le militaire, « ce n'est pas une politique canadienne »

Le chef du Parti conservateur se défend de privilégier l'intervention militaire aux dépens de l'accueil de réfugiés. Mais Stephen Harper soutient que l'aide aux Syriens ne pourrait être efficace sans s'attaquer au groupe armé État islamique.

« Dans cette campagne électorale, j'ai déjà annoncé notre intention d'augmenter le nombre de réfugiés syriens et d'améliorer le processus », a affirmé Stephen Harper, vendredi, qui se trouvait à Whitehorse, au Yukon. « Le Canada a déjà admis plus de 23 000 personnes de la Syrie et de l'Irak depuis le commencement de cette crise », a-t-il ajouté.

Le chef conservateur a rappelé, comme la veille, sa promesse de recevoir 10 000 réfugiés syriens d'ici quatre ans, tout en continuant la mission militaire contre le groupe armé État islamique. En janvier dernier, le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration du Canada s'était aussi engagé à accueillir 3000 réfugiés irakiens de plus d'ici la fin de l'année.

Stephen Harper a qualifié la position du NPD - qui est contre l'intervention militaire du Canada en Irak et en Syrie - d'« idéologique ».

En entrevue avec Radio-Canada, vendredi après-midi, le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, et candidat dans Ajax, Chris Alexander, a affirmé que le gouvernement avait renforcé ses réseaux et ses partenariats ainsi qu'augmenté son personnel dédié à la réinstallation de réfugiés au Liban, en Jordanie et en Turquie depuis l'annonce de janvier dernier.

M. Alexander a ajouté que la simplification des formulaires, l'élargissement du réseau de parrains potentiels et la réduction du temps de traitement des demandes permettront d'améliorer les services aux réfugiés. Le ministre s'attend à ce que plus de Canadiens se portent volontaires pour se joindre à des organisations de parrainage, en raison des nouvelles des derniers jours, et recommande de privilégier des organisations établies, parce qu'elles peuvent notamment accepter des gens qui n'ont pas un statut officiel de réfugié.

« Un manque de volonté politique »

Plus tôt dans la journée, les chefs libéral et néo-démocrate ont affirmé que le gouvernement canadien pouvait en faire davantage, dès maintenant, pour accueillir des réfugiés, au moment où la crise des migrants monopolise une grande part de l'attention à l'échelle internationale.

Alors que les images d'un enfant mort sur une plage ont bouleversé la planète depuis deux jours, Justin Trudeau et Thomas Mulcair ont soutenu que la lenteur des procédures pour permettre à des milliers de Syriens de se réfugier au Canada est surtout le résultat d'un manque de volonté politique.

Les chefs de partis disent vouloir s'élever au-dessus de la politique partisane afin de résoudre cette crise humanitaire et demandent au gouvernement Harper de trouver immédiatement des solutions.

« Aucune action militaire n'aurait pu sauver cet enfant sur cette plage », a soutenu Thomas Mulcair, en point de presse à Brossard, au Québec. « Le problème, c'est que le Canada peut faire plus, mais M. Harper [...] est en train de signaler que ce n'est pas son intention, et c'est fort regrettable », avait-il dit auparavant.

« Le NPD a un plan de mettre en place un commissaire responsable et de mettre des gens sur le terrain, notamment en Turquie », a affirmé M. Mulcair. « Hier, mon porte-parole Paul Dewar a discuté avec l'ambassadeur turc et il est catégorique : si le Canada a des gens sur le terrain, on va pouvoir résoudre les problèmes des papiers », a-t-il ajouté.

De Richmond Hill, en Ontario, le chef libéral a quant à lui affirmé que la solution ne passait pas seulement par la réduction des formalités administratives, mais surtout par la volonté politique. Même s'il affirme qu'il faut immédiatement des investissements pour augmenter la capacité du Canada de traiter les demandes de réfugiés rapidement, Justin Trudeau soutient que cela « a été fait par le passé, et même avec moins de ressources que nous avons maintenant ».

« Il est clair qu'il doit y avoir utilisation de moyens militaires pour lutter contre l'État islamique, c'est évident, mais ça ne dispense pas d'intervenir de façon humanitaire, et en ce sens, je pense qu'on doit accueillir le plus rapidement possible les 10 000 réfugiés », a pour sa part affirmé le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.

De son côté, la chef du Parti vert, Elizabeth May, a soutenu que le gouvernement Harper avait rendu le parrainage des réfugiés plus difficile et qu'il n'avait pas accueilli le nombre de réfugiés syriens qu'il s'était engagé à recevoir. « La crise des réfugiés, on l'avait en plein visage. Et plusieurs fois, les partis d'opposition à la Chambre des communes ont questionné le ministre de l'Immigration et de la Citoyenneté, Chris Alexander, pour savoir comment il pouvait promettre d'amener 10 000 réfugiés au Canada. Où sont-ils? Ça fait longtemps que la promesse a été faite et très peu de réfugiés ont été acceptés », a affirmé Mme May.

« Si vous voulez savoir pourquoi, allez sur le site web d'Immigration Canada et essayez de voir comment vous pourriez parrainer un réfugié. Regardez les règles qu'ils ont établies aujourd'hui. Ce n'est pas ce que le Canada avait fait à l'époque des boat people du Vietnam. Les règles qui sont en place aujourd'hui rendent pratiquement impossible d'amener des réfugiés syriens au Canada. Il faut des moyens énormes et surmonter bien des obstacles », a ajouté la chef du Parti vert.

Mme May était de passage à l'hôtel de ville de Montréal pour y rencontrer le maire Denis Coderre.

Ce dernier a refusé de blâmer le gouvernement conservateur, affirmant qu'il vaut mieux mettre l'accent sur les moyens de résoudre une crise humanitaire. M. Coderre, un ancien ministre libéral de l'Immigration, envisage d'ailleurs une stratégie des grandes villes canadiennes pour accueillir davantage de réfugiés.

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