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Harper nie toute ingérence politique dans l'accueil de réfugiés syriens

Les conservateurs ont été forcés d'admettre qu'ils ont retardé le traitement de demandes de réfugiés syriens, en interrompant le processus au printemps. Une information qui n'avait jamais été rendue publique. Le premier ministre Stephen Harper a défendu jeudi la nécessité de ces vérifications, précisant que le personnel politique n'avait jamais été impliqué dans l'approbation des demandes.

Un texte de Marc-Antoine Ménard et Marie-Ève Maheu

M. Harper réagissait à un article paru dans l'édition de jeudi du Globe and Mail, qui avançait qu'Immigration Canada n'a pas eu toute l'indépendance souhaitée au cours des derniers mois pour sélectionner les candidats au statut de réfugié. Selon le quotidien, le Bureau du premier ministre aurait émis une directive exigeant que les dossiers des réfugiés syriens référés par les Nations unies (ONU) soient soumis à son approbation.

Le Parti conservateur martèle depuis le début de la campagne électorale qu'il a fait et fera à l'avenir des efforts pour accélérer le processus d'accueil des réfugiés syriens.

Au début d'une allocution à Vancouver, le premier ministre a reconnu que des vérifications supplémentaires avaient été demandées, tout en insistant pour dire que son Bureau n'était pas responsable des décisions.

« Notre gouvernement a adopté une attitude généreuse envers les réfugiés, tout en assurant la sélection des personnes plus vulnérables et en protégeant la sécurité de notre pays. La vérification que nous avons demandée plus tôt cette année visait à assurer que ces objectifs étaient respectés », a-t-il expliqué.

Plus tôt, le ministre sortant de la Citoyenneté et de l'Immigration, Chris Alexander, a indiqué que la suspension du traitement des demandes était nécessaire le temps de faire des vérifications à la suite du lancement rapide du programme d'accueil de réfugiés provenant de la Syrie en guerre.

« Dans le but d'assurer que les procédures de renvoi et de vérification appropriées étaient en place, nous avons entrepris une vérification rétrospective de la première tranche de réfugiés assistés par le gouvernement syrien. C'était une mesure prudente pour assurer l'intégrité de notre système de renvoi des réfugiés », a déclaré le ministre par l'intermédiaire de son porte-parole Chris Day, jeudi.

« La vérification a eu lieu alors que la première tranche de demandes avait déjà été approuvée par des responsables du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration. De plus, aucun changement n'a été apporté, ou n'aurait pu être apporté, au statut de ces approbations en raison de la vérification », a-t-il ajouté dans ce communiqué.

« Le gouvernement a toujours dit clairement que les minorités religieuses et ethniques vulnérables - les groupes menacés de génocide - devraient être traitées en priorité, a conclu le communiqué publié jeudi. Je souligne également que le traitement des réfugiés syriens parrainés par le secteur privé s'est poursuivi pendant cette période. »

Pas une surprise pour Trudeau

Appelé à réagir avant que Stephen Harper ne prenne la parole, le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, a estimé que les informations du Globe and Mail n'avaient rien de surprenant. « Il reste peu de gens dans ce pays qui sont surpris par des informations voulant que le Bureau du premier ministre se mêle de choses d'une manière politique et non transparente », a déclaré M. Trudeau.

Le chef libéral a accusé Stephen Harper de recourir encore une fois à des préoccupations de sécurité et à une approche basée sur la peur et la division pour masquer son bilan, notamment économique. « Ce premier ministre a une façon de faire qui n'est pas du tout en ligne avec ce que souhaite les Canadiens », a conclu Justin Trudeau qui tenait un point de presse à Woodbridge, en Ontario.

Le chef du NPD, Thomas Mulcair, a lui aussi dénoncé la décision du gouvernement Harper de ralentir le traitement des demandes en utilisant l'enjeu de la sécurité. « Alors que Stephen Harper se tenait debout avec émotion, en évoquant sa propre famille le jour où a vu ce petit garçon sur la plage en Turquie, on apprend aujourd'hui que c'est lui-même qui a empêché l'arrivée de familles syriennes dans la pire crise de réfugiés depuis la Deuxième Guerre mondiale », dit-il.

Des critères dénoncés

Le Conseil canadien pour les réfugiés se dit déçu d'apprendre « l'ingérence » du bureau du premier ministre dans le dossier des réfugiés.

En entrevue à Radio-Canada, sa directrice Janet Dench, rappelle que cela intervient dans un contexte de politisation de la question des réfugiés, notamment sur la question de la « discrimination en fonction de la religion des réfugiés syriens ».

Le porte-parole du Conseil syro-canadien a dénoncé pour sa part les critères de sélection employés par le gouvernement. « Quand ça vient du HCR [Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés], ils veulent faire de la vérification et analyser les dossiers parce que le HCR ne sélectionne pas ces gens-là dépendamment de leur religion. [...] Alors que quand c'est au privé, il n'y a pas vraiment eu d'intervention parce qu'à travers le privé, on sait quel genre de réfugié va venir », a estimé Faisal Alazem, en entrevue à La Presse Canadienne.

Des sources ont indiqué à l'agence de presse que le gouvernement aurait cherché à contourner le HCR depuis l'an dernier pour accorder la priorité aux réfugiés kurdes, chrétiens ou d'autres minorités. « Ils ne voient même pas ces gens-là comme des êtres humains. Ils veulent les choisir par catalogue [...] pour satisfaire une certaine préférence idéologique qu'ils ont », a lancé M. Alazem.

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