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Harper refuse de dire quelle est sa définition d'une récession

Alors que Statistique Canada s'apprête à dévoiler des données qui pourraient confirmer que le Canada est en récession, le chef conservateur Stephen Harper refuse de dire comment il définit ce terme. Les finances du pays, maintient-il, sont très solides.

Selon la définition la plus commune, une récession se produit lorsque le produit intérieur brut (PIB) d'un pays se contracte pendant deux trimestres consécutifs. Or le PIB canadien s'est contracté au premier trimestre, et Statistique Canada dévoilera demain les chiffres pour le second trimestre. 

Le premier ministre sortant a cependant refusé d'adopter cette définition lorsque deux journalistes lui ont posé cette question, lors d'un point de presse tenu à Ottawa en matinée. 

« Je n'ai pas abordé cette question », a dit Stephen Harper lorsqu'on lui a posé la question une première fois en anglais. « Je pense que c'est plus important de décrire la réalité de la situation que d'avoir des labels », a-t-il fait valoir ensuite en français.

« À l'évidence, le prix du pétrole a un impact sur notre économie », a déclaré le premier ministre sortant.

« La question pour les Canadiens consiste à savoir ce que l'on doit faire, en raison de cet effet temporaire. », a-t-il poursuivi. « Est-ce qu'on plonge le pays dans une série de déficits et d'augmentations de taxes? Nous croyons que c'est précisément la mauvaise réponse. »

« Le gouvernement est en avance sur ses projections fiscales et la situation financière du pays est en excellente santé », a conclu M. Harper en rappelant que le gouvernement fédéral a dégagé un surplus de 5 milliards de dollars entre avril et juin, selon des chiffres du ministère des Finances dévoilés vendredi dernier. 

Dimanche, le candidat conservateur Jason Kenney a profité d'un passage à l'émission Power & Politics sur les ondes de CBC pour faire valoir qu'une croissance négative pendant deux trimestres consécutifs n'équivalait pas nécessairement à une récession. 

« La plupart des économistes définissent une récession comme un ralentissement généralisé de l'économie », a-t-il dit. « Ce que nous savons, c'est que nous avons un ralentissement clair dans le secteur du pétrole et du gaz, puisque le prix de ces ressources a chuté de 60 %. »

« Je suggère qu'une récession est typiquement définie comme un ralentissement généralisé, pas un ralentissement discret dans un secteur », a-t-il conclu.

« L'argent ne pousse pas dans les arbres », dit Harper

Lors de son point de presse, Stephen Harper n'a pas annoncé de nouvelles mesures. Il s'est plutôt attardé à vanter les réalisations économiques de son gouvernement - baisse de la taxe sur les produits et services, prestation universelle pour la garde d'enfants, etc. -  et à critiquer les approches de ses adversaires.

« Quand les libéraux et le NPD font des promesses coûteuses, l'argent ne pousse pas dans les arbres. Il finit par venir des poches des familles de la classe moyenne », a dit le chef conservateur, en soutenant que les deux partis vont faire des déficits.

Le chef libéral a bel et bien annoncé la semaine dernière que son gouvernement n'hésiterait pas à faire des déficits pendant trois ans afin notamment de financer des investissements dans les infrastructures. Le NPD maintient cependant qu'il va équilibrer le budget dès l'an prochain. 

« Bien que l'équilibre budgétaire n'est pas une fin en lui-même, le fait est que les budgets équilibrés sont la base qui permet aux gouvernements de remettre plus d'argent dans les poches des familles canadiennes, et de vous assurer que vous allez garder cet argent » a aussi fait valoir Stephen Harper.

Un peu plus tard,à Saskatoon, Thomas Mulcair a répondu sans détour lorsqu'on lui a demandé sa définition d'une récession. « La définition classique, technique, c'est deux trimestres d'affilée de croissance négative », a répondu le chef néo-démocrate.

« Mais ça [...] c'est une définition technique. Tout le monde sait que, peu importe les chiffres demain, le plan de Stephen Harper ne fonctionne pas », a poursuivi M. Muclair, qui réitère par ailleurs qu'un éventuel gouvernement néo-démocrate équilibrerait le budget sans tarder.

Selon lui, l'objectif de cette approche n'est pas tant de maintenir les baisses d'impôt, comme le dit Stephen Harper, mais plutôt de préserver les programmes sociaux.

« La seule façon de préserver les programmes sociaux auxquels nous tenons pour réduire les inégalités dans la société est d'être des administrateurs compétents et prudents », a-t-il fait valoir. « C'est pourquoi je me suis engagé à maintenir un budget équilibré, parce que je veux préserver des programmes comme le système public de soins de santé ».

« Les politiques de Harper ont nui à notre économie. Et voilà que Mulcair les adopte », a pour sa part réagi Justin Trudeau dans un message sur Twitter. Le chef libéral ne répondra pas aux questions des journalistes lundi, puisqu'il ne participe à aucun évènement officiel.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, est du même avis que M. Trudeau dans ce débat. « Je pense qu'en période de récession ou de crise économique grave, il ne faut pas l'accentuer en multipliant les compressions et en prônant l'austérité, comme Monsieur Harper et Monsieur Mulcair font à Ottawa », a-t-il dit.

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