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Harvey : « Quitter serait idiot! Où peut-on aller? »

Si des dizaines de milliers de résidents de Houston ont fui leur résidence en raison des inondations engendrées par la tempête tropicale Harvey, d'autres se cramponnent chez eux en attendant que le pire passe. Témoignages de résidents qui affrontent les intempéries.

Alors qu’un débat fait rage sur l’opportunité d’évacuer la quatrième ville en importance des États-Unis, Johanne Faucher-Gambling a fait son choix : pas question de quitter sa maison, même si les autorités préviennent que l’eau n’a pas fini de monter à plusieurs endroits.

« Quitter serait idiot! Où peut-on aller? Les bayous sont sortis de leur lit et les autoroutes sont inondées. Donc, ce serait plus dangereux de sortir que de demeurer », a-t-elle relaté dans une entrevue accordée à ICI RDI lundi matin, en précisant que l’eau se résorbait dans son secteur.

La décision des autorités d’ouvrir les vannes des réservoirs Addicks et Barker, conçus pour empêcher l'inondation du centre-ville, va cependant causer des maux de tête à d’autres résidents qui, comme elle, ont choisi de s’accrocher.

« Il y a des quartiers où on demande aux gens d’évacuer parce qu’on a relâché les eaux. Mais ces eaux-là se déversent dans les bayous, qui sont déjà sortis de leur lit de 9 ou 10 pieds [2,75 ou 3 mètres] », poursuit-elle.

« Ceux qui ont des bateaux ont un avantage »

« C’est très difficile de circuler. Beaucoup d’endroits ne sont pas accessibles. Et ce qu’on voit, c’est que ceux qui ont des bateaux ont un avantage sur nous », résume pour sa part Julie Lesage, une Québécoise qui habite Houston depuis 14 ans, et qui a également choisi de rester chez elle.

« Je suis la chanceuse de mon quartier; ma maison n’est pas encore touchée. Par contre, le terrain de mes voisins est complètement inondé, et la rue est complètement inondée », a-t-elle raconté.

« Hier [dimanche], on a été capable de circuler un peu. On a une deuxième demeure dans le coin de Houston, et on voulait voir si elle était correcte. On a été capable de se rendre, mais en prenant des routes un peu surélevées. Mais la plupart des routes sont vraiment sous l’eau. »

Après avoir vécu les ouragans Rita, en 2005, et Ike en 2008, Mme Lesage confirme qu’Harvey est dans une classe à part, puisque la tempête tropicale frappe toute la ville, ce qui complique considérablement le travail des secouristes qui sont à pied d’œuvre.

Des résidents contraints de trouver un refuge

De nombreux résidents n'ont effectivement pas le choix de quitter leur résidence. Jusqu'ici, plus de 2000 sinistrés ont été secourus par les autorités, a fait savoir lundi matin le maire de Houston, Sylvester Turner, et 185 autres se trouvent dans une situation critique en attendant d'être sauvées.

Environ 5500 autres ont trouvé refuge dans les centres d’urgence mis sur pied par la Ville, notamment au Centre national des congrès, et ce nombre va s'accroître de façon « exponentielle », a indiqué le maire Turner.

Gillis Leho fait partie des gens qui ont trouvé un toit au Centre des congrès George R. Brown, qui avait aussi été utilisé lors du passage de Katrina, en 2002. Trempée jusqu'aux os, la femme a raconté à Associated Press qu'elle a constaté à son réveil, dimanche, que son sous-sol était inondé.

Après avoir tenté de déplacer quelques-unes de ses possessions à l'étage, elle a finalement décidé de quitter les lieux avec ses petits-enfants devant l'irrésistible montée des eaux. « On a dû briser une fenêtre pour sortir », a-t-elle expliqué.

D'autres résidents rencontrés sur place par l'envoyée spéciale de Radio-Canada, Laurence Martin, soutiennent l'avoir échappé belle dans les circonstances.

« Nous étions inondés et un hélicoptère est venu nous chercher. Un gars est descendu et nous a attachés, moi et ma mère de 77 ans », a raconté un homme d'une quarantaine d'années rencontré par Radio-Canada.

Une jeune femme affirme qu'elle a été contrainte de quitter sa résidence avec sa famille, et que le périple vers un endroit plus sécuritaire n'a pas été de tout repos.

« Quand nous étions dans le bateau, c'était effrayant. Il y avait beaucoup de monde. On voguait au milieu de notre rue. Ça ne semblait pas stable du tout. Ensuite, on était dans un camion sur l'autoroute et des voitures allaient dans la mauvaise direction. Les conditions n’étaient pas bonnes du tout. »

« Tout ce qu'on a réussi à sauver rentre dans un sac de voyage », se désole un homme qui l'accompagnait. « Tout le reste est parti. »

Les autorités ont demandé à tous ceux qui possèdent une embarcation de faire preuve de solidarité et de collaborer aux efforts de sauvetage, qui ne peuvent que se poursuivre à la lumière des prévisions météorologiques.

Selon le National Weather Service, de 38 à 64 centimètres devraient encore s'abattre d'ici mercredi ou jeudi sur le sud-est du Texas, où 60 centimètres se sont déjà accumulés. Le pire pourrait donc être à venir.

L’Agence fédérale de coordination des situations d’urgence (FEMA) dit s'attendre à ce que 450 000 personnes aient besoin d'une aide quelconque, dont 30 000 qui pourraient avoir besoin d'un hébergement temporaire

« Il faut essayer de voir un peu de positif »

Le prêtre québécois David Bergeron, qui habite aussi la ville depuis des années, a utilisé le kayak qu’il transportait dans sa camionnette pour aller naviguer dans les rues de la ville en fin de semaine. « J’ai pu utiliser le kayak pour aller acheter un peu de nourriture pour mes confrères prêtres qui étaient à la maison », a-t-il raconté.

M. Bergeron entendait tout de même braver le même temps et tenter de se rendre à son église avec un collègue lundi, afin de voir si elle a été endommagée par le passage d’Harvey.

« Dans toute situation difficile, il faut essayer de voir un peu de positif », philosophe-t-il. « Comme pasteur, je prêche pour ma paroisse. Mais une des choses pour moi, c’est de prier pour que les gens puissent avoir les solutions. »

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