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Hausse importante du nombre de femmes dans les pénitenciers

Le nombre de femmes incarcérées dans les pénitenciers fédéraux a augmenté de façon importante au pays dans la dernière décennie.

Selon l’enquêteur correctionnel du Canada, Ivan Zinger, la hausse est de 37 %. Il précise que les femmes représentent le groupe qui croît le plus rapidement dans le système fédéral.

Un bon nombre d’entre elles ont été victimes de crimes dans le passé. Plus des deux tiers des femmes incarcérées ont été victimes d’agression sexuelle au moins une fois dans leur vie et 90 % d’entre elles ont été victimes d’agression physique.

Il n’est donc pas très surprenant, croit la directrice des affaires juridiques à l’Association canadienne des Sociétés Elizabeth Fry, Savannah Gentile, qu’elles finissent en prison.

« Certaines de ces femmes m’ont dit que la première fois de leur vie qu’elles se sont senties en sécurité, c’était lors de leur première nuit derrière les barreaux », dit-elle. « C’est vraiment signe qu’il y a un problème dans nos communautés. Ça nous montre le manque de ressources pour aider les femmes. »

La rareté des ressources, précise-t-elle, entraîne une pénurie de logements abordables, un manque de bons emplois et la difficulté d’obtenir de l’aide en santé mentale et en toxicomanie. Savannah Gentile indique que certains programmes ont subi d’importantes compressions ou ne suffisent tout simplement pas à la demande.

Surpopulation carcérale?

Malgré cette hausse, Service correctionnel Canada assure qu’il n’y a pas de problème de surpopulation dans ses établissements. Une porte-parole de l’agence, Julia Scott, indique dans un courriel que les pénitenciers comptent 805 lits pour une population carcérale féminine de moins de 700.

L’enquêteur correctionnel Ivan Zinger indique qu’il faut mettre les données de Service correctionnel Canada en perspective.

Chaque établissement a son seuil de surpopulation. Mais il précise qu’un commissaire des services correctionnels peut simplement relever ce seuil si un pénitencier est en surcapacité. Ainsi, sur papier, il n’y a pas surpopulation.

La directrice générale de l’Association canadienne des Sociétés Elizabeth Fry, Kassandra Churcher, dit avoir constaté par elle-même la surpopulation des pénitenciers pour femmes.

Son organisme a visité de nombreuses prisons, dont l’établissement correctionnel Nova pour femmes, à Truro, en Nouvelle-Écosse. Le pénitencier n’est pas reconnu pour avoir un problème de surpopulation, dit-elle, mais le nombre de détenues y a augmenté de façon très importante depuis son ouverture, en 1995.

Des détenues partout au pays doivent vivre à deux dans des cellules conçues pour une seule personne, dit Kassandra Churcher. « Ces femmes peuvent passer 23 heures par jour dans une de ces cellules. Quand il y a une telle proximité, ça crée de la tension et de nombreux problèmes », explique-t-elle.

Manque de soins et de traitements

La hausse du nombre de femmes dans les établissements carcéraux met aussi en relief les lacunes en matière de soins et d'autres services dans leurs communautés d'origine, selon les groupes de défense des détenues.

En Nouvelle-Écosse, par exemple, beaucoup de personnes doivent attendre au moins 105 jours avant d’obtenir des soins en santé mentale dans la communauté, d’après les données du gouvernement provincial. À Sydney, au Cap-Breton, cette attente peut aller jusqu’à 425 jours.

L’accès au logement public subventionné est aussi limité. Actuellement, en Nouvelle-Écosse, la liste d’attente comprend 1308 familles et 2361 aînés, selon les données du ministère des Services communautaires, en plus de 750 adultes de moins de 65 ans.

L’Association canadienne des Sociétés Elizabeth Fry estime que si le gouvernement fédéral finançait moins ses pénitenciers et davantage les services communautaires, moins de femmes se trouveraient dans le système correctionnel.

Une bonne partie de la hausse de la population carcérale féminine est aussi le résultat de la hausse vertigineuse du nombre de femmes autochtones dans le système. Elles représentent 38 % de la population carcérale féminine alors que les Autochtones ne représentent que 2 % de la population canadienne, souligne Ivan Zinger.

« C’est une surreprésentation troublante des femmes autochtones dans nos établissements », dit-il.

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