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Hélicoptère et sous-vêtements : les affaires florissantes du Myanmar avec le Canada

Les échanges commerciaux n'ont jamais été aussi élevés entre les deux pays depuis une décennie. Portrait de nos relations économiques avec le Myanmar, pays de plus en plus critiqué en raison de la persécution et des violences envers les Rohingyas, une minorité musulmane.

Un texte de Bahador Zabihiyan

Ces deux dernières années, le Québec a acheté 31,5 millions de dollars de produits textiles au Myanmar : 15 millions de dollars de chemises, 3 millions de dollars de vestes de sport ou encore 242 940 $ de soutiens-gorge.

En fait, il n’y a jamais eu autant d’échanges commerciaux avec le Myanmar depuis ces 10 dernières années.

De son côté, le Myanmar a importé du Québec des turboréacteurs d’avions pour 3,85 millions de dollars en deux ans.

Le Myanmar a acheté deux turbopropulseurs utilisés sur les avions à hélices et un hélicoptère à 1 million de dollars. Le secteur aéronautique est en pleine effervescence dans ce pays, mais l’ombre des oligarques de la junte militaire n’est jamais très loin, selon Jean-François Rancourt, doctorant en science politique à l’Université de Montréal.

Des entreprises québécoises ont aussi vendu au Myanmar pour 1,3 million de dollars de véhicules automobiles d'occasion. On compte aussi presque 100 000 $ en appareils de communication.

Avec l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi et de son parti, le Myanmar connaît une embellie économique, qui profite surtout aux proches de la junte, d'après M. Rancourt.

« L’économie du Myanmar dans les dernières décennies a été […] captée par des proches de la junte militaire […] ce qui veut dire qu’encore aujourd’hui une grande partie des gros joueurs sont des gens proches du régime », constate-t-il.

Le Québec a importé 21 millions de dollars de marchandises du Myanmar en 2016, sept fois plus qu’en 2015. Cette année, le Québec a déjà importé pour 13 millions de dollars de marchandises du Myanmar entre janvier et juillet, en grande partie du textile.

L’industrie textile du pays s’est développée à mesure que les conditions de travail en Chine se sont améliorées; les fabricants se sont tournés vers des pays où la main-d’œuvre est meilleur marché, comme le Myanmar ou le Bangladesh, souligne M. Rancourt.

L'armée birmane, qui jouit d'un énorme pouvoir, est accusée d'avoir brûlé des maisons de Rohingyas, poussant plus de 400 000 d'entre eux à fuir le pays et à se réfugier au Bangladesh voisin, à majorité musulmane.

Dans les années 90, la communauté internationale a mis en place des sanctions contre le Myanmar pour isoler la junte militaire. Celles-ci ont été renforcées en 2007, puis elles ont été progressivement levées à partir de 2015, avec l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi.

« Il reste encore des sanctions [concernant] des produits qui pourraient être utilisés pour des fonctions militaires, et il existe des gels par rapport à certains individus liés au régime », précise M. Rancourt.

Le montant des exportations du Myanmar vers le Canada n'a pas cessé d'augmenter depuis 2011, à mesure que les sanctions internationales étaient levées.

Cette année, le Myanmar a déjà exporté pour plus de 27 millions de dollars de marchandises. En 2016, le montant total des exportations était de 38 millions de dollars.

Justin Trudeau a estimé lundi qu'Aung San Suu Kyi doit condamner publiquement les atrocités commises au Myanmar contre la minorité musulmane des Rohingyas.

Les plus importantes exportations canadiennes vers le Myanmar en 2017 :

  • Saskatchewan : 11 439 482 $ de pois
  • Colombie-Britannique : 2 232 961 $ en papiers et cartons
  • Québec : 1 835 308 $ pour un turbopropulseur

Les plus importantes importations canadiennes du Myanmar en 2017 :

  • Ontario : 7 532 154 $ en ceintures et gilets de sauvetage
  • Ontario : 5 107 343 $ en matelas, en matières plastiques
  • Québec : 4 611 013 $ en chemises pour hommes

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