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Hillary Clinton racontée par une proche collaboratrice

Qu'est-ce qui motive vraiment Hillary Clinton à vouloir devenir présidente des États-Unis? Pourquoi divise-t-elle autant les Américains? On croit connaître Hillary Clinton puisqu'elle vit sous le regard du public depuis des décennies, mais on lui reproche tout autant ses secrets et ses mystères.

À deux jours de l'élection présidentielle, Cynthia Schneider, ancienne ambassadrice américaine aux Pays-Bas et proche de la candidate démocrate, lève le voile sur celle qu'elle connaît depuis 30 ans, en répondant aux questions d'Emmanuelle Latraverse, animatrice de l'émission Les coulisses du pouvoir.

Q : Vous décrivez Hillary Clinton, que vous avez connue dans votre jeunesse, comme une militante pour la tolérance. Est-ce ironique qu'elle se retrouve aujourd'hui dans l'une des campagnes les plus acrimonieuses et mesquines des dernières décennies?

R : Oui, mais heureusement que c'est elle, parce qu'elle est si forte! Toute sa vie, elle a défendu les impuissants. Ce que je vais dire va vous sembler bizarre, mais... C'est Donald Trump, le féministe! Pourquoi? Parce que tout ce qu'il a dit est si épouvantable qu'il faut admettre qu'on a encore besoin du féminisme, qu'il ne s'agit pas d'un mouvement dépassé. Grâce à Donald Trump et aux choses dégueulasses qu'il a dites, tout le monde comprend qu'il faut gagner pour faire avancer la cause des femmes et des minorités.

Q :On reproche souvent à Hillary Clinton d'être une politicienne froide, calculatrice et ambitieuse, alors que les gens dans son entourage la dépeignent comme une femme engagée qui veut améliorer le sort de l'Amérique. Comment expliquez-vous ce gouffre dans les perceptions?

R : La politicienne distante que vous décrivez n'existe pas; c'est un mythe. Il faut comprendre que les journaux et la télévision choisissent quelles photos ils vont montrer. Il existe des tas de photos d'Hillary Clinton qui rit, qui embrasse des enfants, qui discute avec les gens... Malgré cela, l'idée qu'elle est froide persiste. Quand elle était à la Maison-Blanche, on disait qu'elle n'était pas du tout une bonne mère et qu'on ne la voyait jamais avec Chelsea [sa fille]. Mais c'est exactement pour ça qu'elle était une bonne mère! Parce qu'elle refusait de montrer sa fille de 13 ou 14 ans à la presse et au monde entier. Elle protégeait très fortement sa vie privée. Cependant, dès que Chelsea a été prête, vers l'âge de 16 ans, elle s'est montrée elle-même en public. Elles voyageaient en Inde ensemble et les gens trouvaient ça incroyable. Elles avaient l'air de meilleures amies. Cette bonne relation avait toujours été là, mais Hillary était sensible et voulait protéger la vie privée de sa fille.

Maintenant, je pense que c'est à peu près la même chose. Vous mentionnez qu'elle est vue comme ambitieuse, mais à l'époque où Hillary était sénatrice ou secrétaire d'État, tout le monde la trouvait formidable! Ça change dès qu'elle veut avancer, faire un pas plus loin. Dès qu'elle essaie de gagner un autre poste, on la juge ambitieuse et on ne l'aime plus.

Q : Est-ce à cause de cela qu'on la juge plus sévèrement? Parce que la société américaine a encore de la difficulté à accepter une telle ambition chez une femme?

R : Oui, je pense que c'est absolument ça. On a des femmes qui avancent, mais elle, c'est la première à s'approcher aussi près de la présidence. Et je crois que son ambition et ses qualités - le fait qu'elle soit si intelligente, si forte, si impressionnante -, ça gêne des gens.

Q : Cette campagne a mis en lumière la rupture du lien de confiance entre une grande partie de la population et les institutions politiques; quiconque va dans un rassemblement de Donald Trump le constate. Comment expliquez-vous cette rupture du lien de confiance?

R : Vous avez cerné un grand problème et j'espère qu'il pourra se résoudre après l'élection. Tout ça a commencé lors de la récession de 2008... C'était vraiment horrible. Pas mal de gens ont perdu leur travail et bon nombre de ceux qui étaient dans la cinquantaine à cette époque-là n'ont jamais retrouvé d'emploi. L'idée qu'ils ont de leur vie a complètement changé. Plusieurs sont aujourd'hui très déçus. Il y a aussi les avancées technologiques qui entraînent beaucoup de pertes d'emploi. En plus, on a un Congrès qui ne fait rien! Moi, je dis que c'est surtout la faute des républicains, qui ont dit qu'ils n'allaient rien faire avec ce président, Obama. Alors, les gens voient que leur vie est pire que ce qu'ils avaient prévu et voient que le gouvernement ne fait rien. Ils ont donc perdu la foi.

Q : En quoi une présidence d'Hillary Clinton aiderait à réparer cela, d'après vous?

R : Elle a un historique de travail avec les républicains. Elle l'a fait au Sénat, même avec les républicains les plus extrêmes, elle trouvait un terrain d'entente. Surtout, par exemple, en matière de problèmes des femmes dans le monde, d'esclavage sexuel, ce genre de choses. Alors moi, je crois bien qu'elle va voyager de la Maison-Blanche jusqu'au Congrès, ce qu'Obama, il faut le dire, n'a pas beaucoup fait. [...] Et j'espère que les citoyens américains ne vont pas permettre au Congrès de continuer à ne rien faire.

Q : Hillary Clinton elle-même a une confiance à regagner, parce qu'il y a toute une tranche de l'électorat qui la juge comme corrompue et trop secrète. Est-ce la raison pour laquelle la question des courriels occupe tant de place dans la campagne?

R : Vous savez, il y a malgré tout pas mal de républicains qui la soutiennent. C'est une chose incroyable, quand même. Il y a cinq présidents toujours vivants et ils vont tous voter pour Hillary Clinton. Même les deux Bush républicains. Personne pour Trump. Je pense qu'elle va trouver du soutien dans le Congrès et dans le pays, parce que tout le monde veut que le pays guérisse. Comme pour George W. Bush, il y aura toujours 25 % ou 30 % des gens qui vont la détester ou qui ne seront pas du tout d'accord avec le président. Ça existe toujours.

Q : Bon nombre d'Américains pourraient voter pour elle par dépit, en disant choisir l'option la moins mauvaise. Est-ce que cela viendrait réduire la valeur d'une victoire dans ces circonstances? Ce serait décevant?

R : Ça me rendrait triste et je trouverais ça difficile à comprendre, mais heureusement, ça n'a pas du tout l'air de la déprimer. Elle continue. Elle est si forte, elle rit, elle a plus d'énergie que jamais dans sa vie. Mais je pense que dès qu'on verra cette présidente, dès qu'on verra comment elle représente les États-Unis, on va constater une fierté dans le pays.

La présidentielle américaine 2016 - notre section spéciale

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