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Hockey Québec et hockey scolaire : enfin, une entente semble possible!

Après plusieurs années de chicanes politiques et d’aberrations, Hockey Québec et la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS) entretiennent désormais un dialogue constructif. Selon plusieurs sources, des deux côtés de la table, les interlocuteurs se rapprochent d’une entente qui ferait en sorte que les hockeyeurs qui choisissent le volet scolaire cessent d’être considérés comme des athlètes de deuxième ordre au Québec.

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Historiquement, le hockey québécois s’est développé autour d’associations de hockey civiles animées par des bénévoles. Mais ce modèle a perdu de l’efficacité au fil des ans. Et pour répondre à cette problématique, Hockey Québec s’est mis à créer de plus grandes structures et des territoires plus vastes qui ont grandement compliqué la vie des familles.

Les joueurs qui font partie de la structure d’excellence du réseau civil doivent parcourir de plus grandes distances pour disputer leurs matchs, et leurs parents doivent débourser des sommes d’argent (coûts d'inscription et frais afférents) considérables.

La plupart du temps, ces enfants sont aussi obligés de fréquenter une école que la fédération a choisie pour eux et qui n’est pas nécessairement située dans leur milieu de vie. Il n’est pas rare que les jeunes hockeyeurs soient aussi contraints de changer d’école deux ou trois fois durant leur parcours secondaire parce que les programmes de hockey de toutes les catégories ne sont pas implantés dans les mêmes établissements scolaires.

Dans ce contexte, la naissance de la LHPS en 2010 s’est avérée une véritable bouffée d’air frais pour énormément de gens. Or, la LHPS n’est pas membre de la fédération québécoise de hockey sur glace.

Le hockey scolaire n'est pas nécessairement moins coûteux que le hockey civil. Mais il est certainement plus souple.

Inspirée du modèle des preps schools américains, la LHPS laisse ses athlètes choisir librement leur école et leur équipe de hockey. Les horaires de compétition et d’entraînement sont conçus pour accommoder la vie familiale et scolaire. Et le ratio entraînements/matchs y est élevé.

En l’espace de six ans, le nombre de programmes de hockey scolaire a littéralement explosé au Québec. La LHPS rassemblait 5 ou 6 écoles et une dizaine de formations à ses débuts. On y retrouve maintenant 23 écoles et 93 équipes.

La première division du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) compte quant à elle près de 60 formations cadettes et juvéniles. En tenant compte des autres divisions et de l’existence d’autres circuits scolaires, on peut facilement chiffrer à quelque 200 le nombre d’équipes de hockey implantées dans des écoles secondaires au Québec.

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La question n’est pas de savoir si l’un des deux systèmes est meilleur que l’autre. Tout le débat tourne autour de la liberté de choix (scolaire et sportif) des athlètes et de la possibilité de permettre à un plus grand nombre de hockeyeurs de profiter d’un encadrement optimal pour pratiquer leur sport.

Depuis le début, Hockey Québec a commis l’erreur de combattre le hockey scolaire pour protéger son modèle civil. La fédération a déjà tenté d’empêcher des écoles de louer des heures de glace pour s’entraîner. Elle est même intervenue pour faire bannir des équipes scolaires de tournois présentés aux États-Unis. La fédération a aussi adopté des règlements empêchant les joueurs les plus talentueux de quitter le réseau civil pour défendre les couleurs de leur école.

Il y a deux ans, la LHPS avait fini par signer une entente qui la faisait adhérer à Hockey Québec à titre de membre associé. Mais dès la fin de la première saison de cette alliance, la fédération avait adopté en catimini une règle abolissant les mises en échec corporelles au hockey scolaire. C’était une autre façon, peu subtile, d’obliger les joueurs les plus talentueux à opter pour le réseau civil.

Les écoles membres de la LHPS avaient réagi en claquant la porte de la fédération, et les deux parties évoluaient en vase clos depuis ce temps.

Incroyablement, les joueurs qui ont choisi le réseau scolaire durant leur parcours sportif sont victimes de représailles lorsqu’ils tentent de réintégrer la fédération. On leur refuse parfois l’accès aux équipes de meilleur niveau, ou on leur impose des frais de participation disproportionnés lorsqu’ils se présentent à certains camps d’entraînement.

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Paul Ménard a été nommé directeur général de Hockey Québec cet automne, à peu près au même moment où l’ex-joueur du Canadien Mathieu Darche a accédé à la présidence de la LHPS. Ce changement de garde semble en voie de produire des résultats intéressants.

Tant du côté de la fédération que de la LHPS, des sources confirment que le dialogue est positif entre les deux organisations. Ménard et Darche se sont rencontrés à deux reprises. Et de façon générale, ils seraient d’accord sur les grandes lignes d’une éventuelle entente qui ferait en sorte que :

- La LHPS réintègre Hockey Québec à titre de membre associé tout en préservant son autonomie, et sans adhérer au RSEQ.

- Les hockeyeurs de première division des réseaux scolaire et civil seraient couverts par la même réglementation (notamment en ce qui a trait aux mises en échec), ce qui permettra aux deux réseaux de s’épanouir et de développer leurs athlètes de façon optimale.

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Il y a quelques semaines, la nomination de Paul Ménard avait été accueillie avec énormément de scepticisme dans le monde du hockey. Et même chez les plus proches partenaires de la fédération.

Directeur à Hockey Québec depuis de longues années, ce dernier était présenté comme le candidat de la continuité au sein d’une fédération perçue, à tort ou à raison, comme étant sclérosée.

Depuis le début des années 2000, le nombre de hockeyeurs québécois est en chute libre dans la LNH. Et les Québécois sont presque absents des équipes nationales. Le même phénomène est en train de se répéter du côté de l’équipe nationale féminine, où le Québec avait pourtant toujours exercé une présence prédominante.

Or, si Ménard parvient à ramener le hockey scolaire dans le giron de Hockey Québec, il s’agira d’un accomplissement remarquable qui changera à jamais la pratique de ce sport au Québec.

Les réseaux civils et scolaires se livreront alors une saine compétition pour offrir les meilleurs services possible et ainsi attirer les meilleurs athlètes. Les athlètes et leurs familles pourront choisir le programme sportif et scolaire qui leur convient le mieux. Et au moins deux fois plus de jeunes seront encadrés par des programmes de grande qualité. À ce titre, la région de la Mauricie constitue sans doute l’un des plus remarquables laboratoires de hockey au Québec.

Bref, tout le monde en sortira gagnant. Surtout les 100 000 jeunes qui pratiquent le hockey. Et quand Hockey Québec voudra rassembler ses meilleurs talents sur une même patinoire, il sera toujours opportun d’organiser des camps de perfectionnement et des tournois au printemps, comme le font les Finlandais.

Rien n’est encore signé et les discussions se poursuivent, m’indiquent plusieurs sources. Mais c’est déjà un immense progrès par rapport au décevant climat des dernières années.

Maintenant, avec un peu de bonne volonté, on voit mal comment Paul Ménard et Mathieu Darche pourraient laisser tomber le ballon et rater cette occasion unique de moderniser et de rendre plus convivial le système de hockey québécois.

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