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Honduras : le président assermenté malgré des allégations de fraudes électorales

Le président hondurien Juan Orlando Hernandez a prêté serment, samedi, au milieu des protestations entourant sa réélection entachée de nombreuses irrégularités et d'allégations de fraude.

En recevant l’écharpe présidentielle du chef du Congrès à Tegucigalpa, le président a promis d’entamer « un processus de réconciliation pour unir la famille hondurienne ». Il a aussi dit vouloir « respecter et faire respecter la Constitution et les lois ».

Le grand Stade national, où a eu lieu la cérémonie d’investiture devant des milliers de partisans, avait été placé sous haute sécurité en raison des manifestations de l’opposition.

Vendredi, soldats et policiers ont dû utiliser des gaz lacrymogènes pour repousser les milliers de manifestants dans les rues de la capitale.

« Il faut de nouvelles élections présidentielles et législatives », a déclaré à la presse l'ex-candidat de l'Alliance de l'opposition contre la dictature, le présentateur de télévision Salvador Nasralla.

« Nous nous dirigeons vers une insurrection dans ce pays, a déclaré Manuel Zelaya, l'ancien président renversé en 2009, coordinateur de l'opposition. Nous sommes disposés à lutter pour faire respecter la volonté populaire. »

Le Tribunal suprême électoral (TSE) est accusé par l'opposition de recevoir ses ordres du pouvoir politique. L’institution a validé la victoire de Juan Orlando Hernandez avec 42,95 % des voix, contre 41,42 % pour Salvador Nasralla.

État d'urgence

La campagne électorale avait été marquée par de nombreuses manifestations et des affrontements violents.

L’état d’urgence avait même été décrété quelques heures après que le Tribunal suprême électoral (TSE) eut annoncé que le recomptage d’un millier de boîtes de scrutin serait nécessaire.

La crise au Honduras est vue avec inquiétude par les pays du « triangle nord » d'Amérique centrale (Salvador, Honduras, Guatemala), frappé par la violence des gangs et le trafic de drogue.

Selon des organisations de défense des droits de l'homme, plus de 30 personnes ont été tuées et plus de 800, arrêtées au cours de la répression des manifestations par la police et par l'armée.

À Montréal

Une manifestation et une marche visant à dénoncer la réélection du président Juan Orlando Hernandez se sont déroulées samedi après-midi, à Montréal, devant le consulat hondurien, événements qui ont attiré des dizaines de protestataires.

Les membres de la communauté hondurienne établie dans la métropole, qui compte entre 2000 et 3000 personnes, considèrent comme illégale la réélection de Juan Orlando Hernandez et estiment que les élections ont été truquées. Ils dénoncent l’usage de la violence, la répression et les arrestations. De plus, ils critiquent l’appui du gouvernement Trudeau.

Ils s’en prennent aux liens commerciaux entre le Canada et le Honduras qui s’élèvent à 289 millions de dollars par année. Ils croient qu’Ottawa devrait adopter une autre approche considérant la situation qui prévaut en ce moment là-bas.

Pas de changement

Parmi les manifestants, il y avait des proches des victimes qui sont mortes dans les affrontements avec les autorités policières concernant le processus électoral.

En entrevue à Radio-Canada, un des manifestants rencontrés, qui a fui le Honduras en 1991 en raison des violences, pense que rien n’a changé depuis son exil. « Un énorme sentiment de frustration, d’impuissance, ça nous attaque psychologiquement à la limite, parce qu’on ne peut rien faire, on n’est pas là, on n’a pas voté », a-t-il confié.

Un autre manifestant ne cachait pas sa déception face aux récents développements. « C’est l’injustice, parce qu’il n’y a pas la liberté d’expression dans mon pays et le gouvernement est vraiment mauvais », déplore ce Montréalais.

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