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Houston sous les eaux : le récit d'Étienne Leblanc, envoyé spécial

L'ouragan Harvey est têtu. Il continue son chemin sans trop broncher. Après avoir fait d'énormes ravages sur la côte du golfe du Mexique, il inonde de façon brutale Houston, la quatrième ville aux États-Unis.

Un texte d’Étienne Leblanc, envoyé spécial

Quand nous sommes entrés dans la région de Houston dimanche après-midi, on a tout de suite su que la situation était grave. Sur l’autoroute 59 où nous roulions à bonne vitesse, une chose a capté notre attention : des voitures roulaient à contresens. Assez rapidement elles aussi. Nous avons vite compris pourquoi.

Un peu plus loin, une rivière, en lieu et place de l’autoroute. Aucun policier, aucun barrage, aucune balise. Seulement une grande mare d’eau, devant laquelle la plupart des automobilistes faisaient demi-tour.

Malgré nos craintes, nous décidons de franchir les flots. Nous avançons lentement. Le moteur peut caler à tout moment. Petit à petit, l’eau monte. La mare est plus profonde. Devant nous, le camion fait de grosses vagues. Calera, calera pas? Finalement, nous y sommes parvenus. Mais ce n’était que pour arriver un peu plus loin à une autre bretelle submergée. Tout ça pour ça. Encore une fois, aucun barrage, aucun policier. Que de l’eau. La confusion était à son comble.

Le niveau de l’eau a monté si rapidement que les autorités n’ont pas eu le temps de fermer les plus grandes autoroutes de la ville.

Les rues de la ville n’ont pas été épargnées. Tôt dimanche matin, seuls les gros camions pouvaient circuler.

Au cours de la nuit de samedi à dimanche, des milliers de personnes se sont retrouvées prisonnières dans leur propre maison. Des riverains qui bordaient le fameux Bayou Buffalo, un grand marais qui agit un peu comme une éponge dans la région : il absorbe l’eau en surplus dans l’environnement local. Mais avec la pluie diluvienne que s’obstine à déverser Harvey depuis vendredi, l’éponge n’était plus capable d’en prendre.

À certains endroits, le courant était puissant. Le réseau d’écoulement pluvial était saturé. Ici et là, de petits geysers jaillissaient de la chaussée.

Le bateau était de loin le meilleur moyen de transport. C’est ce qu’a fait Edward Aviles, un francophile qui habite Houston depuis 40 ans.

« C’est la pire inondation que j’ai vue en 40 ans », dit-il dans un français presque parfait. La pelle à la main en guise de rame, il transporte sa fille et son amie. « J’ai peur que l’eau pénètre dans ma maison. »

Au bout d’un parcours complexe, nous arrivons enfin au centre-ville, en partie inondé. Les autobus font la queue devant le grand centre de foire de Houston, où sont emmenés les sinistrés. Ils pourront manger, se laver et dormir. Ils sortent un par un des autobus. Ils se sont tous fait prendre par surprise. Le niveau de l’eau a monté si rapidement dans leur maison qu’ils se sont, pour la plupart, retrouvés prisonniers de leur propre maison.

Toute la journée, les autorités ont évacué les victimes par hélicoptère, une par une, en prenant soin de prendre aussi l’animal de compagnie.

Mike Conti a fait partie de ces chanceux. Il habite à deux coins de rue du bayou Buffalo. Samedi matin, le réveil a été brutal. Ni deux ni trois, il était déjà dans le panier de l’hélicoptère avant de mesurer l’ampleur de son malheur, pour ensuite se faire déposer sur une bretelle d’autoroute fermée, où l’attendaient des secouristes.

« Toute une journée », ironise-t-il. Sur son visage, les traits tirés de l’inquiétude.

Sur le parvis du centre de foire, les sinistrés se réunissent pour fumer une cigarette ou tout simplement pour fuir l’exiguïté des lits de camp. Ils ont l’air hagards, nerveux, épuisés d’une aventure dont ils se seraient passés. Personne ne se lève avec l’envie de se faire héliporter d’urgence.

Mais dans leurs yeux, un trait commun : la résilience.

Ils en auront besoin.

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