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Huit jours à la conquête du grand lac des Esclaves

Un couple de Québécois parti depuis quelques mois vivre dans les Territoires du Nord-Ouest a traversé en raquettes, durant huit jours, le grand lac des Esclaves, de Hay River jusqu'à Yellowknife. Une expérience de solitude sur 206 kilomètres d'un désert de glace.

Un texte de Camille Feireisen

Sheilany Bouchard et Pierre-Benoît Rondeau Chalifoux se sont lancés dans cette expédition du 12 au 19 avril.

La jeune femme est monitrice de langues dans les Territoires du Nord-Ouest depuis septembre, et son conjoint l'y a rejointe en janvier. « Il m'a tout de suite dit en arrivant : "Je veux traverser ce lac-là!" », se souvient-elle. Quelques mois plus tard, le rêve est réalisé.

Huit jours dans un désert de glace

Pour mener à bien cette expédition, il fallait marcher en ligne droite, car, afin de se repérer dans ce désert blanc, le couple utilisait un GPS, une boussole, mais surtout l'alignement des morceaux de glace et les étoiles pour repères.

Au cinquième jour, toutefois, la nuit était sombre et le couple s'est un peu égaré après avoir suivi sur quelques kilomètres la trace d'une motoneige. « On était si contents, on s'est dit qu'il allait à Yellowknife, comme il n'y avait pas d'autre ville plus proche », se rappelle-t-elle.

C'est en consultant leur GPS en gros plan que les deux aventuriers se sont finalement rendu compte qu'ils faisaient mauvaise route. « À pied, nous n'avons pas la même notion de la ligne droite et la motoneige faisait une grosse courbe, ce qui nous avait fait prendre un tout autre degré », poursuit Sheilany Bouchard.

Pierre-Benoît Rondeau Chalifoux tirait un traîneau transportant l'équipement : nourriture, réchaud, tente, sacs de couchage... « Moi, je poussais avec des branches derrière », ajoute sa conjointe.

Le couple pensait au départ parcourir une moyenne de 25 kilomètres par jour. « Mais on s'est vite rendu compte que c'était beaucoup pour nos petits pieds », plaisante Sheilany Bouchard.

Le lac est délivré des glaces entre mai et juin jusqu'en septembre, les traversées sont donc propices à ce moment de l'année, lorsque le jour dure plus longtemps et que les températures sont plus clémentes.

« La neige fondait quand même beaucoup, alors il y avait des couches de [neige], ce qui rendait parfois la marche difficile, surtout avec le traîneau qui se renversait », raconte Sheilany Bouchard, qui ajoute que les deux derniers jours ont été les plus difficiles, parce que la neige leur arrivait jusqu'aux genoux, à cause de la chaleur.

Bien s'organiser

Pour entreprendre ce genre de randonnée, il faut s'organiser, rappelle Sheilany Bouchard. Le couple n'a pas pu se munir d'un téléphone satellite, mais il est parti avec une balise SPOT, un dispositif portable qui comprend un récepteur GPS et un système de communication par satellite.

« Nous avions préenregistré, avant de partir, des messages pour neuf destinataires, dont nos familles et des gens qui suivaient notre parcours comme un pêcheur à Yellowknife. Chaque jour quand nous arrivions à notre campement, nous envoyions le message aux destinataires et ceux-ci connaissaient notre positionnement géographique, le nombre de kilomètres que nous avions parcourus et l'heure », explique Mme Bouchard.

Il était également possible d'envoyer un message d’urgence SOS, qui aurait immédiatement communiqué avec une entreprise établie en Arizonie qui alerte les sauveteurs des Territoires du Nord-Ouest.

Être en bonne forme physique et mentale

Sheilany Bouchard explique que son conjoint et elle sont des « personnes de plein air », mais que la route n'a pas été facile pour autant.

Chaque soir, il a fallu dresser un campement, trouver une façon de se réchauffer sans feu, mettre les bas mouillés sous les aisselles et dans les sacs de couchage pour les sécher.

« Il fallait aussi s'organiser pour avoir toujours nos quatre bouteilles d'eau pleines, donc bouillir assez de cubes de glace pour avoir de l'eau pour les repas et pour boire jusqu'au prochain arrêt », dit-elle.

Un sentiment d’infini

C'est au troisième jour de l'expédition que Sheilany Bouchard a vivement ressenti un sentiment d'immensité.

Cette expérience est un défi qui demande aussi créativité et autonomie, selon elle. « C'est long, on marche et tout est blanc autour, tout le temps, il n'y a pas de nouveaux paysages. C'est spécial, mais cela permet vraiment d'apprendre à se débrouiller par soi-même », conclut-elle.

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