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Hydro-Québec : maintenir le dialogue coûte que coûte avec les Autochtones

Pendant que la communauté innue de Pessamit va devant les tribunaux concernant le rehaussement du niveau de l'eau du réservoir Manicouagan, Hydro-Québec se cherche un nouveau conseiller pour ses relations avec les peuples autochtones. Espaces autochtones a rencontré Mathieu Boucher, en charge de cette direction depuis près de 10 ans.

Une entrevue de Jean-Philippe Guilbault

Pourquoi avez-vous accepté d’occuper ce poste?

Comme beaucoup de gens qui travaillent en relation avec les Autochtones, c’est un concours de circonstances et un paquet de facteurs qui nous amènent vers ce domaine-là. Je suis entré à Hydro-Québec en faisant des relations avec les milieux […] politiques, socio-économiques, et les milieux où je travaillais étaient principalement autochtones.

Quel est le rôle de la direction et, plus précisément, des conseillers?

Une grande partie de notre travail est faite dans le cadre des projets de développement, des projets de production et des projets de transport où l’on va travailler pour l’acceptabilité sociale de ces projets-là, négocier des ententes et assurer la mise en œuvre de ces ententes. Il faut assurer une relation continue entre Hydro-Québec et les communautés.

Quelle est la marge de manœuvre des conseillers dans le cadre des projets d’Hydro-Québec?

Évidemment lorsqu’on arrive avec de grands projets, ce sont des positions d’entreprise avec les communautés. Chaque projet est différent, chaque communauté est différente, les nations sont très différentes, le contexte légal, géographique, historique est toujours différent, donc ce sont des stratégies que l’on va toujours élaborer projet par projet, entente par entente, de concert avec la haute direction, évidemment.

Mais dans le quotidien, souvent le travail est très varié : ça peut être de siéger à des sociétés où l’on gère des fonds pour des ententes. Ça peut être de conseiller différentes unités d’affaire dans l’entreprise par rapport à leur travail avec les communautés autochtones. Ça peut juste être de traiter des demandes, de traiter des plaintes.

Que recherchez-vous chez un candidat pour le poste de conseiller?

Les gens qui travaillent en relation avec les Autochtones à Hydro-Québec ont des backgrounds très différents et viennent de beaucoup de domaines : le droit, l’anthropologie, les relations industrielles, la géographie, l’aménagement du territoire, la science politique. Mais le point commun de toutes ces personnes-là, c’est qu’elles ont développé un attrait pour le travail avec les Autochtones. Parfois, elles ont travaillé pour des organismes autochtones ou sont Autochtones aussi [un seul conseiller sur les 15 en poste est d’origine autochtone, selon M. Boucher].

À la base, il y a toutes sortes de formations ou d’expériences qui peuvent mener à ce travail-là pour Hydro-Québec, mais essentiellement ça prend une bonne connaissance des milieux autochtones. Ça prend beaucoup d’ouverture et beaucoup de patience, mais ça peut venir de toutes sortes de passés académiques ou professionnels.

Est-ce un combat de réaffirmer à l’interne l’importance de consulter les peuples autochtones?

Je ne dirais pas que c’est un combat, mais c’est un défi qu’on a toujours ici de s’assurer que les décisions d’affaires, les projets et [le fait] que nos activités prennent en considération les intérêts des Autochtones, [cela se passe] dans le respect des droits des Autochtones, des lois et des intérêts des Autochtones aussi.

Je ne dirais pas un combat, parce qu’on n’est pas dans le conflit, on n’est pas dans la chicane non plus, mais ça fait partie de notre rôle. À l’interne, notre rôle, c’est de sensibiliser les gestionnaires, les employés, tout le monde qui travaille avec les Autochtones sur l’importance de bien faire les choses lorsqu’on travaille en territoire autochtone.

Un poste a récemment été annoncé à Baie-Comeau, est-ce lié à la situation particulièrement tendue en ce moment avec les Innus de Pessamit?

La situation particulière avec Pessamit, non. Il y a beaucoup d’enjeux avec les Innus présentement. On est en pleine construction du projet de la Romaine, un projet qui est en territoire innu. On a quatre ententes avec des communautés autochtones, on est en pleins travaux. Il y a donc une grosse charge de travail avec les Innus présentement dans le cadre de la mise en œuvre des ententes.

On est en avant-projet pour une ligne de transport qui est en grande partie sur la Côte-Nord aussi et au Saguenay. Donc, il y avait vraiment des besoins importants, et on a un pôle d’employés à Baie-Comeau qui se concentre essentiellement sur le travail avec les Innus.

Que répondez-vous aux critiques formulées à l’endroit d’Hydro-Québec quant à ses relations avec les Autochtones?

Lorsqu’on se compare avec d’autres joueurs dans l’industrie ou même d’autres industries, on ne considère vraiment pas qu’on soit les pires, évidemment. On s’assure toujours que les communautés autochtones sont impliquées dans nos projets, qu’elles sont impliquées même dans les phases de design des projets.

Souvent, nos projets s’insèrent dans des revendications beaucoup plus larges qui impliquent les gouvernements, des revendications territoriales qui impliquent un passé qui peut être très lourd. C’est sûr qu’on essaie d’opérer là-dedans dans le plus grand respect des communautés autochtones, mais on n’est pas à l’abri de litiges.

Dans le cadre de ces litiges-là, on peut se faire accuser de bien des choses, mais évidemment nous continuons de mettre tous les efforts pour travailler avec les communautés autochtones et les faire participer le plus possible à nos projets et maintenir les meilleures relations possibles.

Quels sont les défis futurs de la direction des relations avec les peuples autochtones?

On parlait des litiges, mais ce n’est pas le plus compliqué, car cela fait partie des enjeux. Le plus grand défi, c’est plutôt de toujours maintenir le dialogue. Ça, ce n’est pas facile! Des fois, on ne fait pas de projets pendant plusieurs années, mais il faut être là. Des fois, c’est un peu plus conflictuel comme relation, mais il faut continuer d’être là et il faut continuer de se parler.

Autant du côté d’Hydro-Québec que du côté des communautés, il faut mettre les efforts pour continuer de se parler, maintenir le dialogue, toujours garder les canaux de communication ouverts; et parfois, c’est difficile parce qu’il peut y avoir de la frustration, il peut y avoir des litiges, parce qu’on peut ne pas s’entendre sur une entente, sur une interprétation.

Mais il faut continuer le travail dans les comités en place, maintenir le dialogue avec la haute direction et habituellement on finit par s’entendre.

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