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« Il n'y a pas de service 911 en Haïti » : un policier torontois raconte son année avec les forces de l'ordre haïtiennes

Six ans, jour pour jour, après le tremblement de terre en Haïti, la reconstruction du pays est loin d'être terminée. C'est ce qu'a constaté Guy Kama, un des 80 policiers canadiens qui se sont portés volontaires pour travailler l'an dernier auprès des forces de l'ordre en Haïti. 

Un dossier de Laurence Martin et de Valérie Ouellet

De retour de son séjour d'un an à Port-au-Prince et à Hinche, une petite ville située près de la République dominicaine, il compare le travail des policiers en Haïti à celui des policiers au Canada.

Défi #1: Pas de service de 911

Si vous êtes victime ou témoin d'un crime en Haïti, explique Guy Kama, il n'y a pas de service de 911 comme au Canada. Pour les policiers, ça veut dire qu'il faut attendre des heures, parfois des jours, pour être mis au courant d'un crime.

La principale source d'information des policiers : la patrouille. C'est vraiment comme ça « qu'on peut répondre à des crises », ajoute-t-il.

Défi #2 : Un crime dans une région éloignée : y aller ou ne pas y aller?

Pour les crimes qui se passent dans les zones éloignées, c'est encore plus difficile, raconte Guy Kama.

Si des équipes de police ont vent d'un crime commis à deux heures de route, par exemple, elles doivent décider si elles attendent le lendemain ou si elles partent immédiatement. Partir immédiatement, ça implique souvent de revenir le soir, sur une route complètement noire avec, pour seule lumière, les phares du véhicule.

C'est dangereux, à la fois parce que les routes sont en mauvais état, explique Guy Kama, mais aussi parce que les policiers peuvent être attaqués.

Souvent, les équipes sont contraintes d'attendre le lendemain avant d'intervenir.

Défi #3: Acheminer des bulletins de vote

Les routes difficiles à emprunter, c'est aussi tout un défi quand on est policier et qu'on essaie d'acheminer des bulletins de vote.

Le premier tour des élections présidentielles a eu lieu le 25 octobre et des policiers comme Guy Kama ont dû franchir des rivières pour s'assurer que les bulletins de vote étaient bien acheminés aux centres de vote.  

Défi #4 : Des policiers à vélo

Si à Montréal et à Toronto, la population est habituée de voir des policiers à vélo, en Haïti, ce n'était pas le cas il y a quelques années, explique Guy Kama. « Les Haïtiens avaient une autre image de la police : bien habillée qui se promène en voiture. C'était nouveau pour eux de voir des policiers habillés en shorts, à vélo. »

C'est le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui a instauré ce projet de brigade à vélo en juin 2013. L'idée est de se rapprocher de la population. Une brigade à vélo coûte moins cher qu'une voiture de police et elle peut a priori se faufiler dans des coins plus étroits, même si rouler à vélo en Haïti « est plus difficile qu'on le pense », ajoute Guy Kama.

Défi #5 : Le salaire, la corruption et les enquêtes internationales

Un des gros défis des policiers haïtiens, c'est l'argent, selon Guy Kama. Il explique que ses confrères ont un salaire très faible, l'équivalent de quelques centaines de dollars par mois pour élever une famille.

Il y a de la corruption, ajoute-t-il, mais pas autant qu'on pourrait le penser.

Guy Kama a travaillé en partie dans la section des crimes financiers en Haïti.

Un gros problème avec les crimes financiers, par contre, c'est que si une enquête allait hors d'Haïti, elle stagnait, ajoute-t-il. 

« J'ai réussi à leur montrer que la plupart des pays ou des institutions sont prêts à aider », explique Guy Kama. « Nous avons contacté des institutions financières au Canada et aux États-Unis. »

Une leçon pour le Canada : la résilience

La leçon que j'ai apprise, conclut Guy Kama, c'est la résilience. « C'est un des peuples les plus résilients que j'aie jamais rencontrés. Si eux se lèvent le matin, malgré tout ce qu'ils vivent, je n'ai aucune raison, moi, de laisser tomber. »

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