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Il y a 40 ans, une réintroduction de bisons avait tourné au fiasco

Une vingtaine de bisons capturés dans un champ de luzerne. C'est sur cet échec que s'est terminée, il y a quarante ans, une des expériences qui a précédé le projet de réintroduction de cet animal emblématique au parc national Banff.

Un texte de Laurent Pirot

C’était à l’été 1978 et les animaux avaient décidé de ne pas respecter les plans imaginés par Parcs Canada et le Service canadien de la faune. Au lieu de rester dans la zone isolée des montagnes du parc national Jasper qui avait été préparée pour les accueillir, ils ont préféré prendre le large et quitter les limites du parc.

Cet échec de l’opération de réintroduction s’est accompagné d’un triste bilan : quatre bêtes sont mortes lors de la capture, à cause des tranquillisants utilisés ou du stress, se souvient l’ancien garde de Parcs Canada Bob Haney, qui a supervisé l’opération à l’époque.

Protéger le bison des bois

L’idée était de mieux protéger le bison des bois, une espèce dont la survie a été rendue possible au sein du parc national Elk Island, près d’Edmonton. Ce parc abritait alors le seul troupeau qui n’était pas contaminé par les maladies comme la brucellose ou la tuberculose.

« Il y avait un consensus [...] pour répartir ces bisons sains en plus petites hardes à travers l’ouest du Canada pour assurer que nous aurions toujours un groupe de bisons des bois exempt de maladie », se souvient-il.

Les montagnes de Jasper ont été choisies parce que des bisons y ont vécu dans le passé et que la zone était éloignée des routes et du chemin de fer qui traversent le parc.

Une trentaine d’animaux ont été transportés par la route jusqu’au parc puis héliportés un par un jusqu’à l’enclos installé dans une zone appelée Willow Creek.

C’était une opération plutôt importante pour cette période-là.

Bob Haney, ancien garde de Parcs Canada

L’enclos a été ouvert un mois plus tard et, après quelques jours d’hésitation, la majorité du troupeau a décidé de quitter l’endroit vers le nord, à la grande déception des biologistes qui les observaient.

Avec le recul, Bob Haney pense que l’erreur a été de ne pas garder les bisons captifs plus longtemps, ce qui leur aurait permis de s’habituer à leur nouvel habitat. Mais cette solution aurait obligé à apporter du fourrage sur place et « financièrement, ça n’était pas une option », se souvient Bob Haney.

Cet échec a nourri les opérations suivantes de réintroduction, notamment vers le parc national Grasslands, en Saskatchewan, ou dans la région de Nahanni, dans les Territoires du Nord-Ouest.

Quelques bisons sont restés

Petite consolation pour les promoteurs de l’opération ratée de Jasper : une poignée de bisons sont restés dans le parc pour y finir leurs jours. Ils ne s’y sont pas reproduits, mais l’un d’eux a pu être observé par les visiteurs pendant une dizaine d’années dans la vallée de l’Athabasca.

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