Il remplissait vos poches, alourdissait vos porte-monnaie et est désormais chose du passé, ou presque : le fameux sou noir a officiellement disparu il y a cinq ans, jour pour jour.

C’est le gouvernement de Stephen Harper qui, à l’automne 2012, avait pris la décision de cesser de produire la pièce de monnaie.

Directeur des affaires publiques à la Monnaie royale canadienne, Alexandre Reeves rappelle les raisons qui ont motivé cette décision : « Le coût de production et de distribution dépassait sa valeur nominale, donc ça coutait de l’argent au gouvernement de produire cette pièce », dit-il. Il en coûtait alors 1,6 cent pour produire et distribuer une pièce de un sou.

« Les consommateurs l’utilisaient de moins en moins, rappelle Alexandre Reeves. Le changement était inévitable. »

La décision de 2012 est entrée en vigueur en 2013. Le ministre des Finances, Jim Flaherty, avait accepté de repousser sa mise en oeuvre à la période suivant le temps des Fêtes, cédant aux demandes des entrepreneurs et détaillants.

Le 26 janvier, la Monnaie royale, à Winnipeg, cessait officiellement de produire la pièce de un cent. Depuis, les transactions sont arrondies. Le consommateur paie quelques sous de plus ou de moins pour l'achat de ses produits, et l'arrondissement se fait au multiple de cinq cents le plus près.

155 ans en circulation

Si elle est chose du passé, la pièce de un cent a tout de même fait partie de la vie des Canadiens pendant 155 ans. « Elle a fait son apparition en 1856, au moment où le Canada comptait deux provinces, le Haut et le Bas-Canada, raconte Alexandre Reeves. Nos provinces ont adopté un système de monnaie décimal : tout se divisait par 100. »

Les pièces étaient alors fabriquées en Angleterre, jusqu’à ce que, en 1908, la Monnaie royale britannique ouvre une filiale au Canada.

L’Hôtel de la monnaie d’Ottawa les a ensuite fabriquées, jusqu’en 1976, moment où la Monaie royale canadienne de Winnipeg, qui venait d'ouvrir ses portes, a pris la relève. « Winnipeg était consacré uniquement aux pièces en circulation, et on y a donc produit les pièces de un cent de 1976 jusqu’à la fin, en 2013 », résume Alexandre Reeves.

Reconnu pour la couleur sombre qu’il prenait au fil du temps, le sou noir était surtout fait de cuivre, un métal reconnu pour ternir avec le temps, ce qui lui donnait cette couleur qui le distinguait des autres pièces de monnaie . Il contenait environ 95 % de cuivre, note Alexandre Reeves. « En 2000, quand on a adopté un système de placage multicouches, on a eu des pièces de métal recouvertes de zinc, de nickel et recouvertes de cuivre. »

D’ailleurs, note-t-il, ce processus de placage en plusieurs couches, très complexe, a été élaboré à Winnipeg. Il est employé pour d’autres pièces de monnaie. « C'est un procédé très économique d’ailleurs; il nous donne beaucoup d’avantages [sur le plan de] l’économie et de la sécurité. En multipliant l'épaisseur des couches, on peut créer une signature électromagnétique très distincte qui empêche la fraude. »

Que vaut un sou noir aujourd'hui?

Quant à la valeur que ces bons vieux sous noirs peuvent avoir pour les collectionneurs, tout dépend des cas, répond Alexandre Reeves. Une grande variété de ces pièces peuvent se trouver dans nos tirelires. « Un type avait acheté le dernier rouleau produit du dernier million de pièces de un cent en 2012, se souvient-il. Ces rouleaux étaient numérotés [de un à 20 000]. Il a vendu sur eBay le rouleau portant le numéro 20 000 pour plusieurs milliers de dollars. »

Le gouvernement fédéral, il y a cinq ans, avait encouragé les Canadiens à offrir leurs pièces de un cent à des organismes de bienfaisance.

Bien que les pièces ne soient plus fabriquées et qu’elles ne soient plus en circulation, on peut toujours amener à une banque celles qu’on aurait encore en notre possession. Elles doivent simplement être présentées en rouleaux. Les banques les accepteront, rappelle Alexandre Reeves, et les consommateurs en obtiendront leurs valeurs nominales.

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