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« Il y a des opportunités fabuleuses » en Chine, dit Jean-François Lépine

Nouvellement nommé représentant du Québec en Chine, l'ex-journaliste Jean-François Lépine est optimiste quant à l'avenir économique de ce pays, malgré la période difficile qu'il traverse. Pour l'ex-correspondant de Radio-Canada à Pékin, la présence québécoise en territoire chinois est primordiale.

La mission de M.Lépine, dont la nomination a été annoncée mardi matin par la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christine St-Pierre, sera d'établir des liens étroits avec des dirigeants gouvernementaux et d'accroître les liens commerciaux avec ce pays.

Une économie en mutation

Cette mission confiée à M. Lépine, qui parle le mandarin, survient à un moment où l'économie chinoise subit une mutation, reconnaît Christine St-Pierre. Basée auparavant sur les exportations, elle passe à un stade où le marché intérieur et la classe moyenne doivent alimenter la croissance.

Patrice Dallaire, ex-représentant du Québec à Pékin de 2003 à 2006, explique, en entrevue à l'émission 24|60, que l'économie chinoise, largement basée dans le passé sur l'exportation de produits bas de gamme, sans grande valeur ajoutée, se dirige maintenant vers des secteurs à grande valeur ajoutée, comme l'aérospatial, les matériaux avancés, ou encore la biotechnologie. Cette transition ne se fait pas sans heurts, et c'est dans ces circonstances que Jean-François Lépine sera appelé à intervenir.

A-t-on précipité l'annonce de sa nomination en raison des difficultés de la bourse de Shanghai au cours des derniers jours? Non, assure le principal intéressé, en entrevue avec Anne-Marie Dussault.

« Même que d'une certaine façon, c'est délicat d'annoncer une nouvelle offensive sur un grand marché comme ça au moment où il est à ce point bouleversé. Mais moi, encore une fois, je suis un être optimiste, je pense que c'est un grand pays, un grand pays qui passe par une période cruciale de son développement, effectivement », explique M. Lépine.

M. Dallaire, qui aussi été vice-président et directeur général pour la Chine de la Caisse de dépôt et placement du Québec (2009-2013), est également optimiste quant à l'avenir de la Chine.

« Même avec les difficultés que le pays connaît présentement, la plupart des grandes institutions financières, les grandes banques, prévoient un taux de croissance l'an prochain entre 6,3 % et 7, 3 % », relate-t-il.

« C'est le triple du Québec », souligne de son côté Jean-François Lépine.

Rassurer et encourager les Québécois

Ainsi, l'ex-journaliste considère que son rôle consistera dans un premier temps à rassurer les Québécois, à mettre les récents événements en contexte, et à leur expliquer que les Chinois vont continuer à venir investir ici. « C'est très important pour le Québec », expose-t-il.

Dans un deuxième temps, il souhaite convaincre les Québécois d'accroître leur présence en Chine et compte ouvrir, pour eux, des portes sur le marché chinois. Jean-François Lépine croit qu'il y a des « opportunités fabuleuses » dans ce pays. La transition que vit la Chine, cette industrialisation qui se transformera vers des secteurs plus sophistiqués, ouvrent selon lui toute une série de possibilités pour le Québec, par exemple dans les domaines du transport de pointe, ou encore des technologies.  

Une question de valeurs, aussi

Jean-François Lépine aura également comme mandat de développer la coopération dans les domaines de l'éducation, de la recherche et de l'innovation et de la culture. « De plus,il s'assurera de faire connaître nos grands projets comme le Plan Nord, la stratégie maritime et également l'électrification des transports », a précisé Mme St-Pierre en conférence de presse ce matin.

M. Lépine et les seize membres des équipes des bureaux de Pékin, de Shanghai et de la future antenne du Québec dans la province du Shandong devront faire la promotion de la société québécoise, de sa culture et de la langue française. Ils disposeront pour ce faire d'un budget de 1,3 million de dollars.

Sur la délicate question des droits de la personne, Christine St-Pierre affirme qu'il importe « de montrer aux Chinois nos valeurs ». « C'est une façon de faire en sorte qu'on puisse les apporter là-bas », pense-t-elle.

« Il ne s'agit pas, pour nous d'entrer dans une confrontation ouverte, directe, sur la place publique avec le gouvernement chinois sur ces questions-là », précise-t-elle. « L'idée est de contribuer par des échanges, comme on le fait dans le domaine de la justice, où le Québec a contribué à former des juges chinois pour que les tribunaux chinois fassent preuve de transparence. »

Une grande expertise

Pour la ministre St-Pierre, Jean-François Lépine était un choix tout désigné pour assurer la direction des bureaux québécois en Chine. « Fort de sa longue feuille de route et de sa connaissance intime du territoire chinois, M.Lépine saura, j'en suis certaine, accroître l'impact de notre présence en Chine et ainsi en faire bénéficier le Québec dans son ensemble », a fait savoir la ministre par voie de communiqué.

Titulaire d'une maîtrise en sciences politiques, M.Lépine est reconnu comme l'un des grands spécialistes québécois de la Chine. M.Lépine parle le mandarin et dispose d'une profonde connaissance des relations sino-québécoises. Reporter international pour la Société Radio-Canada pendant plus de 40 ans, il a notamment occupé le poste de correspondant à Pékin, à Paris et à Jérusalem. « Il fut d'ailleurs le premier correspondant francophone du Canada en Chine », a souligné la ministre St-Pierre.

Depuis qu'il a quitté le journalisme, Jean-François Lépine accompagne des entreprises et des organisations québécoises dans leur développement international grâce à une compagnie qu'il a fondée. Il est aussi président de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord (OMAN) de l'Université du Québec à Montréal. En conférence de presse à Québec, mardi, M. Lépine a spécifié que le contrat qu'il a conclu avec le gouvernement du Québec est d'une durée de trois ans.

Jean-François Lépine effectuera son mandat en Chine accompagné de son épouse, la comédienne Mireille Deyglun. La ministre St-Pierre a par ailleurs précisé qu'il était un ami personnel de l'actuel ambassadeur du Canada en Chine, Guy Saint-Jacques.

Cliquez ici pour entendre l'entrevue de Michel C. Auger avec Jean-François Lépine.

Un territoire prioritaire

Deuxième puissance économique mondiale, la Chine est le premier partenaire commercial du Québec en Asie.

En 2014, les échanges commerciaux avec ce géant asiatique se chiffraient à près de 12,5 milliards de dollars dans les domaines de l'aéronautique, des technologies de l'information et des communications, la construction, l'environnement, l'industrie bioalimentaire et la santé.

Rappelons que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, s'était rendu en Chine en octobre dernier. 

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