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Images de la tuerie à la mosquée de Québec : éviter la glorification du tueur

Une quarantaine de personnes ont finalement visionné, mercredi au palais de justice de Québec, les images brutales de l'attentat à la grande mosquée, après que le juge François Huot en eut interdit la diffusion. Une décision « importante » afin d'éviter la glorification du tueur, estime une pédopsychiatre.

« Les gens qui travaillent dans le domaine [de la psychiatrie] sont contents. Nous pensons que c’est une bonne décision », a affirmé Cécile Rousseau, qui est également professeure au département de psychiatrie de l’Université McGill, en entrevue à 24/60.

Le juge François Huot a évoqué le droit à la sécurité des victimes pour justifier le rejet de la requête du consortium des médias, qui souhaitait avoir accès aux images captées par les sept caméras de surveillance le soir de la fusillade. L’objectif était de défendre le principe de la liberté de presse, et non la diffusion intégrale des images.

Mme Rousseau a elle-même visionné la vidéo, à la demande du juge Huot, et s’est opposée à sa diffusion. « C’est insupportable de voir en direct les êtres que nous aimons se faire tuer en ayant l’impression qu’on n’y peut rien », explique-t-elle, disant craindre tout particulièrement les conséquences sur les enfants des victimes.

« Ces images ne doivent pas circuler. Les enfants ne doivent pas entendre dans la cour de récréation : "J’ai vu ton papa se faire tuer". »

La création d’un antihéros

Mme Rousseau estime toutefois que la portée destructrice de telles images est encore plus large.

« Si on fournit ces images où on le voit extrêmement déterminé et méthodique, il devient alors une image d’identification intéressante. Autrement, il est tellement ordinaire. Tout le monde peut se dire : "Moi, je suis comme lui. Moi, je peux faire comme lui." C’est un antihéros. Une figure très ordinaire qui fait quelque chose d’extraordinaire », soutient-elle.

Avant de commettre son crime, Alexandre Bissonnette s’était lui-même grandement intéressé à des tueurs de masse, dont Marc Lépine, auteur de la tuerie de Polytechnique. Au mois de janvier 2017, Bissonnette a aussi fait des recherches à plus de 200 reprises sur le suprémaciste blanc qui a fait feu sur des fidèles noirs dans une église de Charleston, en 2015.

« On est vraiment dans les hypothèses, mais on peut penser qu’il a endossé un rôle après s’être nourri de ces vidéos à répétition […] On a l’impression qu’il a internalisé ces comportements, ces gestes, une façon d’être », note Mme Rousseau.

La psychiatre souhaite que la décision du juge François Huot soit un premier pas vers un débat sur la nécessité de diffuser de ce type d’images et les conséquences engendrées.

En France, dit-elle, le parlement a adopté les principes d’un code de bonne conduite pour la couverture médiatique d’acte terroriste. Au cœur du débat se trouve justement la diffusion d’images difficilement soutenables, mais aussi celles dévoilant l’identité des auteurs.

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