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Immobilier à Vancouver : vivre comme des étudiants pour joindre les deux bouts

Alexandre Lampin a décidé de s'installer au Canada il y a quelques années. Venu de France, le jeune ingénieur souhaitait ainsi profiter des possibilités en Amérique et vivre à fond sa passion pour le plein air. Le trentenaire avait cependant omis un détail en s'installant à Vancouver : le prix astronomique des loyers.

Un reportage d'Yvan Côté

« Je vis avec deux colocataires qui sont eux aussi des professionnels. On vit vraiment comme si on était toujours étudiants. Cela dit, on buvait plus de bières lorsque l'on était aux études », dit-il en riant.

Le marché de l'immobilier atteint des sommets dans certaines villes du pays, mais aucun endroit au Canada ne peut se comparer à Vancouver. Dans cette ville de la côte ouest, le prix moyen d'une maison unifamiliale est de 2,6 millions de dollars. Il chute à 1,5 million si on inclut les banlieues. Et ne pensez pas faire des aubaines en vous tournant vers le marché locatif. Le prix des loyers est tellement élevé que même les travailleurs professionnels sont forcés de vivre en colocation pour boucler leurs fins de mois.

C'est le cas d'Alexandre et de ses colocataires.

Si Alexandre rit de sa situation, il n'en demeure pas moins que le prix de l'immobilier à Vancouver l'inquiète et que cette réalité préoccupe aussi ses colocataires.

Julia Meyer Macleod, une urbaniste qui a grandi en Ontario, est forcée de vivre avec d'autres travailleurs si elle ne veut pas consacrer 80 % de son salaire en logement. Une réalité aussi partagée par le troisième locataire de l'appartement, lui aussi urbaniste à la Ville.

« Avec le prix de l'immobilier, plusieurs de mes amis qui ont eu des enfants ont décidé de partir de Vancouver parce qu'ils n'arrivaient pas à trouver d'appartements assez grands pour une famille », explique Julia.

Lorsqu'on habite Vancouver, ce n'est pas le temps qui est de l'argent, mais l'espace. Alexandre a hérité de la chambre la plus minuscule de l'appartement. L'endroit est tellement restreint que l'ingénieur a dû fabriquer sa base de lit pour qu'elle s'insère entre les murs. Il n'a aucun garde-robe et pas de table de travail.

Si les chambres à coucher de ses colocataires sont un peu plus grandes, la cuisine et la salle de bain, elles, sont vieilles et délabrées.

Le prix pour ce 5 1/2 ? 2325 $ par mois. Une petite fortune qui vous permettrait de vivre dans les plus beaux quartiers ou même d'acheter une maison dans presque toutes les autres villes canadiennes, mais pas à Vancouver.

En fait le trio est loin d'être seul dans la maison. Une autre professionnelle loue un petit appartement au rez-de-chaussée et trois étudiants partagent le sous-sol.

« Est-ce que c'est normal? », se demande Alexandre. « C'est normal à Vancouver. Est-ce que je trouve cela normal? Non, non, c'est sûr. J'aimerais que les maisons soient moins chères », résume-t-il.

« La folie furieuse »

À l'origine de ces prix faramineux, nous dit Carole Ducharme, agente immobilière chez le groupe Sutton, la flambée des prix des résidences.

En ce moment, seules deux maisons unifamiliales sont à vendre pour moins d'un million de dollars à Vancouver, dont celle-ci pour 999 000 $.

« C'est la folie, la folie furieuse depuis les deux dernières années, explique Mme Ducharme. On peut voir les vieilles portes, les vieilles fenêtres, puis à l'intérieur de cette maison c'est encore pire. »

En fait le vendeur a déjà reçu une offre : 1,3 million de dollars, soit 30 % de plus que le prix demandé. L'acheteur potentiel veut en effet raser la maison et y construire un petit duplex.

Le marché de l'immobilier est tellement animé à Vancouver, raconte Carole Ducharme, que l'on ne regarde même plus la résidence.

Montages immobiliers

Dans le but de payer l'hypothèque, plusieurs propriétaires sont d'ailleurs forcés de louer leur sous-sol ou de construire une maisonnette derrière la résidence principale.

À Vancouver, les promoteurs sont tellement entreprenants que les propriétaires s'entendent même avec leurs voisins et vendent en groupe de trois ou quatre maisons.

Cette stratégie leur permet d'avoir encore plus d'argent pour leur résidence, puisque les acheteurs peuvent construire des immeubles de plusieurs condominiums.

Ajoutez à cela l'arrivée massive de millionnaires chinois et vous avez une hausse de 26 % du prix des maisons, seulement pour 2016.

Pour calmer le jeu, la ville a imposé une taxe de 15 % pour les acheteurs étrangers, mais la mesure a eu peu d'effet.

Après une légère baisse au début 2017, les prix se sont mis à augmenter à nouveau de 12 % en mars.

« L'immobilier à Vancouver, c'est un investissement, beaucoup plus qu'un endroit où habiter. C'est rendu une "commodité" comme on dit, c'est rendu un objet de spéculation [et] malheureusement, ça enlève l'esprit de communauté dans la ville », raconte Carole Ducharme.

Malgré tous les sacrifices, Alexandre Lambin n'a aucun regret pour le moment. Il mesure sa qualité de vie par « les amis, les activités » ou par les heures passées à faire du ski ou du vélo.

Un lieu magnifique qu'il devra cependant bientôt quitter, s'il veut être en mesure d'acheter sa propre maison un jour.

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