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Inclure le pourboire dans l’addition ne fait pas l'unanimité

Le pourboire que l'on donne volontairement en échange d'un bon service est remis en question : devrait-il être intégré au prix global de l'addition du client, afin que tous les employés d'un restaurant, y compris les cuisiniers, reçoivent une part équitable du gâteau? Les opinions sont partagées.

Certains estiment que le pourboire, dans sa forme actuelle, devrait être aboli afin qu’il soit inclus dans le prix des services.

« Il faudrait que les prix comprennent l’expérience totale, c’est-à-dire ce que ça coûte pour faire à manger, ce que ça coûte pour avoir le restaurant, l’ambiance, combien ça coûte effectivement le service », explique Ève-Lyne Couturier, chercheuse à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). « Après ça, ça reste à la personne de récompenser ce qu’il trouve extraordinaire. »

Un récent sondage du magazine Protégez-vous, paru en juillet, démontre que le tiers des Québécois est en faveur de l’abolition du pourboire pour l’inclure dans le prix des services.

La France, par exemple, a adopté ce système.

Une facture plus salée?

L’ajout du pourboire à même l’addition pourrait toutefois faire augmenter les prix, prévient l’Association des restaurateurs du Québec.

« Il va y avoir une pression très grande dans l’industrie », soutient François Meunier, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales à l’Association des restaurateurs du Québec. « Le prix augmenté se retrouve, lui aussi, à être taxé. Donc [avec l’abolition des pourboires] on se retrouverait avec une augmentation de ce qu’aurait à verser le consommateur lorsqu’il fréquenterait un restaurant. »

Un système qui ne fait pas l’unanimité

Certains serveurs dans des restaurants à Montréal craignent que l’adoption d’un système de pourboire intégré ait un impact sur la qualité du service.

« Je ne veux pas assumer que moi et mes collègues on est comme ça, du tout. Sauf que veux, veux pas, on travaille pour notre tip en ce moment », ajoute Audrey Allard.

De son côté, le gérant du restaurant Rouge Gorge, Éric Paradis, croit que le système en place ne doit pas changer.

« On doit garder le système comme il est, parce que ça permet aux gens de varier leur appréciation. Si quelqu’un décide qu’il me donne 5 %, c’est correct. C’est fair. Mais s’il veut me laisser 25 %, c’est bien qu’il puisse le faire aussi. »

Une alternative

L’Association des restaurateurs du Québec propose de conserver le pourboire tel qu’il est, mais de le répartir également parmi tous les employés, y compris les cuisiniers.

« C’est de faire en sorte qu’il y ait une meilleure redistribution, en fonction de la valeur qu’apporte chacun des employés à la qualité et à la satisfaction de la clientèle », explique François Meunier, de l’Association des restaurateurs du Québec.

Julie Faucher, professeure en gestion de l'hôtellerie à l’Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec (ITHQ), estime qu’une distribution équitable des pourboires est essentielle.

« La loi, actuellement, ne permet pas à un restaurateur d’imposer [la répartition des pourboires] », a dit Mme Faucher de passage, mardi, sur le plateau du Téléjournal 18 h avec Patrice Roy.

« Un serveur qui se tire une soirée de 500 $, 600 $, 800 $ en pourboire, ce n’est pas rare. Et le personnel en cuisine, qui lui a travaillé cinq, six, sept, huit heures à la chaleur, n’a absolument rien de comparable à ça en gains. Or, la possibilité de retenir du personnel en cuisine est extrêmement difficile en ce moment », ajoute Julie Faucher.

Les restaurateurs vont faire valoir leur proposition en commission parlementaire, lorsque le gouvernement va réviser la Loi sur les normes du travail.

Avec les informations de Laurent Therrien

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