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Incursion sur le plateau de John F. Donovan, le plus grand défi de la carrière de Xavier Dolan

Applaudi au Québec, en Europe et ailleurs dans le monde, Xavier Dolan n'est pas encore parvenu à faire sa marque aux États-Unis. Tout cela pourrait bien changer avec The Death and Life of John F. Donovan, le projet le plus ambitieux jamais entrepris par le réalisateur québécois.

Une collaboration de Félix-Antoine Viens et de Maxence Bilodeau

C'est à Montréal, à la fin de l'été, qu'a démarré le tournage du film. Pendant 39 jours, plusieurs coins de la métropole ont pris des allures de New York, où une bonne partie de l'histoire se déroule. Tour à tour, Susan Sarandon, Kathy Bates, Natalie Portman et Jessica Chastain ont défilé sur le plateau, donnant la réplique à Kit Harrington, qui tient le rôle principal de cette production.

Avec un budget de 28 millions $ US (plus de 37 millions $ CAN), le septième film de Xavier Dolan, une production entièrement financée au Canada, est de loin son plus coûteux. Le long métrage surpasse sur le plan financier certaines des plus importantes productions canadiennes des dernières années, dont Eastern Promises (David Cronenberg), Maps to the Stars (David Cronenberg) et Passchendaele (Paul Gross).

Plus que jamais, les attentes sont élevées pour Xavier Dolan.

Vedettes américaines ou pas, Xavier Dolan ne modifie pas sa manière de travailler. Sur le plateau, la musique d'ambiance est omniprésente. Vêtu de ses traditionnels pantalons d'exercice et d'un chandail à l'effigie d'Harry Potter, le cinéaste de 27 ans multiplie les consignes aux acteurs et lance quelques lignes du texte, afin de signifier clairement le ton désiré.

« On n'est pas sur un nouveau type de plateau parce qu'il y a des vedettes américaines ou britanniques, poursuit Nancy Grant. C'est la même équipe, les mêmes gens, c'est le même Xavier. Les enjeux sont par contre plus élevés. »

À la manière de Terrence Malick

L'actrice américaine Jessica Chastain appréhendait cette première collaboration avec Xavier Dolan. Amie très proche du réalisateur québécois, elle craignait de voir cette amitié souffrir des aléas d'un tournage. Une crainte non justifiée.

« Nous sommes allés manger et il m'a expliqué comment il travaille, explique l'actrice, dont l'amitié avec Xavier Dolan a pris naissance par des échanges sur Twitter. C'est similaire à Terrence Malick, avec qui j'ai travaillé sur Tree of Life. Terry disait une ligne et on la répétait. Ça devient une collaboration. »

À l'image de Xavier Dolan, Jessica Chastain, que l'on a récemment vue dans The Martian, avoue que son rôle dans The Death and Life of John F. Donovan est sans doute le plus exigeant de sa carrière.

Des journées éreintantes, les équipes de production en vivent régulièrement, le temps étant une denrée rare. C'était le cas lors de notre passage sur le plateau.

« Ce matin, c'était difficile, j'avais beaucoup de texte à apprendre, je faisais un monologue, poursuit Chastain, qui interprète une rédactrice en chef d'un journal à potins. Il y a tellement de détails : "Ris après cette phrase, ralentis ici". C'est un grand défi et je pense que je vais évoluer comme artiste. »

Sa plus grande fan

Chastain a découvert le cinéma de Xavier Dolan à Cannes en 2014 lors d'une projection de Mommy, un véritable coup de foudre pour l'actrice.

L'actrice de 39 ans en a d'ailleurs contre beaucoup de critiques américains, les seuls qui résistent toujours au charme du cinéma « dolanien ». Elle s'est donc donnée comme mission de défendre les oeuvres de son bon ami en sol américain.

« Je suis très protectrice avec lui, car je trouve qu'il est très incompris aux États-Unis. Ça me fait bouillir. Il est une des personnes les plus sensibles et généreuses que j'ai rencontrées. »

Un film « magnolien »

Xavier Dolan a pris plus de trois ans à boucler ce scénario, épaulé par l'acteur, réalisateur et scénariste montréalais Jacob Tierney. Pas moins « d'une trentaine de versions » ont été écrites, lance le cinéaste, qui est venu s'entretenir avec le petit groupe de journalistes réunis sur le plateau ce jour-là.

Tantôt Magnolia, le brillant film de Paul Thomas Anderson paru en 1999, tantôt un film de superhéros; Xavier Dolan évoque plusieurs références lorsqu'on lui demande de parler de son oeuvre.

The Death and Life of John F. Donovan est d'abord un récit, celui d'un jeune homme qui se remémore sa relation épistolaire avec un acteur connu, John F. Donovan, joué par Kit Harrington, dont la carrière sera mise en péril par une journaliste à potins.

Plusieurs histoires gravitent autour de Donovan et s'entrecroisent, celle du jeune homme, celle de la mère de John F. Donovan (Susan Sarandon), celle de son agente (Katy Bates), et transportent le spectateur de New York, à la banlieue de Philadelphie, à Londres.

Pour la première fois de sa carrière, Xavier Dolan explore le thème de la célébrité, un univers à des années-lumière de Mommy ou de Tom à la ferme. Le cinéaste de 27 ans soutient qu'il a toujours fait des films « collés » à sa vie, et qu'après tout, sa vie est beaucoup plus près aujourd'hui de celle de John F. Donovan que de celle d'Hubert, dans J'ai tué ma mère.

Après une pause de plusieurs mois, le tournage se déplacera pour quelques semaines à Londres en mars avant de reprendre à Prague en avril. Une première mondiale à Venise ou à Toronto est donc envisageable.

C'est à ce moment qu'on saura si Xavier Dolan aura relevé son plus grand défi : conquérir le marché américain, sans toutefois renier son style unique qui fait de lui un des cinéastes les plus intéressants de sa génération.

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