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Indemnisation refusée à un ambulancier qui a tenté de sauver sa mère

Un ambulancier de Rawdon a vécu l'une des pires situations qu'il risquait d'affronter : il est intervenu auprès de sa mère, qui était en arrêt cardiorespiratoire. Elle est morte dans ses bras. Et comme si ce n'était pas assez, Olivier Mireault a du mal à faire reconnaître le syndrome de stress post-traumatique dont il souffre.

 Un texte de Maude Montembeault

Depuis sept mois, le père de famille de 36 ans est en arrêt de travail. Il a reçu un diagnostic de syndrome de stress post-traumatique. La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) refuse toutefois de l'indemniser.

Le début d’un long cauchemar

Le 22 novembre 2016, Olivier Mireault vient d’arriver à son lieu de travail quand il entend sur les ondes radio un appel pour un arrêt cardiorespiratoire. Il reconnaît immédiatement l’adresse de sa mère.

Voyant qu’ils sont plus près que l’autre équipe qui a été dépêchée sur les lieux, son coéquipier et lui décident de répondre à l’appel de la centrale et de se rendre sur place, même si leur quart de travail n'est pas encore commencé.

Au moment de quitter le garage des Ambulances Rawdon, à 8:00:13, ils sont officiellement en fonction depuis 13 secondes.

Les deux ambulanciers arrivent les premiers sur les lieux. Olivier tente alors de réanimer sa mère, en vain. Elle meurt dans ses bras. La cause du décès est une rupture d’anévrisme à l’aorte.

Elle avait 63 ans. La dame était en bonne forme et ne souffrait d’aucune maladie. Le choc pour Olivier a été immense. Son médecin lui a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique.

Aucune indemnisation de la CNESST

L’ambulancier de Rawdon affirme que la CNESST refuse de l'indemniser pour son choc post-traumatique parce qu’il n’était pas « officiellement » en service. Cette journée-là, il était entré un peu avant son quart de travail pour préparer son équipement.

La Commission affirme qu'elle ne commente pas les dossiers personnels qu’elle traite.

Cependant, elle mentionne qu’il existe une procédure uniforme pour juger une demande recevable : l’événement doit survenir pendant le quart de travail et il doit être « imprévu et soudain ».

Devoir secourir ses proches : une réalité en région

Olivier Mireault ne sait pas si et quand il retournera travailler. Il vit actuellement avec la hantise de devoir répondre à un appel concernant un autre membre de sa famille.

C’est un risque qui guette de nombreux ambulanciers en région.

« Les personnes qui travaillent en région peuvent intervenir dans des situations où elles connaissent la victime, et ça devient plus bouleversant si on est un ambulancier qui intervient auprès de son voisin, son ami ou sa femme », observe Mélissa Martin, psychologue du Centre d'étude sur le trauma de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

À l’échelle nationale, les ambulanciers et agents correctionnels sont les deux corps de métier de la fonction publique du Canada où la proportion de personnes atteintes du syndrome est la plus importante.

Manque de reconnaissance du stress post-traumatique

La Fédération des employés du préhospitalier du Québec n'est pas étonnée que la CNESST refuse d'indemniser Olivier Mireault.

Le président de la Fédération, Daniel Chouinard, affirme que c’est souvent la réponse que donne la Commission aux ambulanciers qui présentent un syndrome de stress post-traumatique.

La psychologue Mélissa Martin n’est pas surprise non plus. Selon elle, il y a une grande méconnaissance quant au travail des ambulanciers et aux situations difficiles qu'ils doivent affronter. La Fédération en défend plusieurs en ce moment.

Les statistiques fournies par la CNESST montrent que le syndrome de stress post-traumatique est celui qui touche le plus de travailleurs en soins infirmiers, catégorie dont font partie les ambulanciers.

Présentement, 309 d’entre eux sont indemnisés par la Commission.

Un second trauma quand le syndrome n’est pas reconnu

La psychologue Mélissa Martin reçoit presque exclusivement des patients atteints du syndrome de stress post-traumatique dans son cabinet. Elle remarque qu’un sentiment de colère et d’injustice les envahit, ce qui crée parfois un second trauma.

« C’est un deuxième trauma que de ne pas être reconnu, que ce soit par la CNESST, l’employeur ou l’entourage qui ne reconnaît pas la nature du trauma. Donc, des fois, c’est ça qui est plus bouleversant pour le travailleur. »

Elle ajoute qu’il peut être plus complexe de reconnaître le syndrome de stress post-traumatique chez les ambulanciers que chez les policiers ou les militaires, qui se retrouvent souvent dans des situations plus impressionnantes. « On a longtemps pensé que pour être traumatique, un événement devait être de nature spectaculaire, mais c’est tout à fait le contraire. »

Un projet de loi pour mieux définir le choc post-traumatique

La Chambre des communes a récemment adopté un projet de loi présenté par les conservateurs visant à mieux encadrer les Canadiens atteints du syndrome de stress post-traumatique. Le projet de loi doit maintenant être étudié par le Sénat. Il a pour but d'établir une meilleure définition du syndrome, qui permettra peut-être d’aplanir les ambiguïtés quand viendra le moment de réclamer des indemnités.

« Dans certains cas, on n’a pas la même définition. Il va falloir s’assurer de mettre une définition qui va permettre de détecter toutes les personnes qui vivent un moment malheureux, pour qu'elles puissent recevoir les services essentiels », explique Alain Rayes, lieutenant politique du Parti conservateur du Canada pour le Québec et député de Richmond-Arthabaska.

En Ontario, il y a plus d'un an, le gouvernement a adopté un projet de loi facilitant l'accès aux indemnisations pour les premiers répondants qui souffrent d'un choc post-traumatique.

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