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Industrie de la construction : cherchez les femmes!

Un an après son lancement et malgré un incitatif financier pour les employeurs, le Programme pour la formation des femmes en entreprise, dans l'industrie de la construction, n'atteint pas les résultats espérés. Lancé en octobre 2014 par la Commission de la construction du Québec (CCQ), avec l'objectif de faire embaucher et maintenir en emploi 500 femmes, il n'a profité pour l'instant qu'à 38 travailleuses.

Un texte de Myriam Fimbry à Désautels le dimanche

Avec ses 5,2 pieds et 115 livres (1,58 m et 52 kg), Jennifer Morneau se faufile comme un chat en haut des conduites d'air pour coller une feuille d'isolant, là où il y a peu d'espace pour travailler. Elle était parmi les meilleurs de son groupe d'étudiants à l'École des métiers de la construction de Montréal. Son DEP en poche, elle s'est fait embaucher en juin comme calorifugeuse par l'entreprise d'isolation Val-Mers.

L'entreprise bénéficie du tout nouveau programme de la CCQ, qui prévoit une subvention salariale de 30 % pendant un an pour intégrer et former une femme dans son équipe. Le montant peut atteindre 10 000 $, financé entièrement par le Fonds de formation des salariés de l'industrie de la construction.

Ce dessin de Boris est affiché dans les locaux du CIAFT, le Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail. Photo : ICI Radio-Canada/Myriam Fimbry

Un compagnon épaule Jennifer pour l'aider à mettre en pratique toutes les compétences nécessaires à son corps de métier. La différence avec un autre apprenti, c'est que ses acquis sont notés à mesure dans un cahier de suivi, vérifié tous les trois mois par la CCQ. Ainsi, il n'y a guère de chances qu'on demande à Jennifer de passer le balai ou de réaliser des tâches plus faciles, ce qui nuirait à son intégration dans l'industrie et à son avancement professionnel.

Le métier de calorifugeur, explique Jennifer, est parfaitement accessible aux femmes. Il faut être en forme, précis et minutieux. « On a tout le temps les mains dans les airs, mais ce n'est jamais très lourd. » Pour avoir une idée de son métier, visionnez cette vidéo :

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Le programme de la CCQ vise l'embauche des femmes, mais aussi, et surtout, le maintien en emploi. En effet, les femmes composent 1,4 % des effectifs de l'industrie au Québec. C'est le pire taux au Canada, où la moyenne atteint 3 %. Et parmi celles qui arrivent à percer, une sur deux abandonne dans les cinq ans. 

Éviter les abandons

Plusieurs femmes se découragent à force de ne pas être traitées d'égal à égal et de subir des propos déplacés. C'est pourquoi les employeurs, compagnons (mentors) et femmes participant au programme suivent une formation obligatoire de deux jours : Gestion et travail au sein d'équipes mixtes.

Charles Bourcier, patron de Bourcier Construction, y a inscrit toute son équipe lorsqu'il a embauché une menuisière-charpentière. « La formation nous a fait prendre conscience que des fois dans une équipe, on se picosse un peu trop, on va trop loin. C'est valable pas juste pour les femmes, mais aussi entre nous, entre hommes. » Au fond, c'est une formation sur le respect entre employés.

Pour écouter cet extrait sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Peu de succès

Mais, depuis un an, ce programme destiné à soutenir les employeurs qui embauchent une femme rencontre peu de succès. Du moins, pas autant qu'espéré. Avec 38 participantes dans tout le Québec, à la mi-octobre, on est loin de l'objectif de 500 femmes visé par la CCQ.

Plusieurs raisons permettent d'expliquer ces résultats décevants, selon la responsable du programme Chantal Dubeau, directrice de la formation professionnelle à la CCQ. Le ralentissement de l'activité dans la construction n'a pas aidé les embauches de nouvelles recrues. Par ailleurs, plusieurs travailleuses ont exprimé leur désaccord avec le programme. Elles craignaient d'avoir l'air de se faire offrir un privilège aux yeux de leurs collègues masculins. Ce qui n'est pas le cas, insiste Chantal Dubeau.

Un milieu d'hommes à 98,6 %

La résistance des employeurs et du milieu - un milieu d'hommes à 98,6 % - y est aussi pour quelque chose. Les femmes se heurtent encore à des préjugés sur leurs compétences et à toutes sortes de croyances. « Des entreprises me disaient que cela pourrait créer des jalousies et des divorces », dit Chantal Dubeau.

Benoît Bellefleur, compagnon chez Bourcier construction. Photo : ICI Radio-Canada/Myriam Fimbry

Obligation d'embauche

Il va falloir mettre les bouchées doubles, se dit Chantal Dubeau à la CCQ. Toutes les associations patronales et syndicales se sont engagées à atteindre l'objectif de 3 % de femmes dans l'industrie de la construction d'ici 2018. Mais les voeux pieux et les engagements autour d'une table ne suffiront pas à faire bouger les choses.

La Coalition québécoise pour les femmes dans la construction réclame une obligation d'embauche de 4 % de femmes, dans les chantiers des projets publics majeurs... comme celui du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM). 

Pensez-vous qu'il faudrait imposer une obligation d'embauche d'un minimum de femmes dans l'industrie de la construction? Laissez-nous vos commentaires ci-dessous.

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