Retour

Inondation du siècle : « Si on ne partait pas, la GRC allait nous arrêter »

Printemps 1997 : le Manitoba est en proie à des inondations monstrueuses qui entraînent l'évacuation de plus de 29 000 personnes dans le sud de la province, et causent plus de 800 millions de dollars de dommages. Si les traces physiques de cette tragédie, qualifiée plus tard d'inondation du siècle, ont quasiment disparu, les souvenirs, eux, sont toujours présents dans l'esprit des sinistrés.

Un reportage de Thibault Jourdan

Après une tempête de neige qui a frappé, début avril 1997, le sud du Manitoba, les températures sont très vite remontées. En quelques jours, la fonte rapide de la neige a transformé le sud du Manitoba en un immense lac s’étendant à perte de vue.

Certains villages, plus élevés, ont tout d’abord été épargnés, comme cela a été le cas pour Sainte-Agathe. Mais la situation a changé lorsque la province s'est rendu compte que son dispositif de protection de Winnipeg comportait des failles et a décidé de sacrifier ce village pour sauver la capitale manitobaine. Les résidents de Sainte-Agathe perdaient la bataille vers 3 h du matin, le 29 avril 1997. Arrivée par le côté nord-ouest du village, qui n’était pas protégé, l’eau est alors entrée à une vitesse fulgurante et les résidents qui surveillaient les digues ont dû évacuer les lieux en moins d'une heure.

« Un air de tristesse »

Certains y ont perdu leurs maisons. D’autres ont été un peu plus chanceux, comme Eugène Lemoine. Cet agriculteur à la retraite vivait sur la rive est de la rivière Rouge. Par chance, sa maison, entourée de sacs de sable, aura été épargnée, mais sa cour et ses champs se sont retrouvés sous des mètres cubes d’eau. Il a bien tenté, à quelques reprises, de traverser sa cour pour rejoindre une grange, mais l’eau lui arrivant jusqu’à la taille et la force du courant rendaient la manoeuvre périlleuse à tel point qu’il a aussi dû utiliser son tracteur pour sortir de chez lui.

Eugène Lemoine garde précieusement des dizaines de photos de l’époque dans de petits albums plastifiés. Sur ces images, outre sa cour et sa maison, on aperçoit le village désolé et déserté, et de l’eau brunâtre à perte de vue avec, ici ou là, des débris arrachés des maisons, flottant au gré des courants.

« Tu voyais la peine dans les gens quand ils sont revenus. Il y en a qui avaient des affaires sentimentales et qui ont tout perdu », se souvient-il, ému.

Sentiment étrange et inquiétant

Shaun Crew, lui, avait construit sa maison un peu plus de deux ans avant l’inondation, sur la rive ouest de la rivière Rouge, presque en face de la ferme d’Eugène Lemoine. Elle sera l’une des rares maisons à être sauvée. Il garde cependant de cet épisode un souvenir encore très vivace : « J’étais seul, ma maison était une île entourée d’eau et le seul moyen de sortir était un bateau que j’avais avec moi. C’était vraiment un sentiment étrange et inquiétant que de voir et d’entendre toute cette eau couler autour de la maison », se rappelle-t-il.

Sa femme et ses enfants envoyés en ville, il a décidé de rester seul pour combattre les éléments, sa maison entourée de sacs de sable. « Quelqu’un devait rester pour s’assurer du bon fonctionnement des pompes », explique-t-il.

Forcée de partir

Émilie Bissonnette et sa famille n’ont pas eu autant de chance que Shaun Crew. Dans sa folie dévastatrice, l’eau de la rivière Rouge a atteint le village de Grande Pointe, plus à l’est. « Nous n’étions pas trop inquiets, jusqu’au moment où on a commencé à voir de l’eau dans les champs, se rappelle-t-elle. D’une journée à l’autre, l’eau a commencé à monter très très vite. »

Elle a tenté, tant bien que mal, de construire une digue avec des sacs de sable autour de sa maison, mais la main-d’oeuvre manquait. Après quelques jours de combat acharné, sa famille a été obligée d’évacuer. « La Gendarmerie royale du Canada est venue en bateau et nous a dit que nous devions partir. On ne voulait pas partir, mais on avait deux enfants, et la GRC nous a dit que si on ne partait pas, on pourrait être arrêtés. »

Résignée, la famille a quitté sa demeure à contrecoeur. « Nous étions inquiets parce que notre digue n’était pas très haute. »

Le lendemain, Émilie Bissonnette a appris que sa maison avait été inondée en la voyant aux nouvelles à la télévision. « Nos enfants étaient bouleversés. On est, plus tard, venus en bateau et on a constaté que notre maison était partie... »

Lorsqu’elle est revenue, quelques jours plus tard quand l’eau a commencé à se retirer, elle a constaté les dégâts : « Il y avait des choses qui flottaient de partout et, surtout, le piano dans notre salon était sous l’eau. Ça m’a vraiment brisé le coeur parce que c’était ma fille qui jouait du piano. »

Cet article est le premier d’une série de deux sur les 20 ans des inondations de 1997. Vous pourrez lire la deuxième partie cet après-midi.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine