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Inondations au Texas : tout le monde a une histoire, rapporte notre envoyé spécial

Perdre son toit est une tragédie. C'est précisément ce qui arrive à des milliers de Texans qui sont forcés de laisser leur maison submergée par les eaux. Selon les autorités, 30 000 personnes devront probablement se trouver un abri au cours des prochains jours pour fuir les inondations. Mais derrière chaque sinistré, il y a une histoire qui pourrait être la nôtre.

Tous les journalistes qui ont couvert les suites d’une catastrophe naturelle savent une chose : après notre couverture qui peut paraître éprouvante, nous revenons toujours à la maison.

Nous remballons notre linge sale, nos morceaux mouillés et nous retournerons à la maison. À l’endroit que nous chérissons, avec notre famille, nos amis ou notre animal de compagnie.

Nous n’aurons pas à rester sur place, à continuer à subir la vie dure que nous aurons expérimentée pendant quelques jours.

Nous reviendrons sous notre toit, si précieux.

Mais quand les médias partent, ceux qui restent, les sinistrés, tombent dans l’ombre. Et leurs histoires, celles qui racontent comment ils ont perdu ce toit si essentiel, sont oubliées.

Avant que nous repartions tous, voici quelques-unes de ces histoires.

Où est ma grand-mère?

Dans la nuit de samedi à dimanche, Curtis dormait d’un sommeil profond. Au petit matin, le réveil a été brutal : l’eau avait envahi tout le rez-de-chaussée. Un mètre de liquide brunâtre sur lequel flottent divers objets occupe désormais son toit.

Quand le bateau de la garde nationale passe devant chez lui quelques heures plus tard, il n’hésite pas à y monter. Mais avant, il appelle sa grand-mère, qui n’habite pas trop loin, pour prendre de ses nouvelles. Elle le rassure en lui disant que les bons samaritains vont l’emmener dans une église à l’abri de l’eau.

Mais depuis, aucune nouvelle. Curtis s’est fait voler son téléphone cellulaire au palais des congrès de Houston, qui sert de refuge pour les sinistrés.

« J’ai peur », dit-il. Dans ses yeux, cette petite lueur d’inquiétude. Soudainement, son toit n’est plus sa priorité.

Deux en deux

Todd Wilmich devrait peut-être s’acheter un billet de loterie.

« J’ai probablement perdu ma maison, dit ce travailleur dans le domaine du commerce de détail. Aux dernières nouvelles, il y avait au moins huit pieds d’eau au rez-de-chaussée. »

C’est une tragédie, bien entendu. Et pourtant, il semble calme. Assis à une table du centre de foires de Houston, il raconte son histoire.

« C’est la deuxième fois que je perds une maison, dit-il. Il y a sept ans, je vivais en Californie, et ma maison a été détruite par un tremblement de terre. »

Deux catastrophes naturelles, deux maisons anéanties, en moins d’une décennie.

Malgré ces deux tragédies, il se dit confiant. Après le séisme qui l’a touché, FEMA (Federal Emergency Management Agency, l’agence fédérale qui prend en charge les catastrophes naturelles) l’a aidé financièrement pour reconstruire sa maison sans trop d’embûches. « Je ne vois pas pourquoi ça ne se passerait pas comme ça cette fois-ci, dit-il. Ils sont très efficaces. »

Il m’interrompt pour répondre à son téléphone. C’est son fils. « Mes enfants m’appellent aux cinq minutes. Je suis très choyé! »

La loterie? Todd a déjà gagné.

Les jouets d’Eliz

La salle du centre de foires de Houston est si grande qu’elle donne le tournis. C’est ici que sont accueillies les victimes des inondations. Microphone à la main, je déambule à la recherche de nouvelles histoires.

« Sir? dit une petite voix. Derrière moi, un jeune gaillard aux yeux noirs et brillants. Can I talk? » Il veut donner une entrevue.

Eliz a 10 ans, il est là avec ses parents. Leur maison est inondée, ils ont dû partir.

Qu’as-tu à dire, Eliz?

Puis il reste planté là, les yeux un peu tristes, silencieux.

C’est tout ce qu’il voulait dire au journaliste.

Il me remercie, et se dirige d’un pas décidé vers une table remplie de vêtements. Des dons de particuliers ou d’organismes de charité empilés sur une table qui doit faire au moins 30 mètres de long.

« Avez-vous des pantalons de taille 10? », demande-t-il au bénévole.

Et la table pour les maisons, elle est où?

Tout le monde a une histoire

Sheila écoute les informations à la télévision installée au milieu de la salle de repos des sinistrés, au centre de foires de Houston. Les images de rues et d’autoroutes défilent en boucle sur le grand écran. Ses deux fils, de 3 ans et de 5 ans, jouent sur une tablette électronique.

Sheila, qui est née au Kenya, habite Houston depuis une quinzaine d’années.

Quand l’eau a commencé à monter dans sa cuisine tard samedi soir, elle s'est d'abord dirigée à l’étage pour voir ses enfants. Puis elle a appelé sa mère au Kenya.

« Je ne savais pas quoi faire, dit-elle. Alors j’ai appelé ma mère à l’autre bout du monde! »

Sheila pourra réintégrer sa maison dès que l’eau se sera retirée de son quartier. Selon ses voisins, les dommages sont assez mineurs.

« J’aime parler aux gens qui sont ici, aux victimes de l’ouragan, dit-elle. Tout le monde a son histoire. Certaines personnes vivent des choses pires que d’autres. Mais au final, tout le monde est touché par l’ouragan. »

Par « tout le monde », elle veut dire elle, son voisin, les Texans, mais aussi vous et moi.

Elle n’a pas tort. Sauf que moi, je peux retourner à la maison quand je veux.

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