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Interdiction des sacs en plastique : une campagne dès l'automne à Montréal

À quelques mois du bannissement des sacs de plastique à Montréal, en vigueur à partir du 1er janvier 2018, des détaillants accusent la Ville de vouloir aller trop vite, tandis que d'autres ont déjà adopté la nouvelle mesure. Que prévoit Montréal pour gérer la transition?

Un texte de Catherine Poisson

Dès son annonce, en février 2016, la décision de la Ville de Montréal d’interdire les sacs de plastique avait été décriée par l'Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA).

Les détaillants s'opposent à une interdiction complète et avancent qu’il serait plus efficace de mettre l'accent sur la sensibilisation et la réutilisation de ces sacs.

Le président de l'ADA, Florent Gravel, a même qualifié cette décision de « stupide ».

Il explique que les sacs réutilisables posent des problèmes d'hygiène, puisque la plupart des gens ne les lavent pas et se retrouvent avec des contenants salis par divers aliments.

M. Gravel est aussi d'avis que la Ville de Montréal agit de façon prématurée et qu'elle devrait plutôt attendre l'avis d'experts, comme l'organisme Recyc-Québec qui étudie actuellement la question.

« Nous avons demandé à Recyc-Québec de faire pression auprès de Montréal pour attendre ses recommandations », indique-t-il.

Des brigades à la rencontre des commerçants

La Ville de Montréal s'appuie déjà sur les recommandations de la Commission permanente sur l'eau, l'environnement, le développement durable et les grands parcs. C'est cette dernière qui avait suggéré l'interdiction des sacs de plastique en 2015.

La Commission avait toutefois recommandé un délai de transition de deux ans, ce qui aurait mené à une entrée en vigueur de l’interdiction le 22 avril 2018, qui coïncide avec le Jour de la Terre.

La Ville de Montréal assure cependant qu'une campagne de communication sera déployée à l'automne 2017 afin de préparer les détaillants en vue de la transition.

De l'information sur les différentes façons de se conformer à la nouvelle réglementation sera disponible sur le site Internet de la Ville, et des brigades iront à la rencontre des commerçants pour répondre à leurs questions et distribuer des trousses d'information comprenant divers outils.

La relationniste à la Ville de Montréal, Gabrielle Fontaine-Giroux, souligne par ailleurs que cette initiative s'inscrit dans « la volonté des villes du monde qui, réunies à Paris en décembre 2015, ont convenu collectivement d'accélérer le pas dans la lutte contre les changements climatiques ».

Des maires de partout dans le monde s'étaient alors réunis au Sommet des élus locaux pour le climat organisé dans le cadre de la Conférence de Paris de 2015 sur le climat, qui a donné naissance à l'Accord de Paris.

Déjà des initiatives à Montréal

Certains commerçants de la métropole sont toutefois en faveur du bannissement des sacs en plastique, et ont même devancé la date butoir établie par Montréal.

C’est le cas de la Société de développement commercial (SDC) de la Promenade Masson, qui a déjà commencé à éliminer les sacs de plastique de ses commerces.

Le directeur général de la SDC, Kheir Djaghri, indique que la plupart des commerçants proposent plutôt l’un des trois types de sacs suivants : en papier recyclé, biodégradables-compostables ou réutilisables.

Deux boîtes à sacs ont également été installées sur la promenade, où les gens peuvent déposer ou prendre des sacs réutilisables selon leurs besoins. Les sacs en plastique y sont interdits.

« Au quotidien, ces boîtes sont parfois pleines et parfois vides, suivant l’heure de la journée, preuve que ça marche », souligne M. Djaghri.

L’exemple de Brossard

Montréal n'est pas la première à vouloir se débarrasser des sacs de plastique. Depuis le 1er septembre 2016, les commerçants de Brossard ne peuvent plus offrir, vendre ou mettre à la disposition de quelque manière que ce soit des sacs de plastique.

En juin dernier, la Ville de Brossard a constaté que 96 % des 800 commerces de l'agglomération étaient conformes à la nouvelle réglementation, et que les 4 % restants étaient en voie de se conformer.

Le conseiller municipal et président du Comité consultatif sur l’environnement et le développement durable (CCEDD) de Brossard, Alexandre Plante, attribue ce succès aux mesures d’accompagnement mises en place par la Ville pour faciliter la transition des commerçants.

M. Plante ajoute que la Ville de Brossard collabore avec la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) pour assurer la réussite de la transition dans la métropole.

« Ces éléments-là, on les a partagés avec la CMM, parce que si la recette est gagnante à Brossard, elle devrait être gagnante ailleurs », souligne le conseiller.

Si Brossard peut se réjouir de son succès, ce n'est toutefois pas le cas de toutes les villes qui ont voulu bannir les sacs en plastique.

Toronto a voulu adopter une mesure similaire en 2013, mais devant les protestations et les menaces de poursuites judiciaires de l'Association des dépanneurs de l'Ontario, la Ville était revenue sur sa décision.

Dans le cas de Montréal, l'Association des détaillants en alimentation du Québec indique qu'elle n'envisage pas de contestation judiciaire pour le moment.

Avec la collaboration de Jean-Philippe Guilbault.

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