Retour

Interdiction du port de signes religieux : un « enjeu inexistant » dit Philippe Couillard

Une semaine après l'attentat de Québec, les partis d'opposition pressent le gouvernement Couillard d'inclure les recommandations de la commission Bouchard-Taylor sur l'interdiction du port de signes religieux dans le projet de loi sur la neutralité religieuse. Mais selon le premier ministre, il s'agit là d'un « enjeu inexistant ».

Un texte de François Messier

Le débat sur le projet de loi 62 a été relancé en matinée lorsque la Coalition avenir Québec (CAQ) a proposé de l'appuyer si le gouvernement accepte d'y inclure les recommandations de la commission Bouchard-Taylor sur le port des signes religieux.

Cette proposition de « compromis » est motivée par la nécessité de « régler rapidement la question », a fait valoir le chef François Legault. Une semaine après l’attentat perpétré à la grande mosquée de Québec, croit-il, il y a « urgence de régler le dossier des signes religieux et de mettre ça derrière nous. »

C’est important. Ça fait 10 ans que ça traîne. Je pense que ça nuit au climat.

François Legault, chef de la CAQ

Dans son rapport déposé en mai 2008, la commission Bouchard-Taylor sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles avait recommandé d'interdire le port de signes religieux aux titulaires de fonctions incarnant la neutralité de l'État.

Cela incluait les juges, les procureurs de la Couronne, les policiers, les gardiens de prison, ainsi que le président et le vice-président de l'Assemblée nationale du Québec.

Si le gouvernement Couillard accepte d’aller dans ce sens, la CAQ abandonnera pour l’instant toute volonté de soumettre les enseignants du primaire et du secondaire aux mêmes exigences, a précisé M. Legault. La proposition resterait dans le programme de la CAQ, qui la défendrait lors des prochaines élections.

Le port des signes religieux, un « enjeu inexistant »

Interrogé à ce sujet deux heures plus tard, Philippe Couillard a salué « la réception de la main tendue et le désir de collaborer » de M. Legault, avant de souligner qu'il s'agit là, à son avis, d'un « enjeu inexistant », qui n'a rien à voir avec la tragédie survenue à la grande mosquée de Québec.

« On est dans un débat irréel, on est encore une fois en train de mettre sur la table un débat pour un enjeu inexistant au Québec », a déclaré le premier ministre.

« Je l’avais dit il y a quelques années : à ce que je sache, il n’y en a pas de policiers qui portent des signes religieux chez nous au Québec. Il n’y en a toujours pas aujourd’hui. On est en train d’entreprendre un autre débat sur une situation qui est plus qu’hypothétique, qui est inexistante actuellement. »

On aura des arguments [en commission parlementaire], mais je pense que personne ne s’attend à ce qu’on mette nos principes de côté ou qu’on marchande nos principes.

Philippe Couillard, premier ministre du Québec

M. Couillard conteste les dires du chef de la CAQ selon lesquels l'absence de décision quant au port de signes religieux contribue à un climat malsain.

« On est en train de retourner le problème complètement », a-t-il soutenu. « L'horreur qu'on a vécue la semaine dernière au Québec, c'est le racisme et la xénophobie poussés à la violence extrême. C'est ça l'enjeu. »

Le premier ministre a par ailleurs commenté les dires de Gérard Bouchard et de Charles Taylor, qui ont tous deux déclaré au quotidien Le Devoir qu'ils étaient déçus de la réponse gouvernementale aux recommandations que contenait leur rapport.

« Un pourcentage très élevé des recommandations ont déjà été mises en place, partiellement ou complètement, et/ou sont en voie d’être mis en place », a-t-il fait valoir.

Le PQ pose trois exigences

En début d'après-midi, le chef péquiste a également conditionné son appui au projet de loi 62 au respect de trois exigences distinctes, dont celle d'y inclure les recommandations de la commission Bouchard-Taylor sur l'interdiction du port de signes religieux pour les employés de l'État représentant le pouvoir exécutif de l'État.

Jean-François Lisée demande également que le projet de loi contienne un « guide d’utilisation d’encadrement des accommodements religieux » destiné aux institutions publiques, et plus particulièrement à celles des secteurs de la santé et de l'éducation.

Il demande enfin que le gouvernement balise plus étroitement l'exception prévue dans la version originale du projet quant à la prestation et à la réception de services gouvernementaux à visage découvert, afin d'exclure spécifiquement toute demande s'appuyant sur des motifs religieux.

« Si ces éléments font partie de la proposition du projet de loi, nous aurons un point de rencontre important entre les partis à l’Assemblée nationale et nous pourrons voter ensemble cette loi d’ici la fin de la session », a indiqué M. Lisée.

Plus d'articles

Vidéo du jour


Le plus beau cadeau qu'elle pouvait recevoir





Rabais de la semaine