« Savez-vous où je peux acheter des feuilles de contreplaqués? » : Rebecca arrête sa voiture au coin de la rue pour interpeller un homme qui barricade son commerce. Elle a fait deux quincailleries à grande surface dans son quartier de Miami, sans succès.

Un texte de Christian Noël, envoyé spécial en Floride

Son ton est frénétique, son air désespéré. On sent l’urgence dans sa voix.

« J’ai 40 fenêtres à couvrir et seulement 21 planches pour les placarder. Je ne sais pas ce que je vais faire », lance-t-elle en redémarrant en trombe.

La course aux matériaux de construction bat son plein au Home Depot du coin.

Contreplaqué? Parti. Grands panneaux de bois ou de composite? Les étagères sont vides. Les rayons des outils électriques (perceuses, cloueuses...) sont bondés de monde. Je n’ai jamais vu autant de gens s’arracher un sac de vis pour le béton.

« La file est longue, il faut être patient », dit une mère à sa fille qui s’impatiente, assise dans le panier orange, avec le reste de ses achats. « Peut-être qu’on aurait dû venir hier, renchérit le père. Mais au moins, on a trouvé ce qu’on cherchait. »

Aidan Marcello vient de stationner sa fourgonnette près de sa maison. Il en sort quatre grands panneaux de plastique rigides et gondolés.

« Faute de bois, tout compte », insiste-t-il.

Son voisin a une méthode encore plus improvisée : il a mis du ruban adhésif à conduits sur ses fenêtres.

« J’ai déjà des barreaux de métal sur les fenêtres pour empêcher les gros objets de rentrer, explique-t-il. Mais les petites roches peuvent être aussi dangereuses quand elles se transforment en projectile. »

D’ailleurs à certains endroits, des résidents s’improvisent une corvée de nettoyage.

On ramasse les bouts de bois ou de métal qui traînent dans la rue ou dans les cours arrières. On ramène les bacs à recyclage à l’intérieur de la maison. « Quand des vents de 285 km/h frapperont Miami, tous ces objets s’envoleront, affirme Jacob, c’est extrêmement dangereux. »

Aussi, on stationne les voitures le plus près possible du mur de la maison. Pour les protéger. Et pour éviter qu'à partir du trottoir, elles ne prennent de la vitesse une fois balayées et ne causent encore plus de dommage.

« C'est tout ce que j'ai »

Suzanne Reid a 70 ans. Elle vit seule avec ses chiens. Sa maison bleu poudre est située dans la « zone rouge » désignée par les responsables des mesures d’urgence de la Floride. Un quartier de Miami à risque d’être inondé. Mais elle n’a pas l’intention de bouger.

Sa maison est barricadée, en partie avec du contreplaqué, en partie avec des volets de métal faits sur mesure pour la maison. On voit tout de suite que c’est une habituée des tempêtes.

« J’ai vécu des dizaines d’ouragans, poursuit Suzanne. J’ai survécu à Andrew il y a 25 ans. Je me sens en sécurité chez-moi. » Elle prévoit passer l’ouragan cachée dans sa salle de bain, avec ses chiens, et est convaincue qu’elle s’en sortira encore indemne.

Les autorités ont ordonné l’évacuation de plus de 1 million de personnes, en Floride et en Georgie, l’État voisin. Les refuges qui sont ouverts depuis quelques jours sont déjà pleins. On a dû refuser l’accès à plusieurs personnes. La Ville de Miami s’affaire à trouver d’autres écoles pour pouvoir accueillir tout le monde.

La Florida Power and Light (FPL) avertit déjà ses clients : l’ouragan sera puissant, il y aura des pannes massives. Elle estime que 9 millions de personnes seront sans électricité après le passage d’Irma. C’est comme si le Québec en entier perdait le courant.

« Nous avons une armée de travailleurs et de sous-traitants prêts à prendre la route aussitôt que ce sera sécuritaire, afin de réparer les lignes et les équipements brisés », a indiqué un porte-parole de la FPL.

Les policiers et les pompiers lancent un dernier avertissement aux résidents qui devaient quitter leur maison : « Ne composez pas le 911 durant l’ouragan Irma, même si vous êtes en danger, parce qu'il sera impossible d’aller vous sauver de façon sécuritaire. »

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