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Jacques St-Pierre, un promoteur qui ne tient pas ses promesses

À Québec, un promoteur immobilier en faillite utilise un système de prête-nom pour rester en affaires. Jacques St-Pierre a demandé des acomptes à ses clients et ne les a pas remboursés quand son dernier projet est tombé à l'eau.

Un reportage de Maxime Poiré de l'émission La facture

Michel Pelletier et Claudette Vallerand ont travaillé dur toute leur vie à l'entretien ménager d'un hôpital de Québec. À la retraite, ils décident d'acheter un condo dans un projet réalisé par le Groupe Condos Lov. Le promoteur Jacques St-Pierre leur demande 35 000 $ d'acompte.

Une vingtaine d'unités devaient être construites pour l'automne 2014 dans le quartier Limoilou, à Québec, sur un terrain occupé par un vendeur de véhicules d'occasion. Mais rien ne sera bâti.

Le problème, c'est que Jacques St-Pierre n'a pas réussi à trouver d'entrepreneur avec qui s'associer pour la construction du projet, et pendant ce temps, le Groupe Condos Lov n'était accrédité auprès d'aucun plan de garantie. Pourtant, Jacques St-Pierre a signé lui-même une attestation laissant croire que l'argent du couple serait protégé par la Garantie Abritat sur la construction de maisons neuves. Pour couronner le tout, il leur a ensuite demandé de rédiger le chèque de 35 000 $ à son nom.

« J'ai été naïf. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise? », avoue aujourd'hui Michel Pelletier.

Sa femme et lui attendent toujours d'être remboursés par le promoteur.

Promoteur et comédien

Laurent Séguin a aussi acheté un condo dans le projet du Groupe Condos Lov de Jacques St-Pierre. Comme M. Pelletier et Mme Vallerand, il a versé son acompte directement à Jacques St-Pierre : 15 000 $ partis en fumée.

Comédiens amateurs, ils ont foulé ensemble les planches de La Maison Jaune, un centre d'art dirigé par la conjointe de Jacques St-Pierre.

« C'est un excellent comédien. C'est quelqu'un qui est capable de convaincre. Et puis on se voyait quotidiennement. Je lui faisais énormément confiance [...] Je ne m'étais jamais fait arnaquer non plus, alors je n'imaginais pas que ça puisse m'arriver comme ça », raconte-t-il.

Jacques St-Pierre : un habitué de La facture

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Déjà en 2001, La facture avait réalisé un reportage sur Jacques St-Pierre et l'un de ses projets immobiliers. À cette époque, il avait déjà déclaré faillite trois fois.

« Je suis le meilleur rénovateur qu'il y a eu à Québec à date! », tonitruait-il. « Allez voir tout ce que j'ai fait! Les gens visitent mes appartements et ils disent que c'est beau ce que j'ai fait. J'ai le goût d'architecture, j'aime l'architecture, j'adore l'architecture. Ce que j'ai fait, c'est que j'ai voulu devenir un homme d'affaires et je n'aurais jamais dû faire ça. »

En 2006, Jacques St-Pierre a plaidé coupable à des accusations de fraude fiscale totalisant plus de 226 000 $ relativement à la vente d'un immeuble.

Puis, en 2009, La facture a présenté un deuxième reportage sur Jacques St-Pierre, dont l'entreprise venait d'être expulsée de l'Association provinciale des constructeurs d'habitation du Québec (APCHQ).

« Je ne suis pas menteur »

Jacques St-Pierre a accepté de répondre à nos questions. Il reconnaît être un bon comédien sur scène, mais pas un menteur.

Il reconnaît avoir « une dette d'honneur » envers ses clients et explique vouloir toujours les rembourser, presque deux ans après avoir empoché leurs acomptes.

« Les quelques personnes qui sont là, je vais essayer de faire ce que je peux pour les ressortir de là, promet-il. J'essaie chaque jour, moi, de me lever puis d'être propre. J'essaie d'être propre. Malheureusement, j'ai l'air d'un cave. Mais j'essaie d'être propre. »

Faillite et prête-nom

Les clients peuvent-ils encore faire confiance à Jacques St-Pierre? Où va-t-il trouver l'argent? Son nom n'apparaît à peu près jamais dans les entreprises qu'il semble diriger. On y retrouve plutôt celui de sa conjointe. Nous lui avons demandé pourquoi.

« Parce que je n'ai pas le droit d'opérer », admet-il. « Je suis en faillite technique par rapport à l'impôt. Je dois de l'argent à l'impôt et je ne suis pas capable d'opérer. Je n'ai pas le droit », répète-t-il.

Sa conjointe, Nicole Thibault, s'explique : « J'avais mis mon nom. Mais je ne m'occupe de rien, moi, là-dedans. Je n'ai pas le temps, de toute façon [...] Je fais ça pour aider Jacques. Je me dis : "Il essaie de repartir quelque chose, ça va bien aller". Puis je ne m'en occupe pas, parce que je ne veux pas m'en occuper. »

Des clients réalistes et une enquête policière

« J'ai toujours l'intention de récupérer mon argent, de porter plainte devant la justice et de ne pas laisser aller les affaires », soutient Laurent Séguin.

« Quand tu as travaillé toute ta vie pour l'avoir, cet argent-là [...] c'est dur à accepter », reconnaît pour sa part Michel Pelletier. « Mais qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse? On n'a pas le choix : il faut continuer à vivre. »

Une enquête criminelle a été ouverte par les policiers de Québec. Plusieurs témoins ont été interrogés, mais après plus d'un an, aucune accusation n'a encore été portée contre Jacques St-Pierre.

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